LES PETITS-ENFANTS DE MARESCHAL
qui suivit les noces d’or de son aïeul : Jacques Roussel CD,
écuyer, secrétaire du roi, obtint avec sa main le poste de fer-
mier général, que lui abandonnait Louis Mareschal. Le hasard fit rencontrer à Jacques Roussel deux favorites de Louis XV : en 1750, il acheta de Mme de Pompadour la seigneurie de la Celle, près Versailles (2), et la future comtesse du Barry fut quelque temps demoiselle de compagnie chez Mme Dudelay de la Garde, tante de Jacques Roussel (3). Marie-Anne eut plusieurs enfants, dont une fille qui épousa son cousin-germain François Roussel d’Epourdon, marquis de Courey.
Enfin Thérèse, dernière petite-fille du chirurgien, s’unit en 1746 à François Marchand de Varennes, écuyer, secrétaire et maitre d'hôtel du roi, qui devint fermier général après son beaufrère Jacques Roussel. Le mari de Thérèse était neveu de Voltaire (4); son frère, Henry Marchand de la Houlière, obtint, grâce à la protection du patriarche de Ferney, le grade de brigadier des armées du roi : Voltaire le lui apprend lui-même dans une amusante lettre du 22 octobre 1770. La fille unique de Thérèse, Louise Marchand de Varennes, épousa Gabriel Sénae de Meilhan, intendant de Provence, puis du Hainaut (5) auteur de plusieurs ouvrages philosophiques.
Georges Mareschal survécut deux ans à ses noces d’or: en 1704, 1709 et 1722, il avait ressenti les manifestations d’une affection hépathique : le 11 novembre 1736, il éprouva une nouvelle crise à Bièvre, et se reconnut les symptômes d’un abcès au foie. Louis XV s’inquiéta de cette rechute : par ordre du roi, le premier-médecin Chicoyneau et le médecin ordinaire Marcot se rendirent au château de Bièvre, et, pendant le mois que dura la dernière maladie de Mareschal, ils ne manquèrent pas de
(1) Roussel : d'argent, à deux doubles annelets de sinople en chef, deux bandes alésées d'azur en cœur et deux besants de même en pointe. (Bibliothèque de la ville de Paris, ms. 3954.)
(2) La-Celle-Saint-Cloud. Voir dans les Mémoires de Collé (édition Honoré BoNHoMME) la diplomatie que déploya Mme de Pompadour pour arriver à conclure cette vente.
(3) Voir les Nouvelles sur la comtesse du Barry, par M. pe CANTREL. Plon, 1861. Mme du Barry y conte les assauts galants que lui livrèrent MM. de la Garde, cousins germains de Jacques Roussel.
(4) À la mode de Bretagne : le fermier général François Marchand, père de François Marchand de Varennes, était fils de Marie Arouet, sœur du père de Voltaire.
(5) Les allées de Meilhan, à Marseille, et l’avenue Senac-de-Meilhan, à Valenciennes, rappellent son administration.
revenir tous les deux jours; quand leur service les retenait à Versailles, ils se faisaient remplacer auprès du premier-chirurcien par M. de Bouillac, médecin des enfants de France (1).
Dans la séance du 4 décembre, la Peyronie apprit à l’Académie de chirurgie l’état alarmant de son président : trois membres, Bourgeois fils, Morand et Verdier, furent députés au château de Bièvre; Mareschal indiquait du bout du doigt la place exacte de son abcès; mais, écrit Morand, « le mal n’était pas dans les circonstances favorables à une opération moyennant laquelle M. Mareschal avait sauvé en 1726 M. Leblanc, secrétaire d'Etat de la guerre; nous avons eu la douleur de le voir privé des secours d’un art qui lui devait tout son lustre, et à la gloire duquel rien n’eût manqué s’il eût rendu M. Mareschal à la vie (2). » Le malade prescrivit lui-même les remèdes pouvant prolonger quelques jours son existence, puis, continue Morand, «il édifia par sa conduite et ses sentiments, et Jouissant de toute sa connaissance, il mourut le 13 décembre 1736. » Le premier-chirurgien du roi était âgé de soixante-dix-huit ans et huit mois.
Le compte rendu de la séance académique du 14 est ainsi conçu : « L'assemblée extraordinaire chez M. le directeur, composée de trente-huit académiciens : la mort de M. Mareschal, arrivée la veille, a été annoncée. MM. Bourgeois le père et Dubois ont été députés pour complimenter la famille de M. Mareschal. MM. Malaval, Ledran, Dargeat et Gérard ont été députés pour féliciter M. de la Peyronie. » Nommé survivancier de Mareschal en 1719, la Peyronie avait attendu dix-sept ans la pleine possession de sa charge.
Les obsèques du premier-chirurgien de Louis XIV et de Louis XV eurent lieu à Bièvre le 14 décembre : le deuil était conduit par Georges-François Mareschal de Bièvre, petit-fils ainé du défunt; par le fermier général Jacques Roussel, beaufrère de Georges-François; par le chirurgien Guérin, neveu de Georges Mareschal, etc. Les curés et vicaires des paroisses voisines, Vélizy, les Loges, Clamart, Massy, Igny, Vauhallan et Saclay entouraient M. de Villepoix, curé de Bièvre, et c’est dans le chœur même de l’église que fut inhumé le premier- |
(1) Gazette de Hollande du 14 décembre 1736.
(2) Eloge de Mareschal.