ÉLOGE DU PREMIER-CHIRURGIEN
légué cent francs de rente par an à perpétuité, pour être délivrés par quartiers de vingt-cinq francs chacun, à un seul pauvre, homme ou femme des plus vieux du village de ce lieu de Bièvre, incapable de gagner sa vie,successivement, dont le choix sera fait par son légataire universel, et à son défaut par le seigneur ou le curé de ce dit lieu, sans que la dite rente puisse être divertie à aucun autre effet. Et par acte passé devant Perret et son confrère, aussi notaires à Paris, le sieur Melchior SILVY, bourgeois de Paris, à passé titre nouvel de la dite rente, dont il est tenu en débiteur en la manière portée au dit acte, et s’est obligé à la bailler, payer et continuer à compter du 16 Janvier 1721 à l'avenir ès mains des seigneurs ou curés de ce dit lieu, présents et à venir.
€ Fait et posé par Messire Georges Mareschal, conseiller, premier-chirurgien du roi, seigneur du dit Bièvre (1):5
L'éloge du premier-chirurgien de Louis XV, fondateur de l’Académie royale de chirurgie, fut prononcé par Sauveur- François Morand, secrétaire du Corps savant et petit-neveu de Mareschal, à la séance publique du 18 juin 1737 : d’abord édité à part (2), ce discours fut imprimé dans le tome IV des Mémoires de l’Académie (3). L'auteur des Observations sur les écrits modernes (4) apprécie de la façon suivante l’œuvre du secrétaire : € 31 août 1737. M. Morand, chirurgien de Saint-Côme, à qui lesprit, le savoir, l’habileté dans son art ont procuré une grande réputation, ayant prononcé dans une assemblée de la Société académique de chirurgie, où j’eus l'honneur d'assister, l'éloge historique de feu M. Mareschal, premier-chirurgien du roi, vient de faire imprimer le discours qui fait autant d'honneur à la savante Académie dont il est le secrétaire qu’à lui-même et à lillustre mort dont il donne une si haute idée. Ce discours, simple, élégant, judicieux, préservé de toute affectation badine et de toute ingénieuse puérilité, est à mon gré sur le vrai ton de ces sortes de discours historiques. »
Le panégyrique de Mareschal fut longuement analysé dans
(1) Cette rente est encore servie par les héritiers Silvy à un pauvre désigné par le curé de la paroisse.
(2) In-4°, précédé de la gravure du portrait de Mareschal par Fontaine. (Bibliothèque nationale, T18 121, t. IT, p. 652.)
(3) On le trouve reproduit in extenso à l’Appendice n° 10.
(4) Bibliothèque nationale, T18 120, 2e série, t. VI, p. 113.
le Journal de Trévoux (1) : « Rien n'appartient de plus près à l'histoire des beaux-arts que la vie des hommes célèbres qui ont honoré la profession qu’ils avaient embrassée. La chirurgie est aujourd’hui si généralement estimée qu'elle mériterait encore moins de notre part l’exelusion que bien d’autres; la réputation seule de M. Mareschal justifierait d’ailleurs la place que nous donnons ici à son éloge. » Redisant d’après Morand la vie et les œuvres du premier-chirurgien, le rédacteur terminait son article par une flatteuse appréciation des travaux de l’Académie.
Au cours de sa. longue carrière, Georges Mareschal avait obtenu de Louis XIV et de Louis XV les plus durables récompenses : trente-quatre ans après sa mort, sa mémoire reçut un dernier hommage. Quand Louis XV érigea la seigneurie de Bièvre en marquisat pour Georges-François I[ Mareschal de Bièvre et ses héritiers mâles, c’est le chirurgien Mareschal qui fut honoré par le roi dans sa postérité : « Nous désirons, disait Louis XV dans ses lettres patentes de juin 1770, nous désirons faire rejaillir sur l’arrière-petit-fils le souvenir que nous conservons des services de son bisaïeul, encourager en lui les sentiments de vertu, d'honneur et de fidélité qu'il a jusqu'ici fait paraître à l'exemple de ses pères, et lui donner une preuve qu’auprès de nous les services des ancêtres sont récompensés jusqu'aux générations les plus éloignées (2). »
(1) Novembre 1737, p. 2028. Voir aussi le Mercure de France de décembre 1753. (2) Archives nationales, lettres d’érection de la châtellenie de Bièvre en marquisat,
P 2500, fo 170 et suivants.