‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 28 sur 182 · LE DUC DE BERRY · texte numérisé non relu

LE DUC DE BERRY

sirent aucun résultat. Le premier-chirurgien pensa qu’un coup de lancette réduirait le mal, mais l’endroit était délicat et il importait de n’y pas faire une trop large ouverture, afin d'éviter une disgracieuse cicatrice. Aussi Mareschal appela-t-il en consultation Dionis, premier-chirurgien de la duchesse de Bourgogne, et, le 12 octobre 1706, les deux praticiens reconnurent l’urgence d’une opération qui eut lieu le même jour; l’ancien démonstrateur du Jardin royal en conte les détails dans son Cours de chirurgie : «On prit heure, écritil, pour l’après-midi à deux heures, et ayant mis Mer le duc de Berry dans un fauteuil, étant dans la situation la plus commode, pendant que je lui tenais la tête, M. Mareschal, en présence et de l’avis de M. Fagon, lui plongea une lancette dans l’endroit le plus bas de la tumeur, et, par l'élévation qu'il fit, il l’ouvrit de la longueur d’une épingle. Le pus sortit aussitôt, et en assez grande quantité pour emplir la coquille d’un gros œuf. M. Mareschal mit un doigt dans la plaie, qu’il promena dans la cavité de la tumeur, pour savoir si les os n'étaient point découverts, et, ayant trouvé le périoste attaché aux os de la pommette et de la mâchoire supérieure, il le pansa (4).»

L'opération avait été pénible; le marquis de Sourches raconte que le prince supporta le coup de lancette sans crier; mais, quand Mareschal introduisit son doigt dans la plaie pour la sonder, le duc de Berry « témoigna qu’il n’était pas insensible ». Il n'avait pas soufiert inutilement : le soir, écrit Dangeau, le prince se trouva fort soulagé. Mareschal pansa la plaie en y introduisant « une tente molette avec l’emplâtre de mucilage », puis il y fit des «injections détersives ». —« Ainsi nettoyé, continue Dionis, le fond de l’abcès se remplit de bonnes chairs en très peu de temps, puisque en vingt jours le prince fut com-

-plètement guéri. » La Gazette de Hollande annonce que le

duc de Berry sortit le 31 octobre pour entendre la messe du roi.

Moins d’un an après, la douloureuse enflure revenait au prince : le 23 juin 1707, jour de la Fête-Dieu, il se rendit à la Ménagerie (2) avec la duchesse de Bourgogne pour y allumer « les feux de la Saint-Jean ». Sa belle-sœur témoignait pour ce

(1) Dionrts, p. 823-824.

(2) La Ménagerie était située dans le parc de Versailles.

petit château la prédilection que Marie-Antoinette eut pour Trianon. Les deux jeunes gens s’amusèrent à faire partir des pièces d'artifice; en lançant un pétard, le duc de Berry fut légèrement brûlé à la Joue droite, près de sa cicatrice. Négligeant cette petite plaie, il continua sa vie de plein air, et le 2 juillet il s’en fut courre le loup à Petit-Bourg, chez le duc d’Antin; à son retour, on constata que sa joue avait enflé. Malgré les représentations de Mareschal, il partit le surlendemain pour Rambouillet, et chassa deux jours avec son oncle le comte de Toulouse. Quand il revint, écrit Sourches (1), « la tumeur de sa joue était dégénérée en un nouvel abcès. » Le 7 juillet, Mareschal dut lui faire une première incision dans la bouche et le saigner ensuite.

Le mal augmentant dans la matinée du 12, le premier-chirurgien tira au prince plusieurs nouvelles palettes de sang; prenant la précaution de mettre de la pommade sur l’ouverture du bras, il put le saigner une troisième fois le soir même, sans le piquer de nouveau (2). Le 14 juillet, Fagon et Mareschal jugèrent à propos « de faire une incision au duc de Berry par le dehors de la bouche sur son ancienne cicatrice ». Au premier coup de bistour1i, le jeune prince jeta les hauts cris. Mareschal eut beau lui dire qu’il était indispensable d’ouvrir complètement le mal, que sans cela on serait dans l’obligation de faire une nouvelle opération, le duc ne voulut pas le laisser achever. Mais le lendemain, s’armant de courage, il laissa le chirurgien pratiquer à sa joue les incisions nécessaires. « M. le duc de Berry est bien puni du peu de déférence qu’il a eu pour M. Fagon et pour Mareschal, écrivait le 17 juillet Mme de Maintenon à la princesse des Ursins; il a eu des abcès à la joue, et il a fallu faire des opérations, et je crains fort que la bouche ne demeure un peu de travers (3). » Dès lors il marcha vers la guérison, car Mareschal « avait constaté que l’os n’était point carié (4). » Le 29 juillet, dans le but d’épargner à la duchesse de Bourgogne la fatigue de monter chez lui, il descendit achever sa convalescence au rez-de-chaussée du château, dans l’appar-

(2) SouRCHES, {, X, p. 356.

(3) Lettre 56 de Mme de Maintenon à la princesse des Ursins. (4) DANGEAU, 15 juillet 1707.

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