‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 27 sur 182 · LOUIS XIV A LA CHASSE · texte numérisé non relu

LOUIS XIV A LA CHASSE

Ce jour-là, Louis XIV passait l'après-midi chez la duchesse de Bourgogne. Un de ses premiers-valets de chambre, le fameux Bontemps, avait accompagné les princes à la chasse; regagnant Versailles après l'accident, il fit avertir le roi de son retour : Bontemps se déclarait porteur d’une nouvelle « qu’il ne devait dire qu’à Sa Majesté». — «Le roi, écrit Dangeau, qui savait que Monseigneur et Mgr le duc de Berry étaient à la chasse au loup, où Bontemps les avait suivis, ne douta point qu’il n’y fût arrivé quelque accident; mais, ne voulant point troubler Mme la duchesse de Bourgogne, il ne marqua pas son inquiétude, alla parler à Bontemps dans le salon, et puis se remit au chevet du ht de Mme la duchesse de Bourgogne et dit simplement : le duc de Berry s’est un peu blessé à la chasse, mais ce n’est rien. »

L'accident s'était produit à deux lieues de Versailles : comme le moindre cahot causait au prince une vive souffrance, son carrosse n’arriva au château que vers cinq heures. Le roi et la Cour attendaient le duc de Berry dans la galerie située au premier étage de l’aile du midi, car l'appartement du blessé, où Georges Mareschal avait préparé les appareils des fractures et des luxations, s’ouvrait sur cette galerie. « Le duc de Berry, écrit Dangeau, salua tout le monde d’un air gai et ne parut point troublé de son accident. On le portait en chaise dans le degré et il voulut mettre pied à terre voyant le roi. Quand 1l fut dans sa chambre, il dit aux chirurgiens qu'ils ne s'embarrassent point, qu'il s'attendait à souffrir de grandes douleurs.» Pendant ce temps le roi, qui craignait les émotions, se reürait dans le cabinet du duc de Beauvilliers, gouverneur du duc de Berry.

Mareschal fit maintenir le prince par plusieurs aides et lui remit l'épaule « fort vite et fort adroitement », selon Dangeau, « avec une adresse sans égale, » d’après Sourches : dans cet instant douloureux, le duc de Berry, qui avait à peine dix-huit ans, ne jeta pas la moindre plainte, « On apprit aussitôt au roi, écrit le rédacteur du Mercure galant (1), que l’opération était faite, ce qui surprit Sa Majesté, parce qu’elle n’avait point oui crier le prince, dont la fermeté fut louée par tous ceux qui se trouvèrent présents, et surtout par Mme la duchesse de

(1) Juin 1704:

Beauvilliers qui lui donna de grands éloges. » Mareschal banda l'épaule du blessé, puis il le saigna et pansa les écorchures de son visage, laissant le prince « dans le meilleur état où 1l pouvait être après un semblable accident » (1). L'année suivante, le duc de Berry fit une nouvelle chute de cheval à Fontainebleau, en courant le cerf; cette fois, écrit Dangeau, «1l n’y eut rien de rompu, ni de démis. »

Les petits-fils du roi n’aimaient pas moins la chasse à tr que la chasse à courre, et cet autre plaisir leur causait aussi des inconvénients. Un jour, c’est le duc de Bourgogne qui se blesse à la main : (Sans son gant, écrit Dangeau le 9 août 1704, la pierre à fusil lui aurait coupé le tendon. Mareschal espère que ce ne sera rien.» Une autre fois, c’est le duc de Berry qu’un abcès à la Joue, causé par le recul répété de son arme, met entre les mains du premier-chirurgien. Le prince, depuis trois mois, passait de nombreuses journées à la chasse, et le gibier royal était si abondant qu'il tirait à lui seul quatre ou cinq cents coups de fusil, rapportant jusqu’à deux cent cinquante pièces. Sous l'influence des contusions produites par les chocs de la crosse, sa joue droite enfla, et le 2 octobre 1706 il eut la fièvre; une saignée n’amena aucune amélioration dans son état. « Le 6 octobre, écrit Sourches, on vint enfin à bout, malgré toute la résistance du duc de Berry, de le saigner une seconde fois à cause de sa tumeur à la joue, qui ne faisait qu'augmenter tous les jours, et on lui tira de très mauvais sang. »

Cependant la souffrance du prince devenait intolérable, il ne pouvait plus dormir et sa tumeur grossissait : « Les chirurglens, continue Sourches le 10 octobre, ne doutaient pas qu'il s’y formât un abcès, dont ils n’osaient avancer la maturité de peur qu'il ne fit une trop grande escarre. » Le 11, le duc était tellement défiguré que le roi défendit à la duchesse de Bourgogne de l'aller voir : elle portait à ce moment le duc de Bretagne, et Louis XIV craignait qu’elle ne fût impressionnée par la vue de son beau-frère.

Mareschal avait posé des cataplasmes sur la joue du prince pour essayer de diminuer l’enflure : ces émollients ne produi-

(1) SourcHESs, t. VIII, p. 380.

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