Georges Rochegrosse; sa vie, son oeuvre
LES ARTISTES — Panneau central d'une décoration pour la Salle des Fêtes de l'Exposition universelle de 1900
G PQ ANS Quinze Jours au Salon de 1883, Edmond About N écrivait : ‘ Dès le matin du vernissage, on a beaucoup parlé, % et non sans cause, d'une grande coquine de toile où M. Ro-
Rochegrosse
à | ) chegrosse nous montre le fils d'Hector, arraché par les VAE
Grecs aux bras de sa mère Andromaque. L'œuvre est frappante, de proportions monumentales, d'aspect bizarre, car on y voit les Grecs de l'Iliade armés et harnachés comme des Mohicans de Cooper. Il se peut que certains détails soient empruntés directement aux trésors exhumés par le patient épicier Schliemann ; 1l est possible aussi que telle étoffe ou tel plumet s’autorise plus ou moins légitimement d’un texte homérique. Nous n'avons pas à taquiner sur des vétilles un jeune homme, d'esprit entreprenant, qui veut bien faire et vise haut. Mieux vaut rendre hommage à l'effort et au mérite d’un artiste de vingt-deux ans, et déblayer devant lui la route où il a fait ses premiers pas, non sans gloire. ”
Tous les éloges et toutes les critiques que pouvait mériter le talent de Georges Rochegrosse à ses débuts sont contenus dans ces quelques lignes, pleines d'une paternelle et souriante bonhomie.
Georges Rochegrosse, né à Versailles, le 2 août 1859, avait grandi dans un milieu artiste et lettré, sa mère, veuve de bonne heure, s'étant remariée à Théodore de Banville, le prestigieux poète des Cariatides, des Stalactites et des Odes funambulesques.
Alors, Banville était en pleine renommée ; Sainte-Beuve avait fait son éloge en des termes qui, en ce temps-là, suffisaient à consacrer un homme.
Tout de suite, il aima Georges Rochegrosse d’un grand amour paternel.
Donc, dans cet intérieur d'artiste, entre une mère sereine et digne, en qui revivaient les pures traditions de grâce et d'élégance de notre race, et un poète dont l'esprit prêtait des couleurs toujours plus brillantes aux ailes de la Fantaisie, l'enfant grandit, choyé, fêté.
Dans l'appartement de la rue de l'Odéon, où Banville abritait son jeune bonheur et sa jeune gloire, fréquentait toute l'élite intellectuelle et artistique
Phot. Vissavona