‹ Georgette (volume 2)Chapitre 12 sur 24 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le premier Pits.

La fatigue l'emporle souvent sur IV Tnoor :danscette occasion elieeutencorc le dessus, le marquis et son valet s'endormirent avant d'avoir dressé leur plan ; mais au point du jour , Saint- Ange éveilla Lafleur,

162 GEORr.rTTE.

« Allons , co qiiiii , tu as assez dormi lorsque jr me catise la tète à former mille projets!.. — Je m'en doutais.

Monsieur î... — Lafleur, je suis amoureux. — Je m'en doutais encore! — Mais amoureux fou !.... — Oui , comme à rordiriaire I... — Tu as vu Georgette?

— Oui, monsieur. — N'est-elle pas adorable? — Elle n'est pas mal..,.— - Il faut, à quelque prix que ce soit, que je possède cette femme-là. — Ça

ne sera pas difficile une petite

paysanne ... — Tu le trompes, ce n'est pas une simple villageoise.... — N'importe !... nous venons à bout de tout I....

— Cela ne sera peut-être pas si aisé que lu crois... Georgette a de l'esprit î... — Tanl mieux , monsieur , c'est toujours par là qu'on les prend!... une femme

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d'esprit!... Eh! mon Dieu, monsieur ^ rien n'est si facile à séduire !... celles-là ont toujours les passions plus fortes, Timagination plus exaltée !... elles comptent sur leurs propres forces, et voilà ce qui les perd! D'ailleurs, monsieur sait l>ien que l'esprit est le chemin du cœur , que l'esprit se rend maître de la raison, que l'esprit tourne les têtes !... Oui, monsieur, avec une femme d'esprit, il y a toujours de la ressource, tandis qu'auprès d'une sotte , quand on ne pîaît pas à la première vue, ou lorsqu'elle a en tête des principes de sagesse et de vertu, c'est fini !... on perd son temps à vouloir la séduire , et l'homme le plus aimable échoue comme un sot ! mais revenons à votre belle : le plus difficile à séduire dans tout

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ceci, ce sera le fermier et sa femme... je les ai juj^^és de suite : ces rustres ne vous voient pas avec plaisir!... — Que m'importe, si je plais à Georp;et!c , le fermier n'est pas son père , elle me T.i ijit hier en causant. — C/est c:^al , mousieur, ne brusquons pas les clioses !.... si l'or. p()uvait enjolt-r la petite, sarjs que ces manans se doutassent de rien.. — £n obtenant de Georgelte nn rendezvous... mais si elle refuse.... — Alors , si cela est nécessaire , nous emploierons les grands moyens!... en attendant je vais adroitement m'informer de ce qu'on fait journellement dans la fcrnie, et des habitudes de mademoisselle Georgette. »

Saint-Ange descendit au jardin : avant

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de se rendre près des villageois, il cherchait à parler à Georgette, le hasard le servit, la jeune fille se promenait pensant à (e que M. le marquis lui avait dit la veille. Saint-Ange ne laisse pas échapper une si belle occasion , il reprend sa converfation de la vcIHq, il est plus vif, plus pressant, plus séduisant que jamais!... . Ah ! quelle différence de Saint-Ange à Charles! en une heure le marquis avait plus iîvancé ses affaires que le pauvre Charles en un mois.

Saint Ange, aux pieds de Georgette, sollicitait uu rendez-vous; celle-ci craignant que les villageois ne vinssent, cherchait un moyen pour échapper au marquis, elle n'en trouva pas de meilleur que de lui dire qu'elle se rendait

l66 GEORGETTE.

tous les jours seule à Bondy. Le jeune homme n'eu demandait pas davantage, il laissa Georgette se sauver et retourna à la ferme par un autre sentier.

Après îivoir déjeuné, le marquis remercia les villageois, et annonça qu'il allait se remettre en route. On ne l'engagea pas à rester davantage. Le ton du maître et du valet ne convenait pas aux habitans de la ferme. Les chevaux attendaient leur maître, le marquis monta en selle et s'éloigna en jetant un tendre regard à Georgette.

a Ma foi, dit Jean, je suis bien aise qu'il ne soit pas resté davantage; quelle différence de ce biau monsieur avec cet aimable Charles!....»

Au nom de Charles, Georgette baisse les yeux et balbutie ; a 11 y a long-temps » qu'il est parti, il nous a peut-être ou- )) bliés... — Oh que non , mon enfant, je » gage qu'il reviendra. » Georgette soupire, et va rêver dans sa chambre.... Estce à Charles .• est-ce au marquis?.... c'est ceque je n'ose décider, mais je présume qu'elle pensait à tous deux.

Laflcur faisait trotter son cheval près

de son maître, et, tout en cheminant,

on s'entretenait de la jeune fille : « Mon

her Lafleur , tout va bien , j'ai obtenu

an rendez-vous de la fietite! — Eh

3ien, vous le voyez, monsieur, je suis m garçon de bon conseil ; sans moi,, ^ous restiez à la ferme, vous filiez le parait amour!.... entouré de butors qui

l68 GEORGETTE.

ne savent pas respecter les fantaisie d'un homme comme il faut!... Vraiment, Lafleur, tu as de l'esprit, tu raisonnes sagement!... — Ail! monsieur, j'ai quelque expérience, je sais comment il faut s\" prendre pour réussir dans le monde. — Dis plutôt pour faire des dupes, coquin!... — Faire des dupes, eb , monsieur!... n'est-ce pas la science uîiiversellc , avec ce talent on ne meurt jamais defaim!... — Non, mais on vit aux dépens des autres. — Qu'importe... il faut être philosophe. — La philosophie ressemble beaucoup à de la friponnerie-— C'est donc cela, monsieur, qu'il y a tant de philosophes maintenant! ;>

Arrivé à sa maison de campagne. Saint): Ange prend un habit plus simple, et

GEORGETÏE. l6cf

le fusil sur Vépaule, la carnassière à.î côté, il se remet en route. « Bonne chasse, monsieur, » dit Lafleur en riant. Saint- Ange est déjà dans les champs et bientôt à l'endroit où il espère rencontrer Geor-

gctte.

Il n'y fut pas long-temps sans apercevoir la jeunefiile qui se rendait, en chantant, à Bondy. Georgette regarde d: côré si elle n'apercevra pas ce jeune homme 5i aimable , si galant, qui lui a dit de si jolies^ choses, qui lui a baisé la main avec tant a'ardeur !.. . à qui elle a toîïrné la tète eiifïul.. . et qui peut-être lui a troubléla rafson.C3 jeune hoiniTie était là, toiri près d'elle; il s'était glissélo long d'une haie, el. s'était approché sans qu'elle le vit; cUq se sent pressée dans les bras de quel--

1 yo GEORGETTE.

qu'un, elle se retourne... un petit cri lui échappe ...

« Ah! c'est vous, monsieur! — Oui, belle Geor.'^ette. — Déjà en train de

chasser c'est donc une passion que

vous avez pour cet exercice? — Ah!

Georgette, vous savez bien que c'est pour vous seule que je suis ici ! Pourquoi feindre d'ignorer les sentimens que je vous ai déjà fait connaître? croyez-vous que l'impression que vous avez faite sur

mon cœur puisse être effacée? Ah!

Georgette, votre image est pour toujours au fond de mon àmel. .. »

Georgette rougissait, et se troublait; Saint-Ange était pressant; notre amoureux voulut profiter du trouble de la

jeune (ille pour obtenir un aveu; mais Georgette était coquette , elle voulait jouir (les craintes, des soupirs t!u mar^ quis, peut être même ne voiilait-elle que s'en amuser! elle ne voyait aucun mai à écouter ses discours flatteurs, elle ignorait^que les plaisirs de la coquetterie coûtent toujours quelque chose à l'innocence.

Tout ce que Saint-Ange put obtenir à cette première entrevue fut que Georgette serait exacte à passer tous les jours parle même chemin, et qu'elle ne diraitrienàla ferme de sa nouvelle connaissance. Elle le promit et continuasa route. Saint-Ange la quitta , le cœur rem pli d'espérance et peut-être d 'amour^ car ou aime vraiment tant qu'on ne

possède pas: pourquoi faul-il cpfapirs, cela aille en dimimiant!... ]\Iais je m'explique, mesdames; ceci n'est que poulies hommes blasés comme le marquis.

Le temps que Charles avait fixé pour son retour était écoulé, le jeune homme ne revenait pas. Les villageois s'afliigeaient de ne pas le voir; mais Gcoigetîe, qui peut-étn^ éprouvait quelques remords de son iucoustauec , n'était point fâchée que Charles, par son oubli, justifiât sa légèreté.

Tous les jours (xeor^ttie voyait Saint- Ange. Le marquis faisait de rapides progrès dans i'es[)?it de la jeune fille : en séducteur adroit, il ne brusquait point une intrigue dont il espérait recueillir

de si doux fruits; il voulait que Gcorgette , dont la tète était exaltée par la peinture qu'il lui faisait des plaisirs de Paris, du bonheur qu'y goûtaient deux jeunes amans, de la vie délicieuse que l'on y menait; il voulait qu'elle s'abandonnât entièrement à lui. Dejniis longtemps le séjour de la ferme n'inspirait à Georgette que de l'ennui; vingt fois elle avait pensé céder aux sollicitations de Saint-Ange, qui la conjurait de le suivre dans la capitale; cHe brûlait au fond du cœur de quitter son champêtre asile; mais la vue de Jean , les bontés de Thérèse, le souvenir des bienfaits dont ces bons villageois l'avaient com-* blée, arrêtaient encere notre héroïne et livraient son dme aux plus violens combats.

l'74 GEORGETTE.

Lafleur s'étonnait de voir son maître ne pas aller plus vite en besogne.

« Eh! quoi, monsieur, vous n'en finissez pas avec cette petite fille!... depuis que vous riionorez de vos hommages, elle lie s'est pas rendue à vos désirs!... Je ne vous reconnais plus!.... vous qui avez trompé tant de belles, dupé des tuteurs, abusé des novices, des innocentes, des coquettes même!... vous , qui promettiez de devenir un modèle à suivre!... vous filez le parfait amour dans les champs!... vous poussez des

soupirs près d'une campagnarde!

Allons , monsieur le marquis , revenez à vous; cette conduite est indigne d'un galant homme.... et d'un jeune homme que j'ai formé î »

Saint-Ange ne répond pas à Lafleur;

mais, excité par les conseils de ce coquin subalterne, il vole au lieu du rendezvous. Depuis long-temps le marquis avait tellement captivé Georgette que celle-ci , au lieu de se rendre à Bondy , comme elle le disait à la ferme , passait la journée auprès de son amant. Ce jour-là, cependant, elle vint plus tard que de coutume, et la tristesse se peignait dans ses traitij-. « Qu'avez-vous, ma chère Georgette? d'où peut naître la mélancolie que je remarque en vous?

qui peut vous causer du chagrin ? — Ah! monsieur le marquis!... — -Vous m'avez promis de ne mappeler que Saint- Ange... — Eh bien, Saint-Ange, j'ai fait des réflexions... le tableau que vous me faites des plaisirs de Paris séduit , je l'avoue , mon imagination^ mais comme

j'ai pensé que je ne pouvais quitter la forme sans motif... je crois cjue je ferai Lien de cesser de vous voirl... »

• Saint-Ange, attéré parce discours, jura tout bas de la faire changer de résolution. Prenant le bras delà jeune fille, il l'entraîne au fond d'un épais bocage , ils s'asseyent tous deux sur le gazon , et Saint-Ange s'empresse de combattre îa résolution de Geoi'gette en \v\ parlant •de son amour, qui doit durer toute sa vie!... Jamais il n'avait été si amoureux, ■si pressant, si éloquent dans ses discours; la crainte de perdre Georgette

le rend entreprenant elle tremble,

Telle se trouble... L'amour, la pudeur combattent encore ; Saint-Ange ose tout!... Et César ne vient pas arrêter ■son entreprise!

GEORGETTK. J77

« Ali! Saint-Aiigeî qu'avez- vous

fait!... — Chère Georgetle, pardonne à ton amant,., sèche ces larmes... l'anioiiu seul m'a rerulu coupable!... — Hélas! je n'avais pour tou( bien que, mon innocence!.... Que me rcste-t-il

maintenant? — Éloigne ces tristes

pensées, livre-toi au c!oux plaiî-ir d'aimer. Tu ne peux rester en ces lieux; cette ferme îi'est plus faite pour toi ; cette triste campagne ne nous offre qu'un séjour monotone où nous ne pourrions nous livrer sans réserve au

bonheur d'être ensemhle Consens

donc à me suivre à Paris. — Ah! je suisàtoiî... tu peux maintenant disposer de mon sort!... »

Saint-Ange, au comble de ses vœux ,

emmène Georgette loin du bocage...

elle jette un dernier regard sur le gazon... son sein gonfle, elle verse des

•l^larmes c'est le dernier adieu à l'in-

j':nocence.

Le marquis ne veut pas laisser à Georgette le temps de la réflexion :

il lui fait promettre de se rendre à minuit à l'entrée d'uue petite avenue qui n'est qu'à une portée de fusil de la ferme ; c'est là qu'il doit l'attendre avec une chaise de poste préparée pour leur départ. Georgette , ne sachant plus ce qu'elle fait , promet tout , et Saint-Ange la quitte pour ordonner les apprêts de l'enlèvement.

Georgette, le cœur serré , l'œil

morne , regagne ia ferme ; ses pas sont incertains, sa démarche chancelante, elle entre sans avoir levé les yeux sur cet asile hospitalier où Ton a pris soin de sa jeunesse. Les paroles du marquisr-"! se retracent à sa mémoire : Cette ferme

n 'est plus faite pour toll « Oh ! non ^

dit-elle, elle n'est plus faite pour moi!... je ne suis pins digne d'iiabiter avec mes respectables bienfaiteurs!.,. »

La voix de Jean la fait sortir de ses rêveries. « Pourquoi reviens-tu si tard, mon enfant ? tu sais que nous t'attendons toujours pour souper , ma femme et moi, car, lorsque tu n*es pas là , je n'avons pas autant d'appétit. Dam!... c'est ben naturel; nous commençons à devenir vieux, nous autres^

nous sommes accoutumés à Tavoir

près de nous nous t'aimons tant!

or, à notre âge, on tient à ses habitudes! »

Georgette s'excuse comme elle peut...

mais les villageois n'étaient que trop confians ! on se met à table ; Georgette souffre en recevant les caresses de Thérèse, les amiliés de Jean; cepen/ dant elle s'efforce de surmonter soft agitation. Le repas linit enfin; jamais elle ne l'avait trouvé si long! elle se lève, prend sa lumière, et va embrasser

la fermière et son mari quelques

larmes mouillent ses paupières... mais Jes villageois n'ont pas le temps de s'en apercevoir , elle court s'enfermer

GEORGETTE. î8f

dans sa chambre pour leur dérober celte première marque de son repentir.

Seule, elle donna un libre cours à ses larmes: l'idée que c'est la dernière nuit qu'elle passe à la ferme , le sentiment de son ingratitude envers 3 eau et Thérèse accablent Georgette; qWv. ^ se fait les plus vifs reproches. Abau- ■^onner ses bienfaiteurs lorsqu'ils tou- ^leiJi à la vieillesse, les livrer au chagiiii lorsqu'ils complent sur elle pour

embellir leurs derniers jours! ah!

c'est bien mal !... notre héroïne le sent , elle ne se cache poh.t ses torts ; ruais le souvenir de son amour, de sa i\\lblesse l'emportent, elle ne se croit [^lus digne d'habiter la ferme... le premier

l8a GEORGETTE.

pas était fait... et celui-là entraîne bien vite les autres.

Saint-Ange, enchanté de son triomphe, le cœur rennpli de l'image de Gcorgette , dont nlors il était peut-être véritablement amoureux , arrive à sa maison de campagne. Lafleur, en voyant son maître si joyeux, devine ce qui s'est passé. «Eh bien! monsieur, vous avez suivi mes conseils, vous avez réussi. — Oui, Lafleur, je suis le plus heureux des hommes!,.. Georgette est à moi !.... elle partage mon amour! mes transports! Ah! jamais femme ne m'a fait connaître d'aussi doux plaisirs!... une ivresse plus pure!... — Monsieur, vous disiez toujours cela avec votre dernière maîtresse!... — Ah! quelle différence !...

GEORGETTE. l83

— Soit!. ..d'ailleurs, il est aussi difficile de persuader à un amant qu'il n'aimera plus , que de prouver à uue coquette qu'elle a vieilli. Mais , à quoi vous décidez-vous, Monsieur? — Je pars. j'emmène Georgette à Paris. — A Paris,, prenez garde... — Qne veux-tu dire?

— Vous feriez peut-être mieux de garder votre jeune conquête dans cette maison de plaisance. — Pourquoi cela?

— Parbleu ! monsiein^, ne devinez-vous pas?... Vous avez eu une peine diabolique avec cette petite fille ; et, lorsque vous pourriez goûter en paix le fruit de votre triomphe , vous voulez l'emmener à Paris, où l'innocence va un train!.... Ah! on se l'arrache enfin!

— Laisse-là tes balivernes; Georgette est faite pour briller à Paris, pour éclip-

l84 CEORCETTE.

ser ce que Ton a vu juscj^u'ici de plus aimable , de plus enchanteur!... et lu vouilrais que jo la lai^^sasse véi^ftcr au fond de cette leiraite î.., moi, cacher

un pareil trésor î priver le inonde

de son phis he! ornement!... — (^h ! je vois que monsieur a t!c;:scin de la produire! — Tu verras, (itorgolte me fera honneur !... je veux qu'elle tleT>enne la femme à la modr. !.... — S )vez tranquille, Monsieur, quand les femmes veulent s'en donntr la peine, nous ne sommes, en fait de folies, fjue des enfans auprès d'eliesî.... — isous partons ce soir; picpare, pour miiujit, une chaise avec de bous ciievaux; îe trajet n'est pas long; deiiiain, au lever de iaurore, nous serons iuilaiits dans n:oîj hôtel de la rue du ?iîonl-li!ano ; lI après

demain , je défie que Ton reconnaisse dans Georgette la simple villageoise de Bondy !.. — Où faudra-t-il vous attendre avec la voiture? — Devant la petite avenue qui est à gauche de la ferme. — Pourvu que le fermier ne lâche pas ses chiens après nous!... Vous auriez aussi bien pu l'emmener ce matin , pendant que vous la teniez!... — Eh! imbécille, des paysans pouvaient nous rencontrer, voir Georgette partir avec moi!... En vérité, Lafleur , pour un drôle qui est aussi habitué à ces sortes d'aventures, on (iirait que tu as peur! — Moi, peur! non , monsieur, mais je vous avoue que je préfère enlever six demoiselles de qualité à une seule villageoise; ces paysans sont d'une brutalité !.. et je me connais en coups de

,)56 CEOBGtTTE.

bâton! mais, au reste, cela ne m'effraie nullement.

Tout est prêt à l'heure convenue. Lalleur, qui sert de postillon, se rend dans l'avenue; Saint-Ange est au rendezvous et atte.id impatiemment l'arrivée de Georgette.

Le temps était sombre et menaçait d'un violent orage. «En vérité, dit Lafleur en faisant le guet dans l'avenue, celte campagne nous est fatale! je cro,s

qu'il fera cette nuit un orage semblable ^ celui qui nous a condi.its pour la première fois , dans cette ferme. Vous en souvenez-vous, monsieur?., nous étions dans un triste état !...»

^EOROETTE. 187

Saint-Ange ne peut se défendre d'éprouver un sentimenl pénible en se rappelant l'hospitalité du fermier ; il s'éloigne de Lafleur sans lui répondre, et s'approche de la ferme , espérant voir paraître Georg-ette, dontla lenteur commence à Tinquiéter.

Notre héroïne était encore dans sa chambre : absorbée dans ses réflexions elle ne s'apercevait pas que le temps s'écoulait. Cependant douze heures sonnent à la vieille horloge de la ferme. Elle se lève , éteint sa lumière, et descend légèrement les marches de l'escalier.

Georgette connaissait parfaitement les détours de la maison, elle savait

l88 GEORGETTE.

<|uVlle ne trouverait pas d'obstacles ù SA sortie de la lerme. Les paysans , bien loin de se douter de son projet, ne pensaient point à prendre des précautions -qu'ils jugeaient inutiles, et de l'intérieur de la maison on pouvait ouvrir toutes les portes qui donnaient dans la campagne.

Oeorgette est obligée de passer dej?ant la chambre oii<;:oucheni ses bienfaiteurs; son cœur est oppressé , elle s'arrête devant leur porte... « Adieu donc, vous qui m'avez servi de parens. ... adieu pour jamais!... s'écric-t-eile en sanglotant. Elle desceiui Tescalier en tremblant, elle est dans !a cour, et bientôt à la porte de la ferme , qu'elle ouvre «ans difficulté; elle s'arrête encore... ses

forces Tabandonncnt. . . Elle jette un dernier regard autour d'elle et reconnaît la place où Charles, en lui disant aclieu, a ramasse et posé sur son cœur le nicucholr qu'elle lui a jeîé...o elle s'appuie contre le muret se sent incapable d'aller plus loin.

« Georgette?... Georgette?... dit une » voix que la jeune (ille reconnaît aus- » tôt, qui peut vous retenir ? Je tremblais )) qu'il ne vous fut arrivé quelque » chose. ^J

La voix de Saint-Ange, sa présence , raniment le courage de Georgette , le marquis lui prend le bras et l'entraîne loin de la ferme , le tonnerre grondait déjà avec force, le bruit delà foudre re-

double l'émolion de la jeune fille, Saint- Ange est obligé de la porter dans la voi ture , il se place près d'elle , Lafleur fouetle les chevaux , el les voilà sur la route de Paris.

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