CHAPITRE XII
La Récompense d'un Bienfait.
Avant de suivre Georgette a Paris restons encore un moment à la ferme , ces pauvres villageois méritent bien que nous nous occupions d'eux! et c'est peut-être la dernière fois que nous le
rga ' georgette.
pourrons, car je prévois que Georgette
T)0us donnera de l'occupation.
Les premiers rayons du jour avaient vu fuir rorao;e,le temps était calme , l'air pur et rafraîchi, Jean se rendit comme à son ordinaire à ses travaux , le fermier n'avait pas l'iiabitude de rencontrer Georgette de si bon matin, il ne put donc remarquer son absence, mais, en rcvenaiU à l'heure an repas, il la chercha des yeux et s'aperçut de finquiétudc de Thérèse.
« Où donc est Georgette? — Je n'en sais rien , mon ami , nous ne l'avons pas vue de toute la journée! Je ne concevons pas ce qu'elle peut être devenue.... Elle sera restée à Bondy pais tard que
GEORGETTF. 19:»
de coutume!... — Ce qui m'étomie , c'est qu'Ursule assure avoir trouvé ce matin la porte de la ferme ouverte... — Eh! pardienne!... pour sortir fallait ben qu'elle l'ouvrît.... -•»- Homl... dit Ursule, je vous dis, moi, qu'il faut qu'elle soit sortie c'te nuit; sans ça je l'aurions vue passer comme à l'ordinaire, quand elle va soi-disant à l'école.... — Comment soi-disant?, que veux-tu dire toi même? — Dam', not' maître, j'nons par< osé vous le dire plus tôt.... et puis voUv*^ m'auriez traitée de folle.... comme c'est votre usage quand je vous parle de mamzelle Georgette... Ce qu'il y a ih sûr, c'est que ben souvent, au lieu d'aller au village , elle passe sa journée à se promener avec ce jeune mirliflor quivous avez logé le jour de ce fameux I. jy
orage. Oli ! je les oiis vus moi-même une fois, sans qu'ils s'en doutassent. »
Le iront du fermier se renïbrunit:
malgré le désir qu'ira de iic pas trouver Georgclte coupable, il sent qu'elle n'aurait pas dû lui cacher ses rencontres et ses promenades avec M. le marquis.
Thérèse, qui aimait la jeune fille comme une mère, aîtcndait .,avcc inipatience qu'elle vînt se justifier et dissiper les soupçons que l'on craignait même de former. Mais les bonnes gensaltendaient en vain!... Georgette ne venait pas.
De moment en moment l'inqu'.élude prenait une nouvelle force. Il faisait
nuit depuis long- temps! Thérèse
pleurait sa fille, Jean se promenait de
GEORGETTE. igS
long en large dans la cour; il allait vers la porte, cherchait à distinguer dans la campagne.... frappait du pied avec .^mpatience et formait les plus tristes conjectures. La vieille Ursule ne disait mo! ; la douleur de ses maîtres Taffectait trop vivement pour qu'elle se pern:ît de faire encore des réflexions; elle désirait bien que Georgette ne fut pas aussi coupable qu'elle le pensait.
Minuit a sonné. Jean prend son chapeau, son bâton. « Que vas-tu faire? dit Thérèse. — Je n'y tiens plus !... Je vais à Bondy , il faut absolument que nous sachioî:sce qui en est. — Y pensez-vous , not' maître, à c'te heure. .. dans ces campagnes !... Ne savez-vous pas que la foret voisine n'est pas sûre?., vous pour-
î9^ .OEORGETTZ.
riez faire de mauvaises rencontres
— Je ne crains rien! avec ce bâton, je cîéfions qui (jne ce soit !... — Mon cher je;'.n , ne t'expose point... demain il sera assez temps... — ]3emain !... et tu veux que nous passions la nuit en cet étati... non, il faut savoir ce qu'elle est devenue. — Hélas !... elle nous a abandonnés !.. — Non! cela est impossible!...
peut-être est-elle malade... et a-t-elle besoin de nos secours... je vais à Bondy.
— Aa moins, not' maître , emmenez César; c'est qu'à lui seul il vaut ben deux hommes! — Soit! je l'emmène, quoique je n'ajoute pas foi à tes récits de voleurs !... y
Le fermier embrasse sa femme, lui promettant de lui i apporter de bonnes
nouvelles. Thérèse sent son cœur se serrer en pressant son mari dans ses bras; Jean détache son chien fidèle, et sort avec lui fie ia ferme au milieu de la nnit.
Le bon fermier marchait à grands pas, tout occupé de Georgelte et cherchairt toujours •?. éloigner les soupçons qui s'élevaient contre elie. I.a nuit €tàit tellement noire que Von voyait à peine devant soi; César suivait silencieusement son maître , et semblait, eîi tournant autour de lui, vouloir demander l'explication d'un voyage commencé au5si tard,
Livré à ses pensées , Jean ne s aper- 'çoit pas qu'au lieu de prendre le che-
IQ^ CrORCETTE.
min qui mène à Bondy , il a suivi celui qui conduit à la lorèt; ce n'est qu'après avoir marché long-temps que, voulant s'assurer s'il approche du village, il s'arrête, examine 1 endroit où il est.
autant que l'obscurité peut le lui permettre, et s'aperçoit qu'il s'est trompé et qu'il côtoie la lisière de ia foret.
Désespéré de ce contre - temps , le iermier s'apprête à retourner sur ses pas, lorsqu'en se retournant pour voir si son chien est toujours près de lui il croit apercevoir quelqu'un se glisser derrière les arbres. Malgré son courage. Jean éprouve un sentiment pénible....
il écoute.... on a remué le feuillage.... il va se remettre en marche... Césaraboie avec fureur... les jappemens du chien
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ne laissent plus douter que quelqu'un ne soit caché clans cet endroit... Jean double le pas pour s'éloigner de la foret... mais il est trop tard, quatre hommes sortent d'iui taillis et se jettent sur lui avant qu'il ait le temps de se reconnaître.
Jean veut so défendre, César saute sur les voleurs, tandis que son maître ^ qui a dégagé une de ses mains ^ frappe de son bâton noueux les misérables qui l'entourent ; mais malgré les efforts du chien, malgré le courage du fermier , il faut céder au nombre!... Lesvoleurs^ furieux de sa résistance, le percent de mille coups, le dépouillent de tout ce qu'il possède, et s'éloignent du lieu témoin de leur forfait , laissant l'infor.
2 00 Cjf)RCFTTK.
tuni; Jean baigné de son sang, cl n'ayant pour tout secours que le pauvre César, (pli, blessé luiniôme , oublie ses souffrances pour lécher les j)laics de sou inaîfre.
L'aiiioit* a succédé à celte nuit fatale. Tn pauvre Thérèse attend sa fille et son époux. La tristesse, rinrjuiétude, les larmes régnent dans cet asile jadis séjour de la paix et du bonheur. Des biirlcnicns lugubres se font entendre dans la Ccimpagne... « C'est (îésar î » b'écrie Thérèse. — CVsl César! répètent les jjeus de la ferme, qui, tous attachés à leur maître, attendaient impatiemment son retour. On coui t, on vole à la porte de la ferme... Le pauvre chien s'avance lentement.., mais dans quel état!... cou-
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verl (le sang, de blessures, et jetant par intervalle de ces plaintifs gémissemens qui semblent présager quelque malheur.
« Grand Oieuî... mon mari est assassiné î.... » s'écrie Thérèse. La fermière perd connaissance : pendant qu'Ursule cherche à la ra^^peler a la vie, le chien s'approche de chaque garçon de ferme, se retourne vers la porte et semble les inviter à le suivre. « Allez, dit Ursule , allez , et pnissioz-vous an ivcr assez à temps !... »
Les villageois suivent leur fidèle conducteur, qui , malgré ses blessures , se traîne jusqu'à l'endroit où gît son infortuné maître. On acquiert la conviction
^^^ geougette.
du crime... et Ton ne peut rappeler à la
lumière le malheureux Jean.
Les paysans reprennent le chemin de la ferme, chargés du triste fardeau. Le désespoir de Tliérèsene peut se décrire; elle perd à la fois tout ce qu'elle aimait; il ne lui reste aucune consolation. La ferme devient pour jamais l'asile des larmes et de la douleur.
Le temps n'apporta que peu de soulagement aux peines de Thérèse; il est des chr.grins qui lui résistent ; il les engourdit, mais ne les guérit pas.
Pm DU TOME PREMIER.