‹ Georgette (volume 2)Chapitre 5 sur 24 · CH A PITRE V · texte numérisé non relu

CH A PITRE V

L'Auberge.

« Allons, réveille-toi, mon enfant ! dit Jean en prenant Georgetle dans ses bras pour Ja descendre de ia voiture.

— Est-ce que nous sommes arrivés ?

demanda Georgelte en se frottant les

yeux. — Tas encore , mais c'esl ici que nous allons soiij)er. — Tant mieux , car j'ai hicri faim! — Cette petite n'est pas solto , (lit le gros »noiisieur en s'élaucant hors {\o la (liligence avec toute la légèreté (lotit il tl.iit susceptible, etcourant de suite à la cuisine , afin de s'assurer jKir lui-mêfue de la manière dont ils seraient traités.

« Prenez bleu garde à ma cage

Donnez moi mon cliieu , monsieur le conducteiu'.... — Eh! vous faites plus d'euibarras avec toutes vos bêles que dix vovaijeurs en-e;ubleî — Ne faut-il pas prendre soin de ces inuocens aniriaux? — Ahî si vous m'aviez dit eu payunt votre place que vous aviez une ménagerie, je me serais arrangé autrement.

Le conducteur, ennuyé des plaintes de la vieille, jette, dans la première salle, Azor au milieu des paquets ; l'animal délicat se met à aboyer, ses cris dcuîoureux sont entendus de sa maîtresse ; déjà elle avait le talon sur le marche-pied de la voiture, tenant d'une main la cage de Jacquot, et de Tautre se retenant a la portière; au bruit que fait le chien , elle ne doute pas qu'il ne lui soit arrivé malheur, elle veut voler à son secours , et saute trois marches au lieu d'une , en lâchant la portière qui la retenait; mais , par un hasard funeste , sa robe , s'accrochant dans l'intérieur de la diligence, l'empcche d'arriver jusqu'à terre , et elle reste suspendue, montrant aux regards des pasbans , des appas qui certes ne meri-

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taient pas, comme ceux de madame Boullard, d'ctre mis au grand jour.

La position de la dame était cruelle : dans son désarroi, elle avait lâché la cage de Jacqiiot, et les plaintes d'Azor se nulant aux ricanemens des voyageurs , achevaient d'irriter ses nerfs. Ne pouvant plus supporter sa situation, elle s'agite avec violence, sa robe craque, se déchire, et la vieille tombe lourdement le derrière sur la cage de Toiscau chéri .. Mais, 6 comble d'infortune! la ca£:e se brise , et étouffe avec son postérieur le malheureux Jacquot, qui lui enfonce en mourant son bec dans les fesses.

Lg d uègnc jette les hauts cris, on ac-

court, on craint qu'elle ne soit blcsse'e^ on la prend, on la retourne, ie militaire et le Gascon vont Tenlever.... mais chacun reste stupéfait en apercevant Jacquot écrasé sous les jupons de sa maîtresse. Jean la fait revenir à elle, le militaire se charge de retirer l'oiseau de la partie blessée, le Gascon s'écrie que c'est la première fois qu'il voit prendre un lavement avec un bec de perroquet, et le gros monsieur se recule, parce que la vue de la blessure lui ôte l'appétit.

Laissons un peu la dame s'empres-sant de rassembler les restes du malheureux Jacquot, qu'elle compte bien faire empailler, et retournons près de Georgctte, que nous avons oubliée depuis quelques insîans.

Gcorgeltc était dans la grande salle de Faubcige; auprès dVIie venait de s'asseoir un jeune liomnie de treize k quatorze ans, (Tune jolie figure, eldoiît la vuix douce, le ton poli et toutes les manières annonçaient une Lonncî éducation. La conversation fut bientôt établie entre les d -ux jeunes gens.

Charles ( c'était le nom du jeune voyageur ) fut enchanté de Tesprit, de la vivacité de Georgette. Mais, avant d'aller plus loin, faisons tout-à-fait connaissance avec ce nouveau personnage, qui doit nous intéresser, puisqu'd tiendra une place importante dans l'histoire de Georgette.

Charles était fiis du marquis de Merville, gentilhomme fiançais qui, après

GEORGETTE. ^g-

avoir passé une partie de sa jeunesse ^ voyager , était venu se fixer dans une terre qu'il possédait en Lorraine, où ib s'était marié avec une femme jeune et joiie , mais dont il n'élait nullement araoUiCux..

M. de Merville était un peu original ; il croyait que, pour être parfailemen|t heureux , ii fallait rencontrer une compagne uéepour nous; la sympathie devait la faire recouiiailre ; en l'adorant et en lui inspirant aiiîant d'amour à la première vne , on était sûr d'avoir, trouvé la femme qui possédait les; mêmes goûts, Ls îiiémes désirs,- les.

mêmes seiulmens que ceux que ïoii^ éprouvait soi même. Mais en vainM.de- Merville avait parcouru l'Europe , TA- I. 5

5o &EORGETTE.

sie et une partie du Nouveau - Monde pour chercher l'objet qui devait sympathiser avec lui. Comme il était fort laid, aucune femme ne devint amoureuse de lui en le voyant. Fatigué de ses voyages, il prit le parti de se marier comme les autres.La jeune Adrienne de Vallencourt, fille sage et bien élevée, le rendit aussi heureux qu'il pouvait l'être avec ses chimères, et le jeune Charles fut le fruit de cette union.

Ce jeune homme avait hérité des douces vertus de sa mère et un peu de la singularité de son père. Sensible, aimant, s'attachant trop légèrement à ce qui le séduisait, il fallait les conseils de sa mère pour lui faire apercevoir la différence qui existe entre un goût frivole

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et un attachement réel, entre un caprice et une passion. Heureusement il possédait dans madame de Merviîle un guide sûr et fidèle , et les conseils delà raison se recevaient sans ennuis, accompagnés des caresses maternelles.

Charles fut envoyé, à huit ans, dans un des meilleurs collèges de Paris. Chaque année il venait passer les vacances près de ses pareus. C'est en venant de faire un de ces voyages que le jeune liomme, accompagné d'un vieux do mestique de ses parens^ s'était arrogée dans l'auberge où il avait rencontré Georgette.

A onze ans et à quatorze on a bientôt lié connaissance. Les jeunes gens se racontaient leurs aventures.|Georgette

Sa GEORGETTE.

fit à Charles îin récit détaillé de tout ce qui lui était arrivé. Cejeunehommelui fit des remonlrances sur lamaiiière dont elle avait quitté son oncle; mais Georgettc avait pris son pnrti , et elle eut le talent de lui prouver qu'elle n'avait pas eci tort; ensuite, agissant déjà comme la fille de Jean , elle invita Charles à venir la voir à la ferme de Bondy, ce qu'il lui promit dès qu'il serait maître de son temps.

^Leur entretien fut interrompu par l'arrivée des voyageurs qui entraiciU 'dans la salle pour souper. Charles remonta dans sa chambre , en promettant à Georgetle de lui dire adieu le lendemain matin.

Le souper était soigné, grâce aux

soins du gros monsieur, que l'on apprit être un marchand de bœufs retiré*.

«Sandis ( s'écria le Gascon, approchant de table), je né soupe pas ordinairement, mais ce soir je mé sens en appétit; d'ailleurs, je veux vous tenir compagnie. — Ce souper-là nous coûtera cher ( dit la nourrice en s'asseyant ). — Pour six francs par tête, vous en serez quittes ( dit riiôte en ôtant son bonnet). — Six. francs!.... c'est un bébus. ... et quand je suis à table , je né laisse jamais payer les dames !... » En achevant ces mots, le Gascon prit place, et chacun en fit autant.

La route avait donné de l'appctitaux voyageurs; on fit honneur au souper.

Le chevalier gascon , tout en répétant

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^u'il ne soupait jamais, s'en acquittait -cependant à merveille , et surpassait ea vhesse le gros marchand : celui-ci, désespéré de ce que le Gascon avait toujours les meilleurs morceaux, manquait à chaque instant de s'étouffer en voulant rattraper son affamé convive ; mais , ^râce à une petite servante , qui lui frottait le ventre, et à Jean, qui lui donnait de grands coups de poing dans Je dos, notre homme se tirait de l'état pénible dans lequel sa gourmandise le mettait. Le chevalier étant enfin rassasié, son adversaire mangea plus tranquillement, et la gaîté devint générale. L'accident arrivé à la vieille fit le sujet de la conversation ; ces messieurs se permirent des plaisanteries un peu grivoises sur les parties blessées : heureuse-

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