‹ Georgette (volume 2)Chapitre 9 sur 24 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Tableaux champêtres.

Rien ne délasse l'esprit , ne rafraîchit les sens et ne calme lame comme le spectacle d'une campagne riante et animée; chacun est à même de goûter ce bonheur ; la vue du lever du soleil

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ne coûte rien; aussi les pauvres gens se procurent souvent ce plaisir , que les riches ne savent pas apprécier! Il est des êtres qui voient tout avec indiffér?nce,mème le spectacle de la nature..

ceux-U; ont nu sens de moins. D'autres, trop mélancoliques, ne voient aux champs que des sujets de tristesse :

leur imagination rembrunit tous les objets ! Sans doute je ne conseillerai pas à une mère privée de son eiifant de promener sa douleur dans une sombre foret! je ne mènerai pas un infortuné dans une vallée solitaire! Mais ces sites pittoresques, ces vallées émiiillées de ileurs, ces champs dans lesquels i'œil découvre à la fois la inaisoii du îjerger» le parc des mouiuiis, la fabrique nourricière, la chaumière du laboureur,

GEORGETTE. qS

tous ces tableaux ne sauraient attrister une ànie tranquille; on éprouve, au contraire, un sentiment de bonheur en les admirant.

Ces réflexions nous viennent tout naturellement en approchant de la ferme de Jean, bâîie à quelque distance du village, dans une vallée charmante , bordée d'un côté par une forêt majestueuse, et de l'autre par un riant paysage.

Son aspect tranquille, son toit modeste annonçaient des habitans simples el; aisés; espérons que Georgette ne troublera pas le repos de ces bonnes

gens.

Le fermier sent son cœur battre en

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apercevant sa demeure. « Tiens, mon enfant , vois-tu là-bas c'te maison entourée de châtaigniers? c'est là que

nous allons, c*est là que, depuis cinquante ans, je vis heureux et content.

— Quoi ? dans celle ferme isolée

est-ce que vous ne vous y ennuyez pas?

— Ah ben oui ! de l'ennui !

J'suis marié , ma p'tite ; j'oiis une bonne femme, et tout not' plaisir est d'être ensemble. .. ça nous suffît ; et voistn, quand on s'aime ben, on n'a pas

besoin de compagnie. — Ah î »

Georgette n'en dit pas davantage , et se contenta de faire ses réflexions tout bas.

« Mais nous voilà arrivés, s'écrie Jean en approchant de la maison Viens,

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Georgette.... cours donc comme moi... t> Le bon villageois entraine la petite ; ils sont dans la ferme, Un chien fidèle aperçoit son maître; il saute après lui, et ses aboiemens semblent exprimer sa joie.La bonne Thérèse, qui était occupée dans la maison, entend les jappemens de César, elle sort pour en connaître la cause, et se jette dans les bras de son mari. Bientôt l'arrivée du maître est sue de toute la maison ; trois garçons de ferme et une vieille servante , qui , avec le fermier et sa femme, sont tous les habitans de celte demeure , viennent embrasser leur maître, et se livrent à la joie que leur inspire son retour. Heu* reux celui qui , comme Jean , ne trouve que des amis dans ceux qui l'environnent!

f)G GEORGITTE.

Quanti les premiers Iraiisports de joie furent calmés, Thérèse aperçut Gcorgetle. « Quelle est c'tc petite?

t) — Tiens, uot' femme, c'est un enfant » que nous allons avoir; tu sais que ja- » vons beau fciiro tous les deux notre » possible, il ne nous en vijnt pas! .. ma » foi, j'ons trouvé c'te p'titcsur not' ehe- » min; elle était sans parens, sans rcs- » Gource.... je Tons emmenée en lui pro- » mettant de lui servir de père,.. Tiens, V cmbrasse-la , Thérèse, et regardons-la »> comme not' fille, ra nous portera bon- » heur »

Thérèse embrasse Georgellc avec tendresse ; celle-ci se prèle d*assez bonne ^rràce aux caresses de la fermière. « J'avais cherché un enfant dans

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» ce pays, dit Thérèse; mais, quoique les » habitanssoiciapauvres,aucunnavou- » lu me céder le sien ! ... »

( La l'ermière n'ayait qu'à aller jusqu'à Paris!... car si les paysans, souvent pauvres , tiennent à leurs enfans, cest pour les habilans de la ville qu'on a élabli l'hospice des Enfans-Trouvés, )

Jean est enchanlé de voir sa femme approuver sa conduite... « Tu verras » comme celte [)et;te est drôle.... elle a J5 de l'esprit comme un démon!... »

« Hum !... (marmotte entre ses chn:^ i> la vieille Ursule, .domestique de h » fVî'iïie); elle a Fair fièrement décidée.., » Je me trompe fort... ou c'te pîite

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» filie-Ià... enfin , suffit; » et Ursule séloignc en secouant la tète.

Le repas frugal préparé, on se met à table ; la gaîté y préside. Georgette , qui est fêtée p.u' cliacnn, est plus aimable qu'elle ne Ta jamais été , et les villageois en raffolent. Georgette a de l'esprit... beaucoup d'esprit!... puisset-il ne pas lui devenir funeste! Un aimable auteur a d it : L'esprit de la plupart des femmes sert plutôt à fortifier leur folie que leur raison\,,. cette maxime s'est souvent vérifiée.

Le repas fini , pendant que Jean causait avec sa femme du résultat de son voyage et de la manière dont ils emploieraient leurs fonds, Georgette faisait des boulettes avec les restes du souper

et les jetait à César, qui prenait goût à ce jeu et les recevait avec une adresse admirable. Ursule aperçut ce manège et se mit à crier : « Eii ben, mamzèlie! » quoi que vous faites donc?... y pensez- » vous?... jeter des boulettes à ce chien. .. » et puis nous serons joliment gardés!..» w c' t'animai passera la nuit à dormir, au » lieu défaire le guet!... Ces enfans ne » saventque s'ingérer!...» Jean ordonna à la vieille de se taire; ce qu'elle fit à regret, mais non sans avoir répété :

« C't' enfant-là... enfin, suffit!... 7»

Jean, fatigué du voyage, avait besoin de repos; on conduisit Georgette dans une jolie petite chambre d'une extrême propreté, et dont la vue donnait sur la campagne, qui offrait de ce côté un paysage charmant; on l'installa dans

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son nouveau domicile, on la laissa se livrer au repos.

Voila donc Gcorgctte établie chez le fermier. Voyons comment elle y passe son temps : dès que le jour paraît, elle descend au jardin, court visiter chaque partie de la ferme, monte sur les mules et les ânes , revient bien fatiguée , déjeune avec appétit, et recommence ensuite ses courses, qu'elle pous'se quelquefois jusque dans la foret ; là elle se repose a l'abri des rayons du soleil, elle écoute le ramage des oisea'.ix qui ont fait leur nid sur Tarbre au pied duquel elle est assise; puis enCn elle s'eiulort jusqu'à ce que l'appétit la réveille et !a ramène de nouveau à la ferme, où tout ie monde est rassemblé pour le

repas du soir. Elle reçoit les caresses de Jean et de Thérèse , elle joue avec César, fait enrager Ursule, et va se coucher pour retrouver le lendemain les plaisirs de la veille.

Plusieurs mois s'écoulèrent ainsi.

Quelle différence enlre cette existence et la vie que l'on menait chez le Tahellion ! entre les caresses des villageois et les tapes de Gertrude!... et cependant, il faut le dire à la honte de la pauvre espèce humaine , on s'ennuie d'un bonheur trop uniforme. Etre heureux tous les jours, n'avoir rien à désirer..,, c'est charmant, mais cela n'a rien de piquant pour l'esprit , de stimulant pour l'imagination î... les plaisirs défendus, parlez-moi de cela!.... et ces plaisirs datent de loin , comme vous^

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savez. Pour en revenir à Georgette, notre héroïne ne pouvait goûter de plaisirs défendus , puisqu'on ne lui défendait rien, et c'est justement pour cela qu'elle s'ennuyait de tout. Les prairies émaillées de fleurs, les bocages touffus, le ruisseau limpide , la forêt majestueuse , la musette du berger, le gazouillement des oiseaux, tout cela fut regardé avec indifférence par la jeune fille , trop jeune encore pour sentir son cœur ému par ce sentiment qui embellit tout !

Ombrages euchanteurs, bois touffus, frais bocages, De l'amaut fortuné vous servez les plaisirs; Et l'amour malheureux , sous vos épais feuillages , Aime à verser des pleurs, à pousser des soupirs; Mais l'être indifférent, insensible au mystère, D'un œil tranquille et froid voit ce riant séjour ; Rien n'agite ses sens.... vous n'êtes, sans l'amour, Que des feuilles, du bois, de Iberbe et de la terre.

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Georgette se rendait quelquefois sur une éminence d'où l'on découvrait trèsloin , elle regardait la route qui conduisait à la grande ville (c'est ainsi qu'on lui désignait Paris); elle soupirait, puis elle revenait tristement àla ferme... Georgette n'était pas née pour la vie champêtre.

Georgette déclara un jour à Jean qu'elle voulait aller à l'école du village , afin de savoir toutes les belles choses qu'on y apprenait aux jeunes filles. Le bon fermier pensait qu'elle en savait bien assez pour vivre aux champs; mais, comme on n'avait rien à refuser à Georgette, il fut décidé qu'elle irait, non pas à l'école du village , mais dans une maison d'éducation qui était située àBondy,

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et qu'elle en apprendrait tout autan que les belles demoiseiles de la ville.

Jean était riche , et l'or est un passepartout universel : il lui fut donc facile de mettre la petite Georgetle avec les tilles des citadins. Notre héroïne, dégoûtée de l'oisiveté, apprit sans peine tout ce qu'on lui enseigna; mais !a musique et la danse obtinrent particuîi>èrement la préférence ; elle devint fameuse dans ces deux arts. Les villageois admiraient leur protégée, ils Técoutaient comme un oracle, et la regardaient comme un être extraordinaire lorsqu'elle voulait bien chanter et danser devant eux. La vieille Ursule, seule, n'approuvait pas leur joie, elle blâmait ses maîtres et répétait tout

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Las : « A quoi bon tous ces talens clans

» une ferme? et ils croient que c'te

» Georgette passera sa vie avec eux!..., » qu'elle mettra si bien ses pieds en » dehors pour courir dans les champs!.., » qu'elle chantera tous ces morceaux » d' roulades pour amuser César!... ne » valait-il pas mieux lui apprendre à » filer, à tricoter, k traire les vaches, à, «faire le beurre... que sais je!... mais »non... on en fait une dame!... Ah!

» mes pauvres maîtres!... vous verrez!... » c'te petite fille-là... enfin , suffit!... »

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