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CHAPITRE XXIII

MADAME DE ROSAMBEAU.

Laflenr change de manières avec Georgette lorsqu'ils entrer)t dans Thôiel dont elle va prendf -, possession.

— Place, place à madame de Rosambeau ! s'écriet-il en faisant dans la cour un tapage d'enfer. Georgette, qui ne voit personne, ne sait pas pourquoi il crie qu'on lui fasse place; mais bientôt les domestiques, éveillés par les cris de Lafleur, accourent présenter leurs devoirs à leur maîtresse, qui arrive à demi vêtue; mais qu'importe! il est présumable qu'elle vient du bal. Les subalternes ne s'inquiètent pas de

ce qu'a fait madame avant d'avoir un iiotel, un carrosse et des laquais.

Georgette, qui n'a pas chaud (on se rappelle dana quel désordre elle a quitté la ferme), demande à voir son appartement. Latleur conduit madame dans une enfilade de pièces, toutes fort élégantes; on s'arrête dans un boudoir délicieux, où parait une jeune fille de vingt ans, au minois chiffonné, au regard fripon ; c'est la femme de chambre de madame.

— Je vous présente mademoiselle Rose, dit Lafleur à Georgette, c'est une fille d'un rare mérite; elle sait tout ce qu'on peut savoir à son âge : elle coitt'e fort bien, conte très-joliment l'anecdote du jour; elle est vive, alerte, discrète; elle sait tromper un jaioux, protéger un amant, calomnier une rivale, filer une intrigue, glisser un billet doux; enfin, elle est propre à tout. J'espère, madame, qu'elle vous conviendra parfaitement.

Georgette sourit à mademoiselle Rose, qui lui fait une jolie petite révérence et se retire.

— Maintenant, madame, continue Lafleur, car je ne dois plus vous nommer autrement, vous êtes chez vous. Je vais aller rejoindre mon maître, qui est, j'en suis certain, bien curieux de savoir le résultat de mon voyage. Le pauvre homme va être enchanté!... Attendez-vous à le voir ce soir. — Quoi ! Lafleur, si vite que cela? — Mais, à son âge, on n'a pas de temps à perdre. — Eh ! que lui dirai-je? — Ma foi, tout ce que vous voudrez ; une femme est-elle jamais embarrassée dans un galant tête-à-tête?... Vous vous en amuserez. — Pour m'en amuser, passe; mais son amour... — Parbleu ! un amant de soixante ans n'est-il pas bien redoutable?... Ces messieurs-là font les luués en société ; ils affectent un langage libertin, des manières lestes, et veulent se faire passer pour d'aimables polissons !... mais dans le tête-à-tête, ils ne sont pas reconnaissables... Leur opposer de la résistance, avoir l'air de les craindre, voilà tout ce du'il leur faut, et ce

serait leur jouer un mauvais tour que de leur céder. Mais les femmes ont trop de pénétration pour cela ; il faudrait être bien méchante ou bien innocente pour les mettre à l'épreuve. — Allons, tu mo rassures, l.;ill('ur; mais jet enfant... — Nous n'en sommes pas là ! d'ailleurs je vous ai entourée de gens sur lesquels vous pouvez compter. Soyez donc sans inquiétude; vous êtes jolie, je vous protège; mon maître est un sot, votre femme de chambre est rusée : avec tout cela on peut braver les événements.

Georgette, restée seule, admire son hôtel, ses meubles, ses parures; forme raille projets charmants. Elle oublie le passé et ne s'occupe pas de l'avenir : c'est ordinairement le moyen d'être heureux.

Suivons Latleur chez son maître. Luderlîche s'empresse d'ouvrir à l'homme de contiance, qui, après avoir vu le chien, le singe Pt le perroquet, parvient enfin près de son maître.

Un clair-obscur règne dans cet asile du mystère. Latleur, marchant sur la pointe des p'eds, approche d'un lit à estrade orné de rideaux de tallètas i-ose et de franges d'argent. De petits amours, tenant des guirlandes de fleurs, sont placés au dessus d'une glace qui termine et répète le tableau. Malheureusement, M. de Lacaille ressemble plutôt à un marmiton qu'à un amour, et les zéphyrs qui l'entourent forment un contraste grotesque avec lui.

Latleur aperçoit son maître enterré sous des oreillers et des couvertures. Un rontlement non interrompu prouve à Lalleur que M. de Lacaille ne l'a pas entendu entrer; mais, siàr du plaisir qu'il va causer à son maître, il se décide à l'éveiller. De Lacaille se vantait d'avoir le sommeil extrêmement léger; cependant le.s.,croquignoles que Laflcur lui ..tîminisLrc sur le nez ne peuvent le tirer de son assoupissement ; le zélé doro^istique se voit forcé de le bourrei de coups de poing dans le dos ; enfin, de Lacaille ouvre les

yeux, étend les bras, et aperçoit Lafleur; ce qui le réveille tout à fait.

Enchanté de revoir son messager d'amour, de Lacaille se lève sur son séant. Lalleur s'excuse d avoir troublé ie repos de son maître ; mais la nouvelle qu'il apporte ne devait point éprouver de retard.

Ce début comble de joie notre vieil amoureux. Lafleur lui conte comment, après bien des peines, des événements et des obstacles insurmontables pour tout autre, il est parvenu à conduire à Paris la charmante Georgette, qui, sous le nom de madame de Rosambeau, attend dans l'hôtel qui lui est destiné que son vainqueur, le séduisant Lacaille, vienne lui jurer amour et fidélité.

De Lacaille est transporté de joie; son ivresse est à son comble. Il se roule dans son lit; il ne peut plus rester en repos, et saute en chemise dans sa chambre; ce qui laisse à Lalleur la faculté de juger que Georgette ne courra pas de grands dangers dans un tête-à-téte, à moins que l'Amour ne fasse des miracles.

M. de Lacaille veut s'habiller de suite : en vain Lafleur lui fait observer que madame de Rosambeau, ayant voyagé toute la nuit, doit avoir besoin de repos, et qu'il ne peut la voir si matin : le vieux fou n'écoute rien ; mais sa toilette, devant être portée à la perfection, durera au moins toute la matinée, et cela rassure Lafleur.

Rien n'est oublié pour faire de de Lacaille le petitmaitre le plus soigné. Les valets ne savent où donner de la tête, tant leur maitre devient pétulant. Les peaux de lapin, les corsets, le blanc, le noir, les boucles à l'enfant vont leur train. La culotte collante est passée, mais >l faut la monter encore. Lafleur travaille avec deux jockeys pour faire entrer dedans le ventre et le derrière de son raailre ; déjà de Lacaille voit sf: dessiner des formes qu'il croit séduisantes; mais, ciac!.. en respp'ant il fait péter l'étoffe; les boutons sau-

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tent, les bretelles cassent... et Tillusion est détruite. De Lacaille s'emporte contre le tailleur, n'osant jurer contre la grosseur de son postérieur.

— Ces coquins-là ne savent pas coudre un bouton i — C'est Yi-si, monsieur!... — Lafleur, donne-mol mon pantalon de tricot teton de Vénus; je m'en con tenterai, puisqu'il le faut. — Ah ! monsieur, û vous va comme un ange... il vous prend bien; vous avei. l'air d'un jouteur! — Trouves-tu?... Allons je le garderai.

Enfin la toilette est terminée, et M. de Lacaille, pouvant à peine marcher, tant son pantalon est collant, et se tenant difficilement sur des bottes à la hussarde dont les talons ont trois pouces de haut, se dirige, en faisant le joli cœur, vers la demeure de sa divinité.

Il était une heure de l'après-midi. Georgette était encore dans son lit. Rose accourt lui annoncer qu'un monsieur veut lui parler.

— Quoi! déjà? — Ah, madame! si vous saviez quelle drôle de tournure'... — Je devine qui c'est. — Je vais dire que vous êtes encore au lit et que vous ne pouvez le recevoir. — Non, Rose, il faut que je le voie tôt ou tard, j'aime autant m'en débarrasser tout desuite... Rose, tu te tiendras prête à paraître dès que je sonnerai. — Oui, madame. - Va dire à M. de Lacaille qu'il peut entrer.

Rose va chercher le jeune amphitryon. Pendant ce temps, Georgette, étendue sur son lit, prend la position (jui dessine le mieux ses formes séduisantes ; elle chiflbuDe avec grâce le bonnet qui serre une partie de se.< che72UK. A quoi bon, dira-t-on, ces apprêts pour M. de Lacaille?... Et, qu'importe qui ce puisse être, une femme veut toujours paraître jolie, toujours plaire, même à celui qu'elle ne veut pas aimer.

De Lacaille est introduit. Rose se retire. La vue du lit où repose sa belle cause à notre amoureux une

telle émotion qu'il reste au milieu de la chambre sans oser avancer. Georgette, qui croit qu'il n'ose l'aire du bruit, soulève son rideau et l'aperçoit immobile, la bouche ouverte, une jambe en l'air, et l'œil presque enflammé ; elle ne peut alors retenir de long éclats de rire. De Lacaille recouvre la parole :

— Pardon, belle dame, si... — Ah! ah! ah! — L'émotion que la vue de vos charmes dont ce demi -jour relève encore la... — Ah! ah ! — Enfin, belle dame..., il n'est pas étonnant que je reste court en voyant tant d'appas.

Le pauvre de Lacaille était si troublé qu'il ne savait plus ce qu'il disait. Georgette eut pitié de son embarras et modéra sa gaieté.

— Eh bien, monsieur, vous n'avancez pas... est-ce que je vous fais peur? — Ah! belle dame, de quoi aurait-on peur avec vous?

De Lacaille, enchanté de cette pointe, retrouve sa présence d'esprit. 11 s'approche en sautillant et s'assied contre le lit de Georgette.

— Je crains, belle dame, d'avoir troublé votre repos et de m'être présenté trop matin. — On ne saurait, monsieur, avoir un réveil plus agréable.

Ici de Lacaille se frotte le menton de plaisir et ne voit pas qu'il enlève une partie du blanc qui couvre sa ligure. Georgette se mord les lèvres pour ne pas éclater.

— Oserai s-je vous demander, belle dame, comment vous avez trouvé cet hôtel? — Superbe! tout ce qu'il renferme est du dernier goijt ! — Je le crois bien * cela m'a coûté assez cher;... mais j'ai toujours aimé ài'an-e des folies!... — La jeunesse n'a qu'un temps? — C'est vrai, je n'ai jamais su modérer mes passions! — On s'en aperçoit en vous voyant! — Trop bonne, en vérité. - Ce n'est pas à votre âge que l'on se corrige. — C'est te qu'on m'a dit cent fois. — La raison est bien faible quand on a le cœur tendre ! — J'ai toujours

été tendre... je sens, belle dame, que je le suis davantage près de vous. Vos yeux sont les étincelles du flambeau de rAmour!... — Ah! monsieur, vous êtes trop galant!.,..

De Lacaille veut respirer pour achever de prouver sa tendresse; mais, se rappelant de l'aventure de sa culotte, il se contient, et sa poitrine oppressée ne laisse échapper qu'un gémissement sourd qui effraye Georgette.

— Ah, monsieur ! seriez-vous malade? — Je ne suis malade qu'auprès de vous, belle dame, et c'est un mal... pour un bien. — Je vous avoue que je ne comprends pas ce que vous voulez dire. — Je le crois bien... vos regards bouleversent mes idées. — Si mes yeux vous font perdre la raison, je vais les fermer. — N'en faites rien, de grâce !... d'ailleurs il ne serait plus temps!... (Nouveau gémissement.) — Mais, en vérilé, monsieur, vous étouffez, je crois? — Du tout!... ce sont des vents que j'ai dans l'estomac. — Vous êtes peut-être gêné dans vos habits? — Nullement, belle dame, nullement!

De Lacaille, pour faire voir qu'il n'est point gêné, s'agite sur sa chaise comme un possédé ; il se tourne et se retourne si souvent que la sueur découle de son. front. Georgette se retourne aussi dans son lit, pour ne pas lui rire au nez. Chaque mouvement de la belle rieuse fait apercevoir à de Lacaille des formes enchanteresses, cela achève de l'échauffer; il s'empare d'une main fort blanche et rapproche sa chaise du lit.

— Prenez garde, monsieur... vous allez glisser... ne vous penchez pas tant sur votre chaise... le parquet est tellement frotté !... — Je ne pourrais que faire une chute heureuse!,.. Belle dame, vous avez, m'a-f-on dit, quitté sans regret la carapag'ie que vou5 habitiez. — Cela est vrai, monsieur, elle n'avait plus de charmes pour moi. — Ce séjour en aura-t-il davantage? — Sans doute ! — Les plaisirs y naîtront sous vos «as ; Je yeux

les fixer près de vous. Je ne mets à cela que quelques petites conditions... — Des conditions? — Bien légères. Latleur a dû vous en instruire... — Il est des choses que Ton exprime mieux soi-même que par Tintervention d'un ?>ULre!...

La méviiiinte veut pousser à bout le pauvre de Lacaille; celui-ci voit que c'est l'instant de taire sa déclaration, il tousse, soupire, se gratte l'oreille, arrange ses boucles, tend lo jarret et regarde Georgette d'un air qu'il tâche de rendre plus que malin.

— Que pourrais-je vous dire, femme adorable, que vous n'ayez déjà deviné ! mon cœur n'est plus à moi, je vous adore... compatissez à mes tourments !...

Lacaille, qui se sent en verve, presse avec force la main de sa belle, qui ne répond que par un rire continuel. Femme qui rit est bientôt vaincue. Notre ar"cureux sait cela par' souvenir, il voit que l'i/jstant est venu de triompher de sa conquête, un amant de vingt ans l'aurait déjà fait, mai. .-, soixante on va moins vite en besogne. De Lacaille conjure Georgette de mettre un terme à ses rigueurs; celle-ci n'avait pas l'air trop sévère, elle sourit avec malice à son timide amant... Pour le coup, il n'y a plus moyen de reculer: de Lataille baise avec transport la main dont il s'est emparé... mais Georgette veut la retirer, et essayant de soustraire son bras aux baisers de son amant, elle laisse apercevoir un sein de neige bien capable d'augmenter le déUre de l'entreprenant de Lacaille.

En etfet, la vue de deux globes d'albâtre le met hors de lui. Il quitte sa chaise, il s'élance sur la pointe du pied contre le lit qui recèle tant de charmes; dans l'ardeur qui le consume, il veut baiser ce sein qui opère en lui des miracles. Georgette le repousse, mais il est devenu téméraire, il baise tout, même la cliemise de sa belle... enlin il va toucher ce que ses yeux dévorent... mais, ô malheur!... ainsi que le lui avait prédit Georgette, ses bottines glissent sur le parquet...

il veut s'accrocher aux rideaux; il les arrache... il tombe lourdement aux pieds du lit, et sa tête disparait dans un pot de chambre qui se trouve là pour compléter son infortune.

Georyeite rit comme une folle; cependant voyant, au bout de quelques minutes, que M. deLacaille reste sous le lit, et craignant qu'il ne lui soit arrivé quelque accident, elle sonne de toute sa force. Rose accourt. La vue de de Lacaille étendu devant le lit et cherchant à retirer sa tête du vase nocturne met en gaieté la jeune femme de chambre ; elle n'a pas la force d'aider de Lacaille à se relever, et Georgette, qui s'aperçoit alors de la situation de son séducteur, mêle ses éclats de rire à ceux de Kose.

Mais en lin de Lacaille parvient à dégager sa ligure. Il se relève. Georgette veut reprendre son sérieux; mais le visage décomposé du pauvre homme n'était pas fait pour modérer sa gaieté. De Lacaille, qui a besoin de se mettre dans un état plus décent, prend son chapeau, sa badine, et, affectant de rire lui-même du petit accident qui lui est arrivé, il va baiser la main de Georgette, lui annonce qu'il viendra la chercher ce soir dans sa voiture, et s'éloigne en se félicitant de son premier succès.

En voyant revenir son maître, Lafleur craint que la première entrevue n'ait été orageuse. Mais il est bientôt rassuré par la gaieté de M. de Lacaille.

— Mon cher Lafleur ! je suis le plus heureux des hommes... donne-moi de l'eau de lavande. — Oui, monsieur... en voilà... Il paraît que vos amours sont en bon chemin? — Oui, Latleur, j'ai vu, j'ai plu, j'ai vaincu!... - Et vous êtes tombé, à ce qu'il me paraît? — Ce n'est rien. Quelle femme, mon ami 1... — fJela sent d'une force!... - Que d'appas!... — Vous ne vous êtes pas blessé, monsieur? — Non, mon ami. Tout en elle est divin! ses yeux, sa bouche, son sein, ses... — Votre perruque en a aussi. — Comme je ie

pressais!... — Faiblement cependant. — Comme eîîe se défendait avec mollesse!... — Votre nez est tout écorché ! — Cette femme-là me fera tourner la tête. — Il faudra du vulnéraire, monsieur.

Pendant que Lafleur se donne au diable pour deviner comment son maître peut revenir aussi satisfait dans un pareil état, madame de Rosambeaiv s'entretient avec Rose du personnage qui les a tant fait rire.

— 11 faut convenir, dit Rose, que ce monsieur prend assez bien les choses. — Ah ! Rose, il a glissé bien à propos. — Ah! madame, je vous plains si vous n'avez à craindre que de semblables amoureux. — 11 en est Rose, qu'on est forcée d'écouter. — Oh! sans doute... je comprends bien, madame, mais ceux-là n'empêchent pas d'en écouter d'autres. — Tu crois, Rose! — Certainement, madame ; jeune et jolie comme vous l'êtes, vous ne manquerez pas d'adorateurs. — Vraiment, Rose, tu me trouves donc... — Charmante, madame, et mille fois trop belle pour ce vieux fou, qui mérite bien qu'on s'amuse à ses dépens. — Mais, Rose, la délicatesse... — A votre âge, madame, on ne doit écouter que son cœur; et je suis bien sûre que le vôtre ne vous parle pas en faveur du monsieur de tout à l'heure !... — Oh ! non.

Georgette se lève, elle se mire devant une psyché, et Rose, en regardant la taille de sa maîtresse, croit s'apercevoir que le cœur de madame a déjà parlé en faveur de quelqu'un.

— Quelle heure esi-il, Rose-f — Trois heures; c'est le moment de la promenade. Il fait une belle gelée, le temps est superbe. — Mais puis-je sortir seule? — Kl) ! pourquoi donc vous gêner? — Si monsieur de Lncaille s'en fâchait?... — Tant pis pour lui. Que vous êtes bonne!... On mène ces messieurs-là comme 011 veut ; il ne s'agit que de les accoutumer dès le commencement à faire toutes vos volontés, et avoir une attaque de nerfs auand ils veulent trouver à redire

à VUS actions. — Je suivrai tes conseils, Rose. — Vous vous en trouverez bien, madame, je suis une iiîle instruite : La/leur savait biencequ'il taisait en me plaçant près de .nadamc. — Dans le siècle oîi nous sommes, les hommes sont si trompeurs qu'il faut être bien fine pour les conduire!... mais quand une femme veut s'en donner la peine, elle est toujours certaine du succès. Lafleur m'a dit que madame arrivait de la campagne : d'après cela, il est certaines choses que madame peutii^norer, et dont il est de mon devoir de l'instruire. — Oui, Rose, je suis encore bien ignorante, mais j'ai bonne envie de ne plus l'être. Dis-moi ce que tu penses des hommes de Paris. — Eh! ils sont de même partout : remplis d'amour-propre, d'égoisme, d'inconstance. Ils veulent être heureux, voilà leur première loi; ils le sont souvent aux dépens des femmes trop sensibles ou trop faibles, et qui ont la bonhomie de croire à leurs serments. Jaloux par amour-propre, plutôtquepar amour, les hommes craignent d'être trompés parce que cela humilie leur vanité, ils nous encensent tant que noussommesjolies, et quenotre possession leuroifre du plaisir ; mais demain, si nous cessons d'être belles, ils cesseront de s'occuper de nous. Ils ont six maîtresses à la fois, parce qu'ils ne connaissent que le plaisir des sens, et qu'ils sont trop faibles pour résister à la plus légère agacerie ; cependant ils veulent que nous n'ayons qu'un amant!... Mais nous connaissons leur faiblesse, et avec un peu de coquetterie, nous menons à la baguette ceux qui se croient les maîtres du monde.

Mademoiselle Rose avait étudié le cœur masculin ; et Georgette, guidée par elle, et l'esprit imbu de ses préceptes, ne pouvait manquer d'aller loin.

fieorgctte se décide à sortir, mais elle emmène Rose: celle-ci lui a dit qu'il était du bon genre de sortir avec sa femme de chambre. Ainsi que l'avait prédit Rose, madame de Rosambeau est suivie, lorgnée.

admirée; on fait foule autour d'elle. Notre Jeune coquette est enchantée; jamais promenade ne Vw tant amusi-e.

Or, rentre à Thôtel. Rose complimente sa maîtresse sursa tournure et ses grâces, qui lui ont valu un triomphe complet, car un jeune militaire les a suivies jusqu'à l'hôtel, et un élégant à lorgnon a glissé un billet dans la main de Rose.

— Un billet! s'écrie Georgette, sachons vite ce qu'il contient.

On ouvre le billet : c'est à Rose qu'il est adressé.

« Ma chère amie, ta maîtresse est adorable, j'en raffole ; fais-moi faire sa connaissance, ou je meurs. Je t'attends demain chez moi avec vingt-cinq louis et du chocolat. Foleville,rue d'Antin, n° 1. »

Le style est laconique, mais il promet. — Ce jeune homme est fou ! dit Georgette ; est-ce que tu iras chez lui. Rose? — Pourquoi pas, madame, que risqué-je?... Une femme de chambre bien apprise ne refuse pas un déjeuner offert avec tant de grâces. Je cours maintenant chez notre portier demander ce (|ue le jeune militaire lui a dit. — Mais, Rose, n'est-ce pas une imprudence de questionner cet homme? — Oh! ne craignez rien, madame, tous les domestiques vous sont dévoués ; Laffeur les a choisis exprès : oh ! vous êtes bien entourée !...

Rose descend, et remonte bientôt après apprendre à sa maîtresse que le jeune officier a demandé au concierge comment se nommait madame, ce qu'elle faisait, si elle était mariée, etc. Le portier a répondu îdroitement que madame était veuve et arrivait de la campagne. Le jeune homme s'est éloigné, maissans cfoute l'amour lui incpirera quelque moyen pours'iniroduire chez la jolie veuve.

On était très-occupé de ces aventures, l'»rsque de Laçai lie se présenta ; il était suivi de Lafleur, qui salua ■ Georgette fort respectueusement.

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" Je viens vous surprendre, beile dame, dit en s'avaTH-^nt le Lovelace du Marais, je viens vous demander à diner; et ce soir je vous mène dans un cercle brillant dont je ne doute point que vous ne fassiez les délices. — Un ne peut, monsieur, me causer une surprise plus ai^réable.

De Lacaille îourit à cette réponse qui le charme, et Ton se met à table. Le diuer est gai, quoique monsieur et madame soient tète à tête, mais Georgette s'amusait de son convive, et celui-ci se croyait encore plus aimable que de coutume. Le Champagne acheva de donner un libre essor à ses saillies. Echautlé par le vin, de Lacaille se permit de baiser la main de sa maîtresse; mais il n'alla pas plus loin : il n'était pas homme à tenter deux fois dans le même jour de grandes entreprises.

Huit iieures sonnent : on se lève de table, de Lacaille présente la main à madame de Rosambcau ; on monte en voiture, et l'on part pour se rendre rue des Francs-Bourgeois.

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