‹ GeorgetteChapitre 20 sur 44 · GEO II G ET TE · texte numérisé non relu

GEO II G ET TE

avec votre machine infernale! — Vous me défendez, vous!... petit ignare!... — Oui, moi; vous voulez tuer mon maiwe!... — Imbécile!... je vais le guérir, et pour cela le ventouser. — Vous ne le ventouserez pas! — Je le ventouserai !

Le barbier s'entête, Baptiste ne quitte pas la place. Notre esculape, qui voit qu'il n'a qu'un adolescent à combattre, veut mettre le jockey à la porte ; mais Baptiste devient un lion : il pousse le barbier si rudement, qu'il l'envoie rouler contre un buffet: la perruque du docteur s'accroche à un saladier plein d'œufs ; le saladier tombe, les œufs roulent et se cassent sur le nez, les yeux et les joues du docteur. Il se relève furieux, la tête comme un Enfant-Jésus, et le visage comme une omelette.

Baptiste l'attendait de pied ferme, armé d'une cruche et d'un manche à balai. Le docteur se jette bravement sur son ennemi ; celui-ci le rosse, le pousse, le bourre, et, en le faisant toujours reculer, le fait tomber dans le coffre où Ursule avait mis la provision de farine. Le barbier se débat, et bientôt pousse des cris de fureur; la. farine s'était collée sur les œufs et avait formé une pâte sur le visage et les yeux de notre homme, qui ne voyait plus clair.

Baptiste, en ennemi généreux, retire son adversaire vaincu du coffre à la farine ; il lui met dans la poche le prix de ses visites et de ses sangsues, puis, le menant hors de la chaumière, il appelle un petit paysan afin qu'il reconduise le barbier aveugle à sa demeure. Le pauvre barbier, honteux et confus, traverse le village avec sa crêpe sur la figure, escorté par tous les manants du pays, et jurant, mais un peu tard, qu'il ne ventousera plus personne- Grâce à cet événement, le barbier ne revint pas à la chaumière, et abandonna son malade. La nature triompha des sangsues, et, après une longue convalescence, Charles recouvra la santé.

GEOIIGETTK 139

Charles avait passé deux mois dans la chaumière; ce ne iut(|irau boutdcce temps que ses i'orceslui permirent de la quitter.

Charles avait conservé de sa maladie une secrète mélancolie qui annonçait que son cœur n'étiir, pas aussi h'i'ri guéri que sa personne. Baptiste n'osait questionner son maitre ; cependant, en lui annonçant que tout était disposé pour le départ, il lui rappela qu'on les attendait au château depuis longtemps. Cliarles ne répondit rien. Il fait ses adieux à celles qui avaient eu pour lui les plus tendres soins, et força Thérèse d'accepter une bourse renfermant une somme assez forte pour la garantir de la misère pendant le reste de ses jours.

Lorsqu'ils furent en pleine campagne, Baptiste fit Votter son cheval derrière celui de son maitre, attendant avec impatience qu'il prit la route de la Lorraine; mais il fut bien désappointé en voyant Charles tourner bride et se diriger vers Paris.

— Allons, dit tout bas le petit jockey, il n'y a plus d'espérance de le guérir, il est ensorcelé.

Page 1