ÉTAT DE L'EUROPE ET DES PAYS-BAS, VERS
Le XI v« siècle est une de ces époques de crise religieuse et de fermentation sociale qui préparent les révolutions de l'esprit humain. Dans l'humanité, comme dans la nature, rien ne procède par explosion soudaine et imprévue, mais tout a son signe qui le précède et l'annonce. L'évangile du Christ a été pressenti par l'élite des prophètes en Israël et préparé par Jean- Baptiste et les Esséniens- La Révolution Française est issue du mouvement philosophique du xviii^ siècle. De même la Renaissance des lettres et la Réformation religieuse qui inaugurèrent les temps modernes ont eu, dans les deux derniers siècles du moyen âge, des précurseurs qu'on a appelés, non sans raison: « les Réformateurs avant la Réforme (1). »
(1) Voyez Qllmann: Be formator en vorderRe formation (2vol. Hambupg, 1841-42). Corap. E. de Bonnechose : Les Réformateurs avant la Réforme. (2 vol. Paris, 1845.)
Gérard de Groote, lut l'un de ces initiateurs auxiv^ siècle dans les Pays-Bas. Contemporain de Wyclef,il remit en honneur, comme lui, l'étude de l'Écriture sainte et des Pères de l'Église, et la prédication de l'Évangile en langue vulgaire, qu'il voulait substituer aux exercices desséchants et stériles de la scolastique. Compatriote de Maerlant et de Ruysbf oek, il a continué la sainte croisade entreprise par eux contre les vices du clergé et rîgnorance des ordres mendiants. Enfin, fondateur des confréries de la vie commune et de la congrégation de Windesheim, il a puissamment contribué à la renaissance des lettres anciennes et au réveil du mysticisme moral, non seulement dans sa patrie, mais dans tous les pays environnants. Tels sont les titres qui le recommandent à l'attention du littérateur et du moraliste. Or, pour mesurer toute la portée de l'influence réformatrice de Gérard de Groote, il faut avant tout jeter un coup d'œil sur la situation de l'Église catholique et de l'Université de Paris, ainsi que sur l'état politique, littéraire et religieux des Pays-Bas, au moment où il vint au monde, c'est-à-dire vers le milieu du xiV^ siècle.
La papauté, après avoir été élevée au comble de la grandeur par le génie politique des Grégoire VII et des Innocent III, était singulièrement ébranlée par la lutte des Innocent IV et des Grégoire IX contre les Hohenstaufen, et menaçait ruine depuis l'injure faite par Philippe-le-Bel à Boniface VIII et l'exil de ses successeurs à Avignon. La cause principale de cette décadence était l'incompatibilité des deux pouvoirs temporel et spirituel, dont les évêquesde Rome affectaient le cumul, et était signalée, dès le début du xiv® siècle, par le