CHAPITRE IV
— Mais, dira-t-on, que signifie cette dénomination de moderne? Gérard de Groote aurait-il été un novateur, un Réformateur, dans le sens protestant du mot? — Rien n'était plus loin de sa pensée, et l'on n'a qu'à lire sa « Protestation publique (1), » pour se convaincre que Groote, même après sa révocation, est resté un fils soumis de la « mater Ecclesia » et qu'il entendait ne rien changer ni dans les dogmes, ni dans les rites catholiques. Son projet était plus modeste, mais non moins important pour l'époque; il s'agissait, avant tout, pour lui de ramener les mœurs du clergé à la pureté et à la pauvreté apostoliques, et de secouer la torpeur des fidèles par l'aiguillon de l'étude des lettres et de la vie intérieure.
C'est ce même but que poursuivirent un de ses contemporains, plus jeune que lui : Wermbold de Boskop (mort en 1413), qui fut aussi un prédicateur en langue vulgaire, et, après lui, les premiers disciples de Groote : Florent Radewyns et Gérard Zerbolt, Jean Celé et Thierry van Herxen (2). Cette tendance n'eut pas de plus éminent organe au xv^ siècle que /. Brugman (3), de l'ordre des Frères Mineurs, qui, sans être affilié à la confrérie fondée par Groote, soutenait avec elle des relations intimes. Tels sont les chrétiens vivants qui, soit par leurs écrits, soit par leurs discours, contribuèrent à cette renaissance de la ferveur religieuse et préparèrent une foule d'âmes à accepter la Réformation du xvi« siècle (4).
(1) Manuscrit de La Haye : N° 154i, folio 113'-113v. v. l'Appendice.
(2) Jacobus de Trajecto : Op. cit., fol. 2, 20.
(3) W. Moll : Op. cit. passira.
, (4) Uilmann: Reformatoren vor der Reformation.
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Mais c'est Gérard de Groote qui, le premier, raviva ce feu sacré par ses sermons en bas-allemand; en effet, ses biographes sont unanimes pour nous montrer, à la suite de ses prédications, un grand nombre de personnes, laïques ou ecclésiastiques, de l'un et de l'autre sexe, affluant auprès de lui pour confesser leur vie passée et lui demander conseil pour l'avenir. Après quoi, nous dit-on, « beaucoup firent pénitence et renoncèrent au monde; ils conçurent la haine du péché et l'amour de la patrie céleste (1). >> De son vivant, ces conventicules n'eurent pas d'organisation périodique. C'est seulement après sa mort et sous l'impulsion de Florent Radewyns, désigné par Groote mourant pour servir de directeur à ses disciples, que nous voyons ces laïques pieux, de Deventer et du dehors, se réunir régulièrement. Ces réunions avaient une analogie essentielle (tout en faisant la part de la différence des époques), avec les « collegia pietatis » de Spener, ouïes assemblées de « Lasare >* en Suède. « Les bourgeois, « nous dit Rodolphe Dier de Muden, venaient y con- « fesser leurs péchés, s'y plaindre de la licence de leurs <* curés et y demander conseil, pour savoir comment « sauver leur âme? Ils s'assemblaieht les dimanches « et fêtes, dans la maison de maître Florent, pour en- *• tendre la lecture de l'Écriture sainte, qui avait lieu « en bas-allemand, et les allocutions ferventes des « Frères (2). » On parlera plus en détail de ces « colla-
(i) J. Buschius : Op. cit., cap. i.
(2) G. Dumbar: Relpuhlicœ Danentriensis analecta ; tomel, p. 22. « Rud. Dier de Muden, de magistro Gerardo Groote, domino Florencio et multis aliis devotis Fratribus. »