‹ Gérard de Groote [microform]Chapitre 26 sur 50 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tiones » ou conférences familières, qui étaient fort goûtées des laïques et ont rendu les Frères de la vie commune si populaires aux Pays-Bas; il nous suffira de dire ici qu'elles n'avaient rien de commun avec les sermons des moines mendiants, remplis de syllogismes subtils et de citations latines inintelligibles, et qu'elles ressemblaient fort à des homélies sur des péricopes de la Bible ou des Pères (1). Les « clercs de bonne volonté, » comme on les appelait, manifestaient leur conversion non-seulement en observant les préceptes du Seigneur, mais en portant des vêtements de pauvres. A l'issue de ces conférences, et rentrés chez eux, ces dévots modernes s'entretenaient en famille du sermon ou d'autres questions religieuses; et, peu de temps après, ils apprirent à prier d'abondance et à chanter des cantiques en bas-allemand. Il nous reste deux de ces conférences dans les œuvres de Gérard Zerbolt (de Zutphen), l'un des plus jeunes disciples de Gérard de Groote, l'une sur la « lecture de l'Écriture sainte en langue vul-gaire, » l'autre sur le devoir de « prier dans sa langue maternelle (2). « Deux des plus beaux cantiques de Bntgman, celui qui commence par ces mots : « Och! eeitivig is zoo lang » et le « Ik heb gejacht mijn leven lang, » ont été conservés par la mémoire fidèle de ces pieux laïques et imprimés de nos jours (3).

Nous possédons dans les écrits de Groote, surtout

(1) Les orateurs les plus populaires, après Groote, furent Jean Brin» kerink, J. de Gronde, G. Zerbolt et Thomas à Kerapis.

(2) Jacobus Revius : Daventria Illustrata. — Lugduni Batavorum, 1651, p. 41 ad 60.

(3) Hoffmann van Fallersleben ; Gesellschaftsliederen des xvi und xvii Jahrhunderts, vol. 1, p. 36-39.

5^ GÉIURD DE GROOTE.

dans ses Lettres à ses amis, et dans les maximes de ses successeurs Florent Radewyns, Jean Vos de Heusden et Thierry van Herxen, tous les éléments nécessaires pour juger du caractère essentiel de la « dévotion moderne. » Avant tout, elle était une piété séculière et à l'usage des laïques. En effet, le fait seul qu'ils se servaient de la langue vulgaire nous montre qu'ils se passaient de Foffice latin du prêtre; et la langue maternelle, sortant spontanément du cœur, pénétrait mieux dans le for intérieur. D'ailleurs, en ne leur imposant ni règle, ni vœux, ni retraite absolue, Groote laissait entrevoir à ces laïques la possibilité de suivre l'exemple de Jésus-Christ, sans fuir le commerce des humains; et de sauver leur âme, sans sortir du monde (1). Grand et fécond principe de renaissance religieuse, qui n'est encore qu'en germe dans les écrits du maître, mais devait porter tous ses fruits chez les disciples !

Gérard de Groote fit mieux encore que de déployer, dans un siècle riche et corrompu, l'austère beauté des vertus apostoliques; il sut associer ces deux choses trop souvent séparées : la foi la plus évangélique et l'étude des lettres classiques. Nous rencontrons, dans sa collection de manucrits rassemblés à grand prix, les œuvres de Gicéron et de Sénèque à côté des épîtres de saint Paul, les vies de Plutarque auprès des Actes des Apôtres, les poésies de Virgile et de Plante à côté des œuvres de saint Augustin et de saint Bernard (2). Et, ce qui est plus rare chez un bibliophile, il les prêtait ou

(1) Manuscrit de La Haye: N" 154^ fol. 259 recto et verso. Ep. ad Johannem Celé.

(2) i. Buschius : Op. cit., cap. ii.

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