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(«■tu- légende savante et poétique de la Découverte de Plmjn-imerie , quelle part exacte eu revenait à Gulenberg, cet antre Améric Vespuce, et ce qu'il aurait désira introduire à tel ou tel acte du draine. >i M. Marc Fournier l'avait permis.
Par exemple, il était une chose qu'il regrettait entre toutes , — un décor qu'il avait rêvé pour le septième tableau. An tableau précédent, c'est la tentation de Laurent Cosler, dans le château de Beauté, par la dame de Beaujeu, ou Alilah, ou Aspasie, dont l'apparition fatale le poursuit >an^ cesse [tour enivrer son cœur et tuer sa conscience ; château merveilleux, que rendent plus merveilleux encore les cordaces lascives des Heures personnifiées. L'ombre de Catherine, morte dans l'attente vaine de son cher Laurent, apparaît à son tour, et sanctifie celte Capoue où l'imagier a dormi douze ans, sans s'en apercevoir. Satan, furieux, s'écrie : « Disparaissez, créations de mon génie' Le ciel l'emporte sur l'enfer' *
le tableau suivant, le même décor que celui qui représentait le Château de Beauté; seulement, ce château eût été en ruine — le spectre de sa splendeur — pour donner raison aux dernières paroles de Satan. . . « Mais, disait Gérard de sa voix lente et douce, cela eût coûté quelques centaines de francs, et, malgré le bon effet que ce décor eût produit, je comprends que Marc Fournier ne l'ait pas commandé à Devoir. J'ai dû m'en passer, quoique j'y tinsse beaucoup, et le septième tableau a représenté une forêt qui servait déjà depuis longtemps à la Porte-Saint-Martin, la forêt de Roberl-Macaire, je crois. Le public ne s'en est pas plaint, c'est le principal. Mais je regrette mon château en ruine, et si j'avais eu l'argent nécessaire, vous l'auriez vu ce soir à sa place naturelle... »
Gérard de Nerval se révèle dans ce petit détail intime, à ce qu'il me semble, et je ne me pardonnerais pas de l'avoir négligé.
l'u Mt*?6 délai! qui le peint assez bi«'n ;ms>i RM revient eu mémoire. C'est à propos des Mottiénéyrmm, opéra eomique an trois ftOte», musique de Limnander, représenté pour la première fois le 31 mai h
Le 10 février 18o0, Gérard «Je Nerval recevait des bouchers de l'abattoir Montmartre une lettre grotesque par la forme, niais sérieuse par le fond, dans laquelle ils lui disaient qu'enthousiasmés par sa « jolie pièce » de r(ipéra-<'.onii<|iic, las Mû'.i!en<;<jrins, ils avaient résolu de prendre pour costumes de leur mascarade annuelle ceux de cet opéra, le priant, en outre, non pas d'assister à la promenade carnavalesque ainsi monténégrinisée, mais à un « petit festin d'amis où l'on devait bien s'amuser. »
liérard, non pas flatté, mais seulement touché de celte marque naïve de sympathie, répondait aux signataires de celte lettre une autre lettre du même nombre de lignes par laquelle il remerciait
et acceptait . Et, à la fin ou au milieu de ce repas cordial, il prononçait un speech dan* lequel, après avoir remercié de nouveau ses généreux amphitryons, il leur déclarait que, quoique partisan du Bœuf Gras, il partageait cependant les doctrines des Pythagoriciens; qu'en conséquence il croyait lerinement que les âmes humaines habitaient les corps des animaux; que notamment celles des bouchers devaient avoir choisi de préférence les bœufs, gras ou non, les moutons et autres bètes à cornes; qu'à cause de cela, la mort violente du Bœuf Gras ne ressemblait à rien moins, pour lui, qu'à un assassinat, celui de quelque boucher d'autrefois, et qu'il était heureux de l'occasion que lui fournissait cette mascarade fraternelle pour exprimer le vœu qu'on renonçât désormais à abattre les pauvres animaux et qu'on remplaçât à l'avenir le traditionnel Bœuf (iras par un Haricot Gras, moins imposant assurément comme Dieu, mais aussi poussartf moins au remords.
Je i':ii j>:is l»(>s(»in d'ajouter cpie le speech de (, iin.i avait été couvert d'applaudissements, non pas qu'il eût été considéré par les bouchers présents à ce repas comme one aimable plaisanterie, — mais seulement parce qu'ils ne L'avaienl pas compris. Us avaient un « auteur » avec eux : cela leur suffisait, cet auteur avait te droîl «le tout dire — pourra qu'il ne l»is forçât pas de t<»nt comprendre.
<- Avec le temps — dit Gérard de Nerval en tête de ses Nuits d'Octobre — la passion des grands voyages s'éteint, à moins qu'on n'ait voyagé assez longtemps pour devenir étranger à sa patrie. Le cercle se rétrécit de plus en plus, se rapprochant peu à peu du foyer. »
L'heure avait sonné où, las de ses courses infécondes à travers l'Europe, il éprouvait enfin le besoin de revoir son « ruisseau de la rue du Bac, » et s'écriait, en mangeant
le pain sale* de l'étranger, connue Ulysse dans VOihjs
\li ! puîSSé-je bientôt
\ h île mon toit natal sVMever la fumée!
11 était revenu à Paris, où il était né et .ii était morte la Reine de Saba, dont le souvenir, quoique un peu i'nrvesccnt, brillait toujours devant ses yeux comme le feufollet des marécages — si trompeur !
Les années, en s'accumulant sur sa tête, n'avaient pas entamé la cuirasse de diamant de son cœur, toujours battant des ineflugibles pulsations de l'amour ancien — cependant un peu ralenties. Tout au contraire des gens que la foudre bébète quand elle ne les tue pas, Gérard de Nerval avait gagné nue sorte de vigueur morale à cette lutte corps à corps avec la Fatalité : le chêne Messe saignait, — mais c'était du baume qui sortait par la fente toujours béante de sa blessure. Bien loin de maudire rien ni
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personne dans la vie, Gérard se faisait de plus en plus hospitalier, doux, et bon. Vous connaissez la devise proposée par Furetière pour l'Académie française : une enclume sur laquelle frappent trois marteaux à manchettes, avec cette devise ; Crebro pulsata nitescit. C'était celle de Gérard : plus la Fatalité l'avait frappé, plus elle l'avait poli. Il n'était pas jusqu'à son style qui ne se fût ressenti de ce châtiment immérité, — si heureux pour nous, ses lecteurs. Les derniers écrits de sa vie ont une vigueur et une nitidité que n'ont pas les premiers : Les Nuils d'Octobre et Aurélie ou le Rêve et la Vie.
C'est alors que je le connus.
Je me trouvais un soir de l'hiver de 1 854, seul et un peu mélancolisé par la neige qui tombait, devant une des trois tables du Cabaret de la Canne, sur le boulevard Rochechouart, et devant une bouteille dédaignée. Je rêvassais tout en suivant de l'œil, sur la pierre qui servait de parquet à ce cabaret.
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1rs lueurs tremblotantes <lu poêle «le fonte qui ronflait en ce moment eonùne me toupie d'Allemagne. Mademoiselle — la chatte familière «le la maison — était sur mes genoux et elle essayait de mie prouver, par. on ronron éloquent et prolongé, que j'avais lort d'être mélancolique et de songer aux absents et aux absentes, qui certainement ne songeaient pas du tout à moi. Une vieille femme, une pauvresse du voisinage, mangeait à quelque distance une sorte de brouet noir apporté par elle sur son gueux. Elle avait des dents chassieuses et des yeux pleins de tartre. Au bout de son nez de corbin pendaient continuellement des stalactites de couleur ambrée, des roupies de Damoclès suspendues au-dessus de son potage. Malheureux potage! quel dégoût il devait éprouver à être mangé par cette horrible vieille — qui peut-être, quarante ans auparavant, avait été une agaçante jeune tille « aux yeux de flamme ! »
Tout en songeant à ceux et à celles qui
ne songeaient pas du tout à moi, je rebâtissais aussi, dans mon esprit, Y édifice féminin dont les ruines surplombaient à quelques pas de moi. Je reconstruisais, à grandes miellées d'imagination au sas, cette existence démolie par les tempêtes d'une vie certainement très-accidentée; j'essayais de retrouver, sous le lierre parasite et les pariétaires immondes qui la recouvraient, sans l'habiller, la jeune femme pour laquelle avaient jadis battu tant de cœurs vingtenaires. La vie se boit comme le vin, et, comme le vin aussi, elle grise les uns et ré • on forte les autres. Quand on l'a bue aux trois quarts, il ne vous en reste plus que la lie — c'est-à-dire le souvenir— qui trompe votre soif durant les dernières années que vous avez encore à vivre. Cette lie, douce aux lèvres parfois, amère au cœur souvent, ce sont les reliquiœ — qui sont faites d'amour, pour la plupart. Je me demandais précisément quelles pouvaient être les reliquiœ de cette vieille sordide qui, de toute
nécessité, avait dû commences par être une jeune fille appétissante. . .
lu lionmic mira, secoua son paletot couvert de neige, vint s'installer -à une table voisine <le la mienne, en face d'un petit . Puis il s'accouda, me regarda, regarda Mademoiselle,, but son petit verre, et secoua la tète, — une tète intelligente, au front vaste, chauve, niais lumineux.
Je» le regardai me regarder,, et alors les paroles engourdies par le froid du dehors commencèrent a dégeler à la damne delà causerie intime. Les heures passèrent ainsi, moi écoutant, lui parlant de choses qui devaient m'être chères , c'est-à-dire des dessous ténébreux de la grande ville dont j'ai l'honneur d'être un des enfants les plu^ inconnus, mais non les moins respectueux. Je me souviens, entre autres choses, qu'il me parla de Montmartre, qu'il avait longtemps habité, et d'une vigne romaine, la dernière du cru célèbre du temps de Julien, qu'il avait été sur le point d'acheter,
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quelques années auparavant, pour la modique somme de trois mille francs, et dont on voulait maintenant trente mille francs... En nous quittant, vers deux heures du matin, nous ne nous connaissions ni l'un ni l'autre, — mais nous étions les meilleurs amis du monde, malgré la différence de nos âges.
Je publiais à ce moment-là, dans un journal parisien, une Galerie des célébrités contemporaines. J'avais tout naturellement ouvert cette série par la biographie de Gérard de Nerval, pour lequel je ressentais, à son insu, une vive sympathie littéraire. Quelques articles avaient paru déjà. J'en avais pour deux ou trois numéros encore. J'aurais même souhaité de pouvoir en parler plus longuement, parce qu'en racontant l'œuvre, je racontais aussi la vie de l'écrivain, et cela m'intéressait beaucoup.
Les journaux hebdomadaires ont des nécessités auxquelles il faut se soumettre. La biographie de Gérard de Nerval fut interrompue; les épreuves en restèrent pendant
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une douzaine de jours sur le marbre «le l'imprimerie On était aux premiers jouis du mois de janvier l-sôo. Un malin, je reçois une letyre d'une écriture inconnue. Je Touvre, je la lis. I.a voici. Je n'y changerai pas un mot, car je ne la donne pas à cause • les éloges qu'elle renferme., — éloges ironiques à force d'être bienveillants, — je la donne à cause de sa signal me :
-' Monsieur, « Que «le choses charmantes vous ave/ écrites sur mes livres! Je n'ose me sentir digne de tant déloges. Mais cela vient m'eneourager dans un moment où j'ai besoin «le m' appuyer sur ce que j'ai tait pour tacher de mieux faire si ma santé le permet encore. Je suis heureux de me voir soutenu par un écrivain qui parle de style en maître et qui entend si hautement la critique littéraire. J'attends le numéro prochain pour me rendre compte de l'ensemble de votre appréciation et vous eu remercier pleinement,
avec l'espoir de profiter de quelques sévérités qu'il me reste à vous demander du moins. a Votre bien dévoué,
Le lendemain, je rencontrai rue Guénegaud, chez le libraire Bry, mon inconnu du cabaret de la Canne. 11 m'apprit alors son nom, que je viens d'écrire. Je m'en voulais de ne pas l'avoir deviné plus tôt, et je le lui dis, en le priant de me pardonner. 11 le fil volontiers, et avec une délicatesse d'expressions qui me toucha, parce qu'il comprenait à merveille, en effet, que le dépit que je ressentais ne venait pas seulement de lui, niais de moi, — c'est-à-dire qu'à franchement parler, je m'en voulais beaucoup plus d'avoir manqué de flair que d'autre chose. J'avoue cela, d'abord pareeque je ne suis pas un saint, ensuite parce que ce puéril orgueil m'a été remis, comme un péché véniel, par le bienveillant pardonneur que cela intéressait directement. C'était de
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sa faute aussi, :i ce mo leste homme de talent, à cette violette littéraire qui ne se révélait que par If parfum de ses livres ; car, s'il \ a des gens dont les défauts sont si soigneusement dissimulés qu'un peut dire d'eux, comme un personnage des Plaideurs à propos d'un autre personnage de la même comédie, qu'ils « boitent tout bas, » il yen a d'autres dont les vertus littéraires sont plus soigneusement dissimulées encore, à ce point qu'on pourrait croire qu'ils n'ont de génie qu'à huis-clos.
Gérard de Nerval ne se trompait pas en prétendant que le hasard avait joué un grand rôle dans sa vie : le hasard avait présidé à sa naissance et devait présider à sa mort.
Quelques jours après cette double rencontre, le mercredi 24 janvier 4 855, Gérard de Nerval écrivait à un de ses amis : « Viens me reconnaître au poste du Châtelet. » L'ami y alla, le réclama et le fit sortir.
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Gérard "levait avoir J>ien froicj : on riait
, . mois de janvi i -, lq S, ii'e charriait, et il n'avait pas de manteau, il raconta a spp ami que, la Mille, :l Hait entré dans un cabaret des Halles, chez Baratte on ehe/. Bordier, pour j attendre le joui et achever le roman qu'il avait donné à la Ilcrur de Paria t Aurélie ou le /'' iv el /</ 1/V; une rixe était survenue entre ses voisins de salle, 'les bohémiens de la pire espèce; on avait été chercher la garde, et, comme il Taisait trop froid et trop nuit, le caporal, pour n'avoir pas à séparer le bon i^rain de l'ivraie, ce qui lui aurait demandé du temps, avait trouvé plus court d'emmener tout le inonde coucher au violon. Parmi tout ce monde, il y avait des enfants et Gérard — un autre enfant, plus innocent encore que ceux qu'on avait arrêtés cette nuit-là. Il s'était résigné d'autant plus facilement que , comme Montaueiel, il savait ce que c'est que de vivre en prison. On lui avait crié de temps en temps, ainsi qu'aux autres : « Ne
dormez pas, car on vous trouverait au matin morts de froid... » 11 n'avait pas dormi, n'en ayant pas envie d'ailleurs, et avait passé une partie de cette longue nuit à jouer avec les enfants, ses compagnons, pour se réchauffer, — ce qui ne l'empêchait pas, tout en racontant cela, de grelotter et de claquer des dents.
Gérard n'avait pas d'argent : il emprunta cinq francs à son ami qui, après avoir insisté inutilement pour lui faire accepter une somme plus sérieuse, l'emmena déjeuner avec lui dans un restaurant de la rue des Prouvaires. Au début du repas, Gérard, regaillardi par la chaleur de la salle et par celle du bourgogne , semblait être mentis compos : mais peu à peu, à mesure que sa mémoire dégelait, il se rappelait, et son visage s'assombrissait. Ce qui le préoccupait surtout, c'était son roman commencé, qu'il ne savait comment terminer.
« — Je suis désolé, disait-il; me voilà aventuré dans une idée où je me perds; je
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passe des heures entières à me retrouver... Croyez-vous que c'est à peine si je peux écrire vingt lignes pur jour, tant les ténèbres m'envahissent!... »
Son ami le rassura de son mieux, comme il devait le faire, et le plus délicatement possible; mais Gérard secouait toujours tristement la lête «l'un air de doute qui prouvai! qu'il eu savait plus long sur l'étal de son âme que ne le supposaient ceux qui le voyaient le plus fréquemment.
Il avait besoin de se retrouver seul — pour se chercher. 11 remercia son ami, après l'avoir accompagné jusqu'à l'extrémité du passage Yéro-Dodal, et entra dans le café qui donne sur ce passage et sur la rue Croix-des-Petits-Champs, en face de la rue Montesquieu; il avait, disait-il, à lire les journaux et à écrire quelques feuillets à'Aurélie. Son ami le quitta, non sans avoir insisté de nouveau pour lui faire accepter un peu plus d'argent qu'il ne lui en avait demandé, — et toujours aussi inutilement.
Cinq francs, pour un poêle qui connaît les ressources de Paris, c'est l'existence de trois ou quatre jours,— à moins qu'il ne les laisse tomberdans le chapeau d'un mendiant ou dans la main d'un brocanteur.
Moins de quarante-huit heures après, à l'aube du vendredi 26 janvier, et sans qu'on sût quel emploi il avait pu faire de son temps, à partir du moment où son ami l'avait quitté, on le retrouvait au fond d'une ruelle infâme, pendu à une grille sinistre, la tête dans l'ombre et les pieds dans la boue...
Celte rue, c'était la rue de la Yieiile- Lanlerne, que l'Édilité avait condamnée depuis longtemps à disparaître, et où n'allait pas tarder à s'abattre la pioche des démolisseurs.
Peu de personnes aujourd'hui, j'en suis sûr, se rappellent, la place du Cliâtelet et ses alentours avant rétablissement du square Saint-Jacques-la-Boucherie et l'érection des deux théâtres-casernes qui en
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l'uni aujourd Lui le principal ornement. H sut lit de fermer les yeux et de les rouvrir ci dedans pour revoir nettement, connue un décor de drame, celte place el ses rues A gauche, OÙ se trouve aujouidluii le llicàlie du Cirque, était le restaurant du Yeau-qui-i lie, où venaient déjeuner les liui.-siei aires-
pi iseuis des \ entes qui se iai.-aient alors sur la place nième, à peu près à l'endroit où corn mit depuis un Hôtel pour ers Messieurs. A droite débouchaient trois ou quatre rues, la Rue de lu Vieille -l'iuve-aux- \'taud', la Rue de l<i JoailUrie, la Hue du Picd-de-Bœuf , eu plutôt la Hue de la Tuerii : puis derrière Tes rues malsaines, , bies, un lacis d'auhes rues plus sombres encore, plus fétides, plus lépreuses, digues eniin de la Vallée de mi>cre à laquelle elles appartenaient autrefois, au S où la place du Chàlelet était l'Apport- : la rue Saiul-J acques-la- Boucher ie , la rue Saint-Jérôme, la rue Planche- Afibruy,
la rue de la Vieille- Tannerie, la rue de la Vannerie, la rite de la Vieille-Lanterne... Ah! cette dernière surtout était la plus sinistre parmi les plus sinistres, la plus hideuse parmi les plus hideuses. Au xme siècle, c'était la rue de l'Escor chérie, plus tard la rue des Lessives ; et, au xixe siècle comme au xui<\ elle ressemblait plus à un égout qu'à une voie publique. De fait, on y passait peu. excepté la nuit, à cause des maisons borgnes qu'elle recelait et des abris que les rôdeurs trouvaient dans son voisinage, après leurs coups de main. Son sol, sans cesse détrempé par les pluies et par l'eau des ruisseaux, formait une boue noire qui se figeait de temps en temps, comme une rouille honteuse, entre les joints de ses rares pavés, à moitié déchaussés. A l'extrémité de cette ruelle galeuse, vers la rue de la Tuerie, était un escalier brisé, par lequel on remontait des ténèbres vers la lumière, de la fange vers la propreté, ci le lou^ duquel un corbeau péripatéticien
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sautillait gravement pendant la journée. Au pied de l'escalier, une grille, à hauteur d'homme; en race, nue écurie où couchaient • les vagabonda; ;i quelques pas, un garni suspect; puis rien que «les maisons Émettes et <lrs murs suant la misère et l'abjection...
C'était là, dans cette rue tarée, à cette grille, devant ce bouge, que Gérard de Nerval, qui avait toutes les délicatesses, était venu mourir, le matin du 26 janvier 4855, — et de quelle mort! C'était là, pendu avec un cordon de tablier dont les deux bouts se rejoignaient sur sa poitrine, et les pieds presque touchant terre, qu'un des hôtes du garni, en sortant pour se rendre au travail, l'avait trouvé, lui, l'amant de la Reine de Saba ! C'était à n'y pas croire, al cependant cela était ainsi : Gérard de Nerval détail pendu, ou on l'avait pendu.
Les voisins et les commères du quartier s'étaient rassemblés en grande hâte autour du suicidé, qui leur offrait ainsi un spectacle gratuit, émouvant ; mats aucun d'eux
n*;iv;iit songé au plus pressé, c'esl-à-dirt- à couper le iil qui retenait Gérard à cette odieuse grille , à ces misérables barreaux. Ou n'osait pas! 11 fallait pour cela un eommissaire de police! Superstition stupide! pusillanimité cruelle!
Gérard n'était pas mort encore, pourtant. ïl agitait la main droite, faiblement, comme peur demander qu'on fit cesser son agonie, soit en la précipitant, soit en la combattant p;ir le moyen indiqué par le bon sens le plus vulgaire. Mais ce signe d'angoisse, cet appei muet, nul ne le comprenait, nul n'élait en état de le deviner, parmi ces dignes botes d'une ruelle du moyen âge.
Quand on se décida à aller chercher un médecin et quelques hommes de garde au poste du Châtele!, il était trop tard. Le médecin fit une saignée, le sang coula, ou pouvait espérer encore; mais c'était Fini, bien iini, le quart d'heure qu'on avait perdu à délibérer avait suffi : Gérard de Nerval avait vécu.
La nouvelle de celte mort tragique courut l'rtris, ci ee fut un deuil général, car <iéi:n<l de Nerval était aimé 4e sese< nfrèi »<mnu d'un grand nombre de lecteurs de choix, — s'il était ignoré de la foule. On sVinnressa, on accourut, on voulut savoir le> moindres détails de celte lin lamentable, et »•<■ dut eue un grand étonnement pour les habitante de l'abominable rue de la Vieille -Lanterne que cette affluence de monde, — et do meilleur monde. On inter-
rogea fiévreusement la maîtresse du garni, les voisins, les commères; on interrogea jusqu'aux pavés de la rue, jusqu'à la grille, jusqu'à la clef symbolique au-dessous de laquelle il s'était pendu. Des artistes vinrent qui firent à celte rue déshonorée l'honneur de la dessiner, de fixer sur le papier, d'une manière indélébile, son aspect criminel, sa. physionomie abjecte, avec son nom de truande.
Ce ne fut pas tout. On demanda une enquête, on la fit, on recueillit tout ce qui pouvait mettre sur la voie, tout ce qui pouvait jeter quelque lumière sur cette ténébreuse affaire; car enfin, Gérard pouvait ne s'être pas tué, des mains étrangères avaient pu nouer autour de son cou le fatal cordon... Si Gérard eût songé au suicide, il l'aurait choisi plus noble, plus digne de lui, de son nom, de ses amis ; il ne serait pas venu rue de la Vieille-Lanterne, dans l'atmosphère infecte d'une rue mal famée, terminer une existence si honorablement
menée jusque-là. Il aurait rendu l'âme, il ne l'aurait pas crachée i !
Voilà ce qu'on disait. On ajoutait d'autres choses encore. Malheureusement, il n'en fallait pas douter : c'était de ses propres mains que Gérard avait attaché à son cou le lacet suprême.
Il n'était pas content, on l'a vu; son roman, fait au jour le jour, ne marchait pjs à son gré; il sentait son intelligence lui échapper et s'épuisait à la ressaisir. Et puis, il faisait froid, la ville était triste. Peut-être aussi avait-il été humilié de ?a dernière nuit passée avec des vagabonds, lui, l'honnête homme, avec des coquins, lui le poêle. Et puis encore, sans doute l'amertume de ses souvenirs lui avait paru trop forte, les clous de son ciliée amoureux étaient sans doute entrés trop profondément dans son cœur meurtri. On ne sait pas, enfin,
1 t'.ette énergique expression, que je m'excuse d'employer, est de PtHrone : l'Jivysanlhus animam ebul- Hit, ilit un dVs conrivesdu festin île Trimateion (A. D.
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tout ce qui peut se passer dans l'esprit d'un homme hanté par des visions, persécuté par des regrets comme d'autres le sont par des remords, — et cela par une nuit d'hiver, dans ce grand désert d'hommes qui s'appelle Paris, alors qu'on n'a plus de seuil hospitalier où diriger ses pas, alors qu'on n'est attendu par personne, ni par sa maîtresse ni par son chien !
Coupable tm non. volontaire ou involontaire, cette mon fui im deuil pour les lettres françaises que Gérard de Nerval honorait si bien, et que ses œuvres auront enrichies sans qu'il s'en doutât, l'homme modeste î S'il n'eut pas le génie, il eut du moins le talent, — et un talent du meilleur aloi, tin talent rare. Il ne va pas à la postérité avec un lourd bagage, mais ii j va. Quand tant de noms, aujourd'hui orgueilleux, auront fait le plongeon dans l'oubli, le sien surnagera, rayonnant de sa douce et pure lumière d'étoile.
I >:» us le clottre de la cathédrale de Worcester, «Ht Chateaubriand (Essai sur la littérature anglaise), on remarque une plaque sépulcrale; elle ne porte ni date, ni prière, ni symbole; on y lii ce seul moi: MUerrimus (le plus malh •ureux, ou très-malheureux). Cet inconnu, ce Miserrimus sans nom, n'est-ce pas le génie !