‹ Gerard De NervalChapitre 105 sur 319 · LE LAC MENZALEH · texte numérisé non relu

LE LAC MENZALEH

Nous avions dépassé à droite le village d’Esbeh, bâti de briques crues, et où l’on distingue les restes d’une antique mosquée et aussi quelques débris d’arches et de tours appartenant à l’ancienne Damiette, détruite par les Arabes à l’époque de saint Louis, comme trop exposée aux surprises. La mer baignait jadis les murs de cette ville, et en est maintenant éloignée d’une lieue. C’est l’espace que gagne à peu près la terre d'Égypte tous les six cents ans. Les caravanes qui traversent le désert pour passer en Syrie rencontrent sur divers points des lignes régulières où se voient, de distance en distance, des ruines antiques ensevelies dans le sable, mais dont le vent du désert se plaît quel-

ue fois à faire revivre les contours. Ces spectres de villes M ouillées pour un temps de leur linceul poudreux effrayent l’imagination des Ârabes, qui attribuent leur construction aux génies. Les savants de l’Europe retrouvent, en suivant ces traces, une série de cités bâties au bord de la mer sous telle ou telle dynastie de rois pasteurs, ou de conquérants thébains. C’est par le calcul de cette retraite des eaux de la mer aussi bien que par celui des diverses couches du Nil empreintes dans le limon, et dont on peut compter les marques en formant des excavations, qu’on est parvenu à faire remonter à quarante mille ans lantiquité du sol de l'Égypte. Ceci s’arrange mal peut-être avec la Genèse; cependant ces longs siècles consacrés à l’action mutuelle de la terre et des eaux ont pu constituer ce que le livre saint appelle « matière sans forme? », l’organisation des êtres étant le seul principe véritable de la création.

Nous avions atteint le bord oriental de la langue de terre où est bâtie Damiette; le sable où nous marchions luisait

1. Tout ce chapitre est largement redevable aux lettres XXTIT

let XXIV de Savary.

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