‹ Gerard De NervalChapitre 12 sur 319 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

C’est d'ailleurs bien souvent grâce à l'élaboration visuelle de ses sources, livresques où autres, que Gérard assimile dans l'unité de son récit le pittoresque, le fantastique et le symbolisme ; sans doute même doit-il à la spontanéité naturelle de sa vision la suprême aisance avec laquelle il va et vient de l'un à l’autre : est à la fois Decamps et Martin, Marilbat et Bresdin, aussi bien qu'il peut être simultanément l'humoriste qui donne du bersonnage de Salomon une image quasi burlesque et le poète qui s'identifie à Adoniram et que Balkis fait entrer en extase. C'est bien par le naturel de sa vision, pittoresque ou fantastique, que Gérard assimile dans l'unité de son mouvement narratif la diversité parfois hétérogène de ses sources. Car le Voyage en | Orient possède une unité de style, de ton et d'âme qui, elle, #'appar tient qu'à Gérard, et dont la création continue s’est opérée tout au long des années qui ont précédé le livre de 1851, comme en témoigne d’ailleurs bien souvent l’histoire même du texte. La considération des variantes en effet conduit à conclure qu’en élaborant son Œuvre, Gérard a obéi — mais selon sa manière apparemment anarchique et fantaisiste — à un profond besoin d'unité : S'il lui est arrivé si souvent d'élaguer et de retrancher, c'est sans doute que, pour un livre, 5] lui fallait abréger ce qu'il avait dû au contraire allonger pour des chroniques de revue ! Mais c’est aussi qu'il pouvait, dans une chronique, avouer ses sources, mais non dans un livre, où sa présence personnelle ef sa responsabilité d'écrivain devaient tout assumer. La distinction, dans le volume de 1851 (déjà amorcée dans les Scènes de la Vie orientale), entre le récit proprement dit ef les appendices revét à cet égard une signification exemplaire. C'est en effet l'unité et Le rythme du récit, alternative de Dittoresque et de rêve, d'humour et de mystique, d'itinéraires ef d'histoires, qui commandent l’organisation ef le déroulement du Voyage; à ce déroulement et à sa loi se soumettent également les sources livresques ou visuelles, les souvenirs personnels, les imaginations et les rêves. À cet égard, l'éditeur doit même s'excuser de son annotation, qui, si légitime et même nécessaire que soit la tâche d’information du lecteur, n’en constitue pas moins parfois comme une indiscrétion, une violation de l'ultime volonté de l'auteur, qui s’est efforcé, avec succès, d ’enfermer dans les anneaux du même beau séyle (pour reprendre une expression de Marcel Proust, dont Gérard est Parfois le précur-

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