‹ Gerard De NervalChapitre 127 sur 319 · C’est du moins ce dont on accusait encore les Druses · texte numérisé non relu

C’est du moins ce dont on accusait encore les Druses

4. Gérard fait sans doute allusion au Chant d’ Adonis contenu dans Les Syracusaines de Théocrite (Idylles, XV), mais son imagination a travaillé sur le texte, où ne se rencontre en fait aucune imitation Plastique, mais seulement une évocation de la fête : « Auprès de lui

Croyez aussi que bien des traditions primitives n’ont fait que se transformer ou se renouveler dans les cultes nouveaux. Je ne sais trop si notre Église tient beaucoup à la légende de Siméon Stylite 1, et je pense bien que l’on peut, sans irrévérence, trouver exagéré le système de mortification de ce saint; mais Lucien nous apprend encore que certains dévots de l’antiquité se tenaient debout plusieurs jours sur de hautes colonnes de pierre que Bacchus avait élevées, à peu de distance de Beyrouth, en l’honneur de Priape et de Junon ?.

Mais débarrassons-nous de ce bagage de souvenirs antiques et de rêveries religieuses où conduisent si invinciblement l’aspect des lieux et le mélange de ces populations, qui résument peut-être en elles toutes les croyances et toutes les superstitions de la terre. Moïse, Orphée, Zoroastre, Jésus, Mahomet, et jusqu’au Bouddha indien, ont ici des disciples plus ou moins nombreux... Ne croirait-

sont déposés tous les fruits de la saison, tous les fruits que portent les arbres ; auprès de lui, de délicats jardins conservés dans des corbeilles d'argent, des alabastres d’or pleins de parfum de Syrie. » (v. 112 sqq.). Gérard visionnaire épanouit en zitafion plastique cette image, qui est une de ses obsessions fondamentales et le signe, en lui, de la blessure consécutive à l’absence de la Mère et de la Femme. Cf. Christ aux Oliviers (« Ce bel Atys meurtri que Cybèle ranime »), où se retrouve, comme ici, Passimilation typiquement nervalienne du tableau Vénus-Adonis ou Cybèle-Atys à une Psefà chrétienne, une des formes que prend l'assimilation constante de la Vierge-Mère du Christianisme aux Déesses- Mères de l’antiquité égyptienne ou gréco-romaine. Cf. aussi le rôle mystique de la Femme Mère-Amante dans Awrélia, particulièrement IL, 5 : « Je suis la même que Marie, la même que ta mère, la même aussi que, sous toutes les formes, tu as toujours aimée », et II, G : « Je reportai ma pensée à l’éternelle Isis, la mère et l'épouse sacrée. et parfois elle m’apparaissait sous la figure de la Vénus antique, parfois aussi sous les traits de la Vierge des chrétiens ». On se souviendra enfin qu’on lit, dans les Mémorables d’ Aurélia, au moment de l’évocation de Sophie et de la Reine de Saba : « Le cor enchanté d’ Adonis résonnait à travers les bois. »

1. C’est à Qalaat Semäân, près d'Alep, que se trouvent les ruines du monastère élevé sur l'emplacement où, selon la tradition, Siméon le Stylite (390-459) passa vingt-sept ans dans une cellule placée au sommet d’une colonne.

2. Ces colonnes se trouvaient sur le parvis du temple d’Hiérapolis, lieu du culte de cet Apollon syrien auquel Gérard à fait allusion tout à l'heure, en s’inspirant de la même source qu'ici, La Déesse syrienne, de Lucien.

on pas que tout cela doit animer la ville, l’emplir de cérémonies et de fêtes, et en faire une sorte d'Alexandrie de Pépoque romaine ? Mais non, tout est calme et morne aujourd’hui sous l’influence des idées modernes. C’est dans la montagne que nous retrouverons sans doute ces mœuts pittoresques, ces étranges contrastes que tant d'auteurs ont indiqués, et que si peu ont été à même d'observer.

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