Cf. IL, xx : La Javanaise
2. Dans La Déesse syrienne, texte attribué à Lucien, l’auteur raconte une histoire analogue à propos de l’Apollon d’Hiérapolis (près d’Alep). Mais Gérard ajoute à sa source, entre autres choses, le détail piquant
de l’hydrophobie du dieu.
Pour moi, j’ai toujours été plus disposé à tout croire qu’à tout nier, et la Bible admettant les prodiges attribués à l’Apollon syrien, lequel n’est autre que Baal, je ne vois pas pourquoi cette puissance accordée aux génies rebelles et aux esprits de Python n'aurait pas produit de tels effets; je ne vois pas non plus pourquoi Pâme immortelle d’un pauvre santon n’exercerait pas une action magnétique sur les croyants convaincus de sa sainteté,
Et d’ailleurs, qui oserait faire du scepticisme au pied du Liban ? Ce rivage n’est-il pas le berceau même de toutes les croyances du monde 1? Interrogez le premier montagnard qui passe : il vous dira que c’est sur ce point de la terre qu’eurent lieu les scènes primitives de la Bible: il vous conduira à l’endroit où fumèrent les premiers sacrifices; il vous montrera le rocher taché du sang d’Abel; plus loin existait la ville d’Enochia ?, bâtie par les géants, et dont on distingue encore les traces; ailleurs c’est le tombeau de Chanaan, fils de Cham. Placez-vous au point de vue de l’antiquité grecque, et vous verrez aussi descendre de ces monts tout le riant cortège des divinités dont la Grèce accepta et transforma le culte, propagé par les émigrations phéniciennes. Ces bois et ces montagnes ont retenti des cris de Vénus pleurant Adonis, et c'était dans ces grottes mystérieuses, où quelques sectes idolâtres célèbrent encore des orgies nocturnes ?, qu’on allait prier et pleurer sur l’image de la victime, pâle idole de marbre ou d'ivoire aux blessures saignantes, autour de laquelle les femmes éplorées imitaient les cris plaintifs de la déesse. Les chrétiens de Syrie ont des solennités pareilles dans la nuit du Vendredi-Saint : une mère en pleurs tient la place de lPamante, mais limitation plastique n’est pas moins saisissante; on à conservé les formes de la fête décrite si poétiquement dans l’idylle de Théocrite 4,
1. Sans doute est-ce là'une des raisons de la puissance chez Gérard de l’appel de l'Orient, dont témoigne le passage d’ Aurélia, T, 2, dont le Vers l'Orient ! est aussi le titre de l’Introduction du Voyage.
2. Cf. l'Histoire de Soliman et Vépisode du Monde souterrain.