‹ Gerard De NervalChapitre 136 sur 319 · LE MATIN ET LE SOIR · texte numérisé non relu

LE MATIN ET LE SOIR

UE dirons-nous de la jeunesse, Ô mon ami! Nous

en avons passé les plus vives ardeurs, il ne nous convient plus d’en parler qu'avec modestie, et cependant à peine l’avons-nous connue | à peine avons-nous compris qu’il fallait en arriver bientôt à chanter pour nous-mêmes l’ode d’'Horace ! : Eheu fugaces, Posthume... si peu de temps après l’avoir expliquée. Ah ! l’étude nous à pris nos plus beaux instants | Le grand résultat de tant d’efforts perdus que de pouvoir, par exemple, comme je l’ai fait ce matin, comprendre le sens d’un chant grec qui résonnait à mes oreilles sortant de la bouche avinée d’un matelot levantin :

Nè £alimèra ! nè orà Æali !

Tel était le refrain que cet homme jetait avec insouciance au vent des mers, aux flots retentissants qui battaient la grève : « Ce n’est pas bonjour, ce n’est pas bonsoir ! » Voilà le sens que je trouvais à ces paroles, et, dans ce que

je pus saisir des autres vers de ce chant populaire, il y avait, je crois, cette pensée :

Le matin n’est plus, le soir pas encore | Pourtant de nos yeux l'éclair a pâli;

et le refrain revenait toujours :

INè Ealimèra ! nè orà kali !

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