HISTOIRE DU CALIFE HAKEM
LE. HACHICEHE
ur? la rive droite du Nil, à quelque distance du port de Fostat, où se trouvent les ruines du vieux Caire, non loin de la montagne du Mokatam, qui domine la ville nouvelle, il y avait, quelque temps après l’an 1000 des chrétiens, qui se rapporte au quatrième siècle de
1. Cette histoire, pour laquelle Gérard utilise le procédé, qui lui est familier, d’un conteur intermédiaire, est la réunion d’éléments puisés dans les différentes sources livresques que nous avons déjà mentionnées. On pourra se reporter au livre récent de Betty Bouthoul : Le calife Hakim dieu de | An Mille (x950, cité par Jean Richer, éd. Pléiade, t. Il, p. 1338). Quant à la topographie du récit de Gérard, les spécialistes y ont relevé un certain nombre d’inexactitudes; cf. à ce sujet, Auriant : Swr. de prétendues légendes orientales contées par Gérard de Nerval (Nouvelle Revue des Traditions Populaires, nov.déc. 1949, janv.-févr. 1950, mars-avril 1950). On notera à ce propos que ces inexactitudes, comme celles aussi qui concernent les effets du hachich, ne détruisent nullement l’authenticité symbolique du récit de Gérard, la seule qui, à notre sens, doive compter ici. Car l'aventure de Hakem est, symboliquement, une aventure onirique de Gérard, ou plutôt de son double, et ne diffère pas essentiellement, sous la forme narrative qu’elle revêt, des comptes rendus de rêves, qui, sous une forme plus directe, constituent la substance d’Asrélia. Les inexactitudes d’ordre matériel n’ont pas ici plus d’importance que n’en ont, dans Awrélia ou dans Sylvie, les confusions, volontaires ou involontaires, par lesquelles Gérard brouille les pistes de sa vie personnelle ou de ses lectures.
l’hégire musulmane, un petit village habité en grande partie par des gens de la secte des sabéens 1,
Des dernières maisons qui bordent le fleuve, on jouit d’une vue charmante; le Nil enveloppe de ses flots caressants l’île de Roddah, qu’il a l’air de soutenir comme une corbeille de fleurs qu’un esclave porterait dans ses bras. Sur l’autre rive, on aperçoit Gizeh, et le soir lorsque le soleil vient de disparaître, les pyramides déchirent de leurs triangles gigantesques la bande de brume violette du couchant. Les têtes des palmiers-doums, des sycomores et des figuiers de Pharaon se détachent en noir sur ce fond clair. Des troupeaux de buffles que semblent garder de loin le Sphinx, allongé dans la plaine comme un chien en arrêt,
escendent par longues files à l’abreuvoir, et les lumières des pêcheurs piquent d'étoiles d’or l’ombre opaque des berges.
Au village des sabéens, l’endroit où l’on jouissait le mieux de cette perspective était un oke/ aux blanches murailles, entouré de caroubiers, dont la terrasse avait le pied dans l’eau, et où toutes les nuits les bateliers qui descendaient ou remontaient le Nil pouvaient voir trembloter les veilleuses nageant dans des flaques d’huile.
À travers les baies des arcades, un curieux placé dans une cange au milieu du fleuve aurait aisément discerné dans l’intérieur de l’okel les voyageurs et les habitués assis devant de petites tables sur des cages de bois de palmier ou des divans recouverts de nattes, et se fût assurément étonné de leur aspect étringe. Leurs gestes extravagants suivis d’une immobilité stupide, les rires insensés, les cris inarticulés qui s’échappaient par instants de leur poitrine, lui eussent fait deviner une de ces maisons où, bravant les défenses, les infidèles vont s’enivrer de vin, de houza (bière) ou de hachich.
Un soir, une barque dirigée avec la certitude que donne la connaissance des lieux, vint aborder dans l’ombre de la
1. Ce nom ne laisse pas d’être quelque peu confus: il sert en effet à désigner deux sectes distinctes : les Mandéens ou Chrétiens de Saint-Jean, secte judéo-chrétienne, et les Sabéens Harraniens, secte paienne vouée au culte des prophètes Hermès et Agathodémon. Mais Gérard, comme certains de ses contemporains, songe peut-être aux Ismaéliens. Selon les spécialistes (cf. Auriant, Loc. cir., nov.-déc. 1949) il n’y avait pas de Sabéens en Égypte à cette époque. On notera aussi que le « Sabéen » Yousouf porte un nom juif.
GÉRARD DE NERVAL. Œwvres, T. Il. 29
terrasse, au pied d’un escalier dont l’eau baisait les premières marches, et il s’en élança un jeune homme de bonne mine, qui semblait un pêcheur, et qui, montant les degrés d’un pas ferme et rapide, s’assit dans lPangle de la salle à une place qui paraissait la sienne. Personne ne fit attention à sa venue; c'était évidemment un habitué.
Au même moment, par la porte -opposée, c’est-à-dire du côté de terre, entrait un homme vêtu d’une tunique de laine noire, portant, contre la coutume, de longs cheveux sous un /4kieh (bonnet blanc).
Son apparition inopinée causa quelque surprise. Il s’assit dans un coin à l’ombre, et, l’ivresse générale reprenant le dessus, personne bientôt ne fit attention à lui. Quoique ses vêtements fussent misérables, le nouveau venu ne portait pas sur la figure l’humilité inquiète de la misère. Ses traits, fermement dessinés, rappelaient les lignes sévères du masque léonin. Ses yeux, d’un bleu sombre comme celui du saphir, avaient une puissance indéfinissable; ils effrayaient et charmaient à la fois.
Yousouf, c'était le nom du jeune homme amené par la cange, se sentit tout de suite au cœur une sympathie secrète pour linconnu dont il avait remarqué la présence inaccoutumée. N'ayant pas encore pris part à l’orgie, il se rapprocha du divan sur lequel s'était accroupi l’étranger.
« Frère !, dit Yousouf, tu parais fatigué; sans doute tu viens de loin ? Veux-tu prendre quelque rafraîchissement ?
— En eflet, ma route a été longue, répondit l'étranger. Je suis entré dans cet okel pour me reposer; mais que pourtais-je boire ici, où l’on ne sert que des breuvages défendus ?
— Vous autres musulmans, vous n’osez mouiller vos lèvres que d’eau pure; mais nous, qui sommes de la secte des sabéens, nous pouvons, sans offenser notre loi, nous désaltérer du généreux sang de la vigne ou de la blonde liqueur de l’orge.
— Je ne vois pourtant devant toi aucune boisson fermentée ?
1. Cette apostrophe est ici prophétique, puisque Yousouf est destiné à être le double de Hakem, un peu comme, dans Awrélia, Saturnin est le double de Gérard. Hakem et Yousouf ont, comme Saturnin, les yeux bleus ( Aurélia, Mémorables : « Un Jour, enfin, il ouvrit les yeux
un seul instant, et je vis qu’ils étaient bleus comme ceux de | esprit qui m'était apparu en rêve. »)
CSuISSIQ s2p jou1qu) ‘oranoT) ‘EUNIEN Jodsozq
TE SSOJIUOADIN] 19 SSH C'AUDHADGI ont oun,p jIn0[ uo ‘oanyf à juapiog 1nb suosinm so1o1u12 SCT » I L «P 11H0, L l CHMOPN SET
HUIVO NV ONAV-TIH-ZVH AG ANA
Fa . . ci
a mis AS 1 : D act de . ®
an :
re oi
LTRES 2e HEC
Tr L'ISTTPFTIS
ie D | Ë
= fr À Die br re er:
Æ: AC#: RER A. est PERTE A Lan à ES re
1 esb tal jarecil)
saillisié +