XII INTRODUCTION
Decamps, que Gérard admirait pour son sens coloriste ; Bida, disciple de Delacroix, et qui faillit être l’illustrateur du Voyage de Gérard; Camille Rogier enfin, l’un des plus intimes amis, que Gérard retrone à Constantinople et avec qui il fera le voyage de retour. N'oublions pas enfin l'orientalisme du Théophile Gautier de La Péri (dédiée à Gérard), Théophile Gautier, auteur de cet article, Le club des Hachischins, paru dans La Presse du 10 juillet 1843, qui ne fut sans doute bas sans influence sur l'Histoire du Calife Hakem, andis qu’en 1844 Alexandre Dumas à son tour, dans Monte-Cristo, apportait sa contribution à la mode littéraire des « paradis artificiels ».
Cet orientalisme d'ailleurs remontait bien au-delà des années 1830; sans aller jusqu'à rappeler que Racine avait écrit Bajazet, notons plutôt que Gérard, par tant de côtés homme du XW1N1e siècle, est aussi le disciple de ces érudits-philosophes qui étaient allés chercher en Orient de quoi satisfaire leur passion archéologique et leur appétit de sagesse et de science. De tous les hommes de lettres romantiques, Gérard est sans doute le plus vraiment poète, quelqu’un pour qui l'Orient est autre chose qu'une fantasmagorie ou un décor, auïre chose qu'un simple exotisme. Ef nous touchons ici à ce qui fait l'originalité de Gérard dans le Romantisme.
Car l'Orient romantique est finalement quelque chose de bien ambigu, dont on ne sait pas toujours s'il est la réponse à une nostalgie spirituelle ou la plus épidermique satisfaction d'un besoin de pittoresque : entre Delacroix, qui trouve dans l’orientalisme l'occasion de son épanouissement épique et dramatique, et Decamps on Marilhat, qui y puisent seulement de quoi satisfaire leur goñt de l'éclat et de la virtuosité coloriste, quelle distance? !
1. Cf. lettre à Charpentier, 15 avril 1851 (Corresp., éd. cit., n° 174) :
Je viens de chez Bida. Je lui ai exposé la chose et lui ai dit qu'il fallait vous traiter en ami. Il parlait de so0 et s’est arrêté à 400. Je pense que ce nest pas cher, attendu que c’est un dessin de premier ordre et que de pareils se vendent jusqu’à 1.500... Bida gagnera encore au Salon prochain par les belles choses qu'il a en portefeuille... Vous verrez ses magnifiques dessins d'Egypte. Je pense que s’il y avait lieu plus tard à une édition illustrée, vous concéderiez bien quelques extraits.
On voit par cette lettre que Gérard avait rêvé d’une édition illustrée qui eût fait de son livre alors un livre complet.
2. Alexandre Decamps (1803-1860) et Prosper Marilhat (1811-1847)