Leftres, 15 décembre 1670, à Emmanuel de Coulanges
2. Déjà dit par Gérard (Femmes du Caire, VU, 1v). Le rapprochement avait été fait par certains de ses prédécesseurs (Niebuhr, Regnault, de la Salle). Mais dans le cas particulier de Gérard, il montre comment le mariage druse se relie psychologiquement au mythe des Enfants du Feu, à la reine de Saba, à Adoniram, et prend place dans une sorte de cosmos mystique, dont la franc-maçonnerie et l’illuminisme sont l’une des principales sources. Plus loin, l’évocation des Templiers prend place parmi les multiples apparitions dans son œuvre des #oines rouges.
3. Ces lettres ont été publiées par Lamartine (T/oyage en Orient, IT) et c’est là sans doute que Gérard les à trouvées. Il a pu aussi consulter la Revue de l'Orient (1844, IV, p. 334; citée par G. Rouger).
d'Europe, dispersés dans divers pays, et principalement dans les montagnes de l'Écosse (debel-el-Srouxia). Ils entendent par là les compagnons et maitres écossais ; ainsi que les rose-croix, dont le grade correspond à celui d’ancien templier 1.
Mais tu sais que je suis moi-même l’un des enfants de la veuve, un louvetean (fils de maitre), que j’ai été nourri dans l'horreur du meurtre d’Adoniram et dans l’admiration du saint Temple, dont les colonnes ont été des cèdres du mont Liban. Sérieusement, la maçonnerie est bien dégénérée parmi nous...; tu vois pourtant que cela peut servir en voyage. Bref, je ne suis plus pour les Druses un infidèle, je suis un w#/a-darassin, un étudiant. Dans la maçonnerie, cela correspondrait au grade d’apprenti; il faut ensuite devenir compagnon (réfi£), puis maitre (day); l’akkal serait pour nous le rose-croix ou ce qu’on appelle chevalier Raddosch. Tout le reste à des rapports intimes avec nos loges, je t’en abrège les détails ?.
1. Les missionnaires anglais appuient beaucoup sur cette circonstance pour établir parmi les Druses l’influence de leur pays. Ils leur font croire que le rife écossais est particulier à l'Angleterre. On peut s’assurer que la maçonnerie française a la première compris ces rapports, puisqu'elle fonda à l’époque de la révolution les loges des Druses réunis, des Commandeurs du Liban, etc. (Note de Gérard.)
2. Sur la question de l’appartenance de Gérard à la franc-maçonnerie, on pourra consulter l’article très documenté de G..-H. Luquet : Nerval et la Franc-Maçonnerie (Mercure de France, 1° mai 1955). On notera que, dans une lettre à son père (Corresp., éd., cit. n° 258,22 octobre 1853), Gérard écrit : « F/5 de maçon ef simple louveteau, je m'amusais à couvrir les murs de figures cabalistiques… ; mais on ignore ici que je suis compagnon égyptien (refk) », tandis que dans le texte Une Nuit à Londres (L’Artiste, 20 septembre 1846) il déclare avoir répondu #07 à un Anglais qui lui demandait s’il était franc-maçon. Quant à ce qui concerne plus précisément ce passage de Druses et Maronites, il paraît fort probable que cet épisode d’une reconnaissance de Gérard comme fidèle druse, à la faveur de la production de ses « diplômes maçonniques », est pure imagination; mais dans l’économie générale de son rêve mystico-romanesque, cet épisode n’en est pas moins essentiel : il établit en effet entre Gérard et Salèma cette fraternité mystique dont le pressentiment et la nécessité poussaient déjà Hakem à vouloir épouser sa sœur; Salèma est, elle aussi, comme Sétalmulc, et comme toutes les femmes, vraies ou imaginaires, qui suscitèrent l’amour de Gérard — le même et éternel amour — la Dame du Royaume (cf. E/ Desdichado : « Mon front est rouge encor du baiser de la Reine »). Finalement,
Tu vois maintenant ce qui a dû arriver. J’ai produit mes titres, ayant heureusement dans mes papiers un de ces beaux diplômes maçonniques pleins de signes cabalistiques familiers aux Orientaux. Quand le cheik m’a demandé de nouveau ma pierre noire, je lui ai dit que les Templiers français, ayant été brûlés, n’avaient pu transmettre leurs pierres aux francs-maçons, qui sont devenus leurs successeurs spirituels. Il faudrait s’assurer de ce fait, qui n’est que probable; cette pierre doit être le hzhomer (petite idole) dont il est question dans le procès des Templiers 1,
À ce point de vue, mon mariage devient de la haute politique. Il s’agit peut-être de renouer les liens qui attachaient autrefois les Druses à la France. Ces braves gens se plaignent de voir notre protection ne s’étendre que sur les catholiques, tandis qu’autrefois les rois de France les comprenaient dans leurs sympathies comme descendants des croisés et pour ainsi dire chrétiens ?. Les agents anglais profitent de cette situation pour faire valoir leur appui, et
la déclaration d’appartenance (et même éventuellement l’appartenance réelle) à la franc-maçonnerie n’est, comme le montre bien cette page, qu’un de ces sésames grâce auxquels Gérard ne cessait de vouloir se faire ouvrir la porte du Royawme, la patrie originelle, dont les femmes prédestinées sont les messagères. Enfin, dans les rêveries de sa démence, Gérard se plaira à se donner des grades maçonniques élevés (cf. lettre au docteur Blanche, 17 octobre 1854, Corresp. n° 341) comme il s’imagine descendant de Nerva, ou fils de Napoléon : c’est toujours la hantise impériale et royale, qui joue un si grand rôle dans ses rêves. Quant aux colonnes dont il est ici question, leurs noms maçonniques sont donnés dans la lettre au docteur Blanche : Jakin (mot de passe des apprentis) et Boaz (mot des compagnons).
1. Les Templiers étaient accusés d’adorer une idole en forme de tête barbue, dont le nom — supposé être une déformation de Mahomet — est tantôt bahomet, tantôt babumet, tantôt baffomet (cf. Probst- Biraben et Maitrot de la Motte-Capron : Les Idoles des Chevaliers du Temple, Mercure de France, 15 septembre 1930).
2. Sifrivoles que soient ces pages, elles contiennent une donnée vtaie. On peut se rappeler la pétition collective que les Druses et les Maronites ont adressée récemment à la chambre des députés. {Note de Gérard.) I ne s’agit pas exactement d’une pétition collective, mais de deux pétitions séparées, signées l’une par 543 chrétiens, l’autre par 350 Druses, et dont le dépôt est annoncé dans le Moniteur
de là les luttes des deux peuples rivaux, druse et maronite, autrefois unis sous les mêmes princes.
Le kaïmakan a permis enfin au cheik Eschérazy de retourner dans son pays et ne lui a pas caché que c'était à mes sollicitations près du pacha d’Acre qu’il devait ce résultat. Le cheik m'a dit : « Si tu as voulu te rendre utile, tu n’as fait que le devoir de chacun; si tu y avais intérêt, pourquoi te remercierais-je ? »
Sa doctrine m’étonne sur quelques points, cependant elle est noble et pure, quand on sait bien se l’expliquer. Les akkals ne reconnaissent ni vertus ni crimes. L’homme honnête n’a pas de mérite, seulement il s’élève dans l’échelle des êtres comme le vicieux s’abaisse. La transmigration amène le châtiment ou la récompense.
On ne dit pas d’un Druse qu’il est mort, mais qu’il est transmigré.
Les Druses ne font pas l’aumône, parce que l’aumône, selon eux, dégrade celui qui accepte. Ils exercent seulement lhospitalité, à titre d'échange dans cette vie ou dans une autre.
Ils se font une loi de la vengeance; toute injustice doit être punie; le pardon dégrade celui qui la subit.
On s’élève chez. eux non par l’humilité, mais par la science; il faut se rendre le plus possible semblable à Dieu.
La prière n’est pas obligatoire; elle n’est d’aucun secours pour racheter une faute.
C’est à l’homme de réparer le mal qu’il a fait, non qu’il ait mal agi peut-être, mais parce que le mal, par la force des choses, retomberait un jour sur lui.
L'institution des akkals a quelque chose de celle des lettrés de la Chine. Les nobles (chérifs) sont obligés de subir les épreuves de l'initiation; les paysans (sa/ems) deviennent leurs égaux ou leurs supérieurs, s’ils les atteignent ou les surpassent dans cette voie.
Le cheik Eschérazy était un de ces derniers.
du 4 juillet 1847. Elles demandaient le retour de l’émir Bechir ou de son fils, et le droit de faire appel à la protection de la France, conformément à une ancienne tradition.
Je lui ai présenté l’esclave en lui disant : Voici la servante de ta fille. Il l’a regardée avec intérêt, l’a trouvée douce et pieuse. Depuis ce temps-là les deux femmes restent ensemble.
Nous sommes partis de Beit-Eddin tous quatre sur des mulets; nous avons traversé la plaine de Bekàa, l’ancienne Syrie creuse, et, après avoir gagné Zaklé, nous sommes arrivés à Balbek, dans lPAnti-Liban. J'ai rêvé quelques heures au milieu de ces magnifiques ruines, qu’on ne peut plus dépeindre après Volney et Lamartine. Nous avons gagné bientôt la chaîne montueuse qui avoisine le Hauran. Cest là que nous nous sommes arrêtés dans un village où se cultivent la vigne et le müûrier, à une journée de Damas. Le cheik m’a conduit à son humble maison, dont le toit est traversé et soutenu par un acacia (l'arbre d’Hiram) 1, À de certaines heures, cette maison s’emplit d’enfants : c’est une école. Tel est le plus beau titre de la demeure d’un akkal ?.
Tu comprends que je n’ai pas à te décrire les rares entrevues que j'ai avec ma fiancée. En Orient, les femmes vivent ensemble et les hommes ensemble, à moins de cas particuliers. Seulement cette aimable personne m’a donné une tulipe rouge et a planté dans le jardin un petit acacia qui doit croître avec nos amours. C’est un usage du pays.
Et maintenant j'étudie pour arriver à la dignité de réfik (compagnon), où j'espère atteindre dans peu. Le mariage est fixé pour cette époque ?,