Développement d’une anecdote résumée dans une variante de
PAppendice I.
LES NUITS DU RAMAZAN ss
me vanter des aventures de ce genre que j’ai risquées. La dernière seule peut vous intéresser.
« Mes parents me voyaient avec peine éloigné d’eux: leur persistance à me refuser les moyens de séjourner plus longtemps à Constantinople m’obligea à me placer dans une maison de commerce de Galata. Je tenais les écritures chez un riche joaillier arménien; un jour, plusieurs femmes s’y présentèrent suivies d’esclaves qui portaient la livrée du sultan.
« À cette époque, les dames du sérail jouissaient de la liberté de venir faire leurs emplettes chez les négociants des quartiers francs, parce que le danger de leur manquer de respect était si grand que personne ne l’eût osé. De plus, dans ce temps-là, les chrétiens étaient à peine regardés comme des hommes. Lorsque l’ambassadeur français luimême venait au sérail, on le faisait dîner à part, et le sultan disait plus tard à son premier vizir : « As-tu fait manger le chien ? — Oui, le chien à mangé, répondait le ministre. — Eh bien ! qu’on le mette dehors ! » Ces mots étaient d’étiquette. Les interprètes traduisaient cela par un compliment à l’ambassadeur, et tout était dit. »
Je coupai court à ces digressions, en priant mon interlocuteur d’en revenir à la visite des dames du sérail chez le joaillier.
« Vous comprenez que, dans ces circonstances, ces belles personnes étaient toujours accompagnées de leurs gardiens naturels, commandés par le kislar-aga 1. Au reste, l’aspect extérieur de ces dames n’avait de charmes que pour l’imagination, puisqu’elles étaient aussi soigneusement drapées et masquées que des dominos dans un bal de théâtre. Celle qui paraissait commander aux autres se fit montrer diverses parures, et, en ayant choisi une, se préparait à l’emporter. Je fis observer que la monture avait besoin d’être nettoyée, et qu’il manquait quelques petites pierres.
& — Eh bien! dit-elle, quand faudra-t-il l’envoyer chercher ?.. J'en ai besoin pour une fête où je dois paraître devant le sultan.
« Je la saluai avec respect, et, d’une voix quelque peu tremblante, je lui fis observer qu’on ne pouvait répondre du temps exact qui serait nécessaire pour ce travail.