Tabac de Syrie
3. « I] vif dans une famille d’ Arméniens, qui sont de hauts dignitaires du Sultan » (Corresp., éd. cit., n° 99).
future. Un immense tableau, représentant l’adoration des Mages, remplissait le fond derrière l’endroit où devait s'élever le maître-autel. Les peintures latérales étaient seules à l’état d’esquisse.. La famille qui faisait faire ces travaux, ayant plusieurs résidences à Constantinople et à la campagne, avait donné au peintre toute la maison avec les valets et les chevaux, qui se trouvaient à ses ordres. De sorte qu’il nous proposa d’aller faire des promenades dans les environs. Il y avait une fête grecque à Arnaut- Keuil, situé à une lieue de là; puis, comme c'était un vendredi (le dimanche des Turcs), nous pouvions, en faisant une lieue de plus et en traversant le Bosphore, nous rendre aux Eaux-Douces d’Asie.
Quoique les Turcs dorment en général tout le jour pendant le mois de Ramazan, ils n’y sont pas obligés par la loi religieuse, et ne le font que pour n'avoir pas à songer à la nourriture, puisqu'il leur est défendu de manger avant le coucher du soleil. Les vendredis, ils s’arrachent au repos et se promènent comme d'ordinaire à la campagne, et principalement aux Eaux-Douces d'Europe, situées à l'extrémité de la Corne-d’Or, ou à celles d’Asie, qui devaient être le but de notre promenade.
Nous commençâmes par nous rendre à Arnaut-Keuil; mais la fête n’était pas encore commencée : seulement il y avait beaucoup de monde et un grand nombre de marchands ambulants. Dans une vallée étroite, ombragée de pins et de mélèzes, on avait établi des enceintes et des échafaudages pour les danses et pour les représentations. Le lieu central de la fête était une grotte ornée d’une fontaine consacrée à Élie, dont l’eau ne commence à couler chaque année que le jour d’un certain saint dont j’ai oublié le nom *, On distribue des verres de cette eau à tous les fidèles qui se présentent. Plusieurs centaines de femmes grecques se pressaient aux abords de la fontaine sainte; mais l’heure du miracle n’était pas venue. D’autres se promenaient sous l’ombrage ou se groupaient sur les gazons. Je reconnus parmi elles les quatre belles personnes que javais vues déjà dans la maison de jeu de San-Dimitri; elles ne portaient plus les costumes variés qui servaient là à présen-
1. Ce jour est le 21 juillet, consacré dans le calendrier grec au prophète Elie.
ter aux spectateurs l’idéal des quatre races féminines de Constantinople. Seulement, elles étaient très fardées et avaient des mouches. Une femme âgée les guidait; la pure clarté du soleil leur était moins favorable que la lumière. Les attachés de l’ambassade paraissaient les connaître de longue date; ils se mirent à causer avec elles et leur firent apporter des sorbets.