Le Cantique des Cantiques
nias, fils du roi Daoud,.…. et Banaïas égorgea le frère du sage Soliman !. :
Maintenant, endormi dans sa gloire, appesanti par les années, Banaïas, presque idiot, suit partout la cour, n'entend
lus rien, ne comprend rien, et ranime les restes d’une vie défaillante en réchauffant son cœur aux souriantes lueurs que son roi laisse rayonner sur lui. Ses yeux décolorés cherchent incessamment le regard royal : l’ancien loup-cervier s’est fait chien sur ses vieux joufs.
Quand Balkis eut laissé tomber de ses lèvres adorables ces mots piquants, dont la cour resta consternée, Banaïas, qui n'avait rien compris, et qui accompagnait d’un cri d’admiration chaque parole du roi ou de son hôtesse, Banaïas, seul, au milieu du silence général, s’écria avec un soutire bénin : « Charmant ! divin ! »
1. Tous ces noms et ces détails historiques sont empruntés à la Bible. Gérard veut évidemment produire ici, non sans quelque dilettantisme ironique, un de ces morceaux de bravoure à la mode romantique où doit abonder la couleur locale. Pour linformation du lecteur, nous donnons ici les principales références bibliques. Selon I. Rois, 1.38, le prêtre Sadoq, après la désignation de Salomon par David, fut « celui qui prit dans la Tente la corne d’huile et oignit Salomon ; on sonna du cor et tout le peuple cria: « Vive le Roi Salomon ! » Les autres noms se rencontrent en I. Rois, 4.1-6 dans la liste des officiers de Salomon, qui s’achève sur le nom d’Adoniram (ou Adoram), « chef de la corvée » ; Zabud, fils de Natan, est « familier du roi » ; la liste mentionne ensuite deux Azarias (ou Azaryahu) l’un fils de Sadoq, l’autre fils de Natan, et c’est ce dernier qui est « chef des préfets » ; Ahia et Eliordoph (ou Elihaph) sont fils de Shisha et « secrétaires »; Josaphat enfin, fils d’'Ahilud, est « héraut ». Quant à Banaïas (ou Benayahu, fils de Yehoyada) nous lisons en I. Rois, 15.8 : KOr Adonias le fils de Haggit jouait au prince, pensant qu'il régnerait.… mais ni le prêtre Sadoq ni Benayabu…. n'étaient avec Adonias. » Et c’est en effet, selon I. Rois, 2.25, Benayahu qui fut chargé par Salomon de faire mourir Adonias. C’est le même Benayahu qui est aussixchargé de mettre à mort Joab(I. Rois, 2.28-35), mais on notera que l’exécution de Joab est, dans la Bible, postérieure à celle d’Adonias et que le prêtre Abiathar (ou Ebyatar) n’est pas exécuté, mais seulement destitué et remplacé par Sadoq (I. Rois, 2.26 et 35). Enfin ce même texte biblique nous apprend que c’est à la suite de l’exécution de Joab que Banaïas le remplaça, par ordre du roi, à la tête de l’armée. Naturellement, la métamorphose burlesque à laquelle Gérard soumet le personnage de Banaïas est comme un préambule à la démystification progressive du personnage de Soliman lui-même, «enfant du limon », grâce à laquelle le champ sera libre pour l’héroïsation de «/’enfant du feu » Adoniram.
Soliman se mordit les lèvres et murmura d’une façon assez directe : « Quel sot ! » — « Parole mémorable ! » poursuivit Banaïas, voyant que son maître avait parlé.
Or la reine de Saba partit d’un éclat de rire.
Puis, avec un esprit d’à-propos dont chacun fut frappé, elle choisit ce moment pour présenter coup sur coup trois énigmes à la sagacité si célèbre de Soliman, le plus habile des mortels dans l’art de deviner les rébus et de débrouiller des charades. Telle était alors la coutume : les cours s’occupaient de science... elles y ont renoncé à bon escient, et la pénétration des énigmes était une affaire d'État. C’est là-dessus qu’un prince ou un sage était jugé. Balkis avait fait deux cent soixante lieues pour faire subir à Soliman cette épreuve.
Soliman interpréta sans broncher les trois énigmes, grâce au grand prêtre Sadoc, qui, la veille, en avait payé comptant la solution au grand prètre des Sabéens !.
« La sagesse parle par votre bouche, dit la reine avec un peu d’emphase.
— C’est du moins ce que plusieurs supposent...
— Cependant, noble Soliman, la culture de l'arbre de sapience n’est pas sans péril : à la longue, on risque de se passionner pour la louange, de flatter les hommes pour leur plaire, et d’incliner au matérialisme pour enlever le suffrage de la foule.
__ Auriez-vous donc remarqué dans mes ouvrages...
— Ah! seigneur, je vous ai lu avec beaucoup d’attention, et, comme je veux m'instruire, le dessein de vous soumettre certaines obscurités, certaines contradictions, certains. sophismes, tels à mes yeux, sans doute, à cause de mon ignorance, ce désir n’est point étranger au but d’un si long voyage.
__ Nous ferons de notre mieux », articula Soliman,
1. I. Rois, 10.1: « La renommée de Salomon étant parvenue jusqu’à elle, la reine de Saba vint l’éprouver par des énigmes. Salomon l’éclaira sur toutes ses questions et aucune ne fut pour le roi un secret qu'il ne püt élucider. » Quant à la supercherie de Sadoq, qui n’est évidemment pas dans la Bible, mais que Gérard a pu emprunter à un passage de l’histoire de Samson (Juges, 14.12-17), elie est un nouvel élément de ce processus de démystification du personnage de Soliman que nous signalions dans notre précédente note.
non sans suffisance, pour soutenir thèse contre un si redoutable adversaire.
Au fond, il eût donné beaucoup pour aller tout seul faire un tour de promenade sous les sycomores de sa villa de Mello. Affriandés d’un spectacle si piquant, les courtisans allongeaient le cou et ouvraient de grands yeux. Quoi de pire que de risquer, en présence de ses sujets, de cesser d’être infaillible ? Sadoc semblait alarmé : le prophète Ahias de Silo réprimait à peine un vague froid sourire, et Banaïas, jouant avec ses décorations, manifestait une stupide allégresse qui projetait un ridicule anticipé sur le parti du roi. Quant à la suite de Balkis, elle était muette et imperturbable : des sphinx. Ajoutez aux avantages de la reine de Saba la majesté d’une déesse et les attraits de la plus enivrante beauté, un profil d’une adorable pureté où rayonne un œil noir comme ceux des gazelles, et si bien fendu, si allongé, qu’il apparaît toujours de face à ceux qu’il perce de ses traits; une bouche incertaine entre le rire et la volupté, un corps souple et d’une magnificence qui se devine au travers de la gaze; imaginez aussi cette expression fine, railleuse et hautaine avec enjouement des personnes de très grande lignée habituées à la domination, et vous concevrez l’embarras du seigneur Soliman, à la fois interdit et charmé, désireux de vaincre par l’esprit, et déjà à demi vaincu par le cœur. Ces grands yeux noirs et blancs, mystérieux et doux, calmes et pénétrants, se jouant sur un visage ardent et clair comme le bronze nouvellement fondu, le troublaient malgré lui. Il voyait s’animer à ses côtés l’idéale et mystique figure de la déesse Isis ? 8,
1. Ce rapprochement révèle la véritable origine du personnage: c’est bien l’incarnation de « l'éternel féminin » de Gérard, l’archétype mythique de la Femme-Mère-Amante prédestinée à la rencontre de Gérard-Adoniram sous le signe du Feu (comme Octavie, comme Mytthô). L'épisode de Soliman n’est qu’un obstacle à l’accomplissement de ce destin, et l’on comprend que Gérard consacre toute la première partie de son récit à écarter cet obstacle en démystifiant le personnage biblique de Salomon le Magnifique, dont il va progressivemeni faire une sorte de parodie semi-burlesque. Ainsi s'explique aussi que Gérard intervertisse l’ordre historique des événements tel qu’il est rapporté dans la Bible, où la visite de la Reine de Saba est postérieure à la construction du Temple (on notera en particulier
Alors s’entamèrent, vives et puissantes, suivant l’usage du temps, ces discussions philosophiques signalées dans les livres des Hébreux.
« Ne conseillez-vous pas, reprit la reine, l’égoïsme et la dureté du cœur quand vous dites : « $i vous savez répondre pour votre ami, vous vous êtes mis dans le piège; Ôtez le vêtement à celui qui s’est engagé pour autrui... » ? Dans un autre proverbe, vous vantez la richesse et la puissance de l’or...
— Mais ailleurs je célèbre la pauvreté.
— Contradiction. L’'Ecclésiaste excite l’homme au travail, fait honte aux paresseux, et il s’écrie plus loin : « Que retirera l’homme de tous ses travaux ? Ne vaut-il pas mieux manger et boire? » Dans les sentences vous flétrissez la débauche, et vous la louez dans l’Ecclésiaste…
— Vous raillez, je crois.
— Non, je cite. « J'ai reconnu qu’il n’y à rien de mieux que de se réjouir et de boire; que l’industrie est une inquiétude inutile, parce que les hommes meurent comme les bêtes, et leur sort est égal. » Telle est votre morale, Ô sage
— Ce sont là des figures, et le fond de ma doctrine.
— Le voici, et d’autres, hélas ! l’avaient déjà trouvé :
« Jouissez de la vie avec les femmes pendant tous les jours de votre vie; car c’est là votre partage dans le travail etc. » Vous y revenez souvent. D’où j'ai conclu qu’il vous sied de matérialiser votre peuple pour commander plus sûrement à des esclaves. »
Soliman se fût justifié, mais par des arguments qu’il ne voulait point exposer devant son peuple, et il s’agitait impatient sur son trône.
« Enfin, poursuivit Balkis avec un sourire assaisonné d’une œillade languissante, enfin, vous êtes cruel à notre sexe, et quelle est la femme qui oserait aimer l’austère Soliman ?
— O reine | mon cœur s’est étendu comme la rosée du
que la Mer d’ Airain est réalisée par Hiram bien avant la visite de la reine : cf. I, Rois, 7.23 sqq.). Si Gérard en effet avait respecté l’ordre de la Bible, il lui eût été impossible d’opérer, comme il fait, à la faveur de l’épisode central de son récit, la substitution d’Adoniram à Salomon : telle était l'exigence de son rêve et seule évidemment comptait à ses yeux la vérité de ce rêve.
printemps sur les fleurs des passions amoureuses dans le Cantique de l'époux !... l :
— Exception dont la Sulamite doit être glorieuse; mais vous êtes devenu rigide en subissant le poids des années. »
Soliman répriraa une grimace assez maussade. « Je prévois, dit la reine, quelque parole galante et polie. Prenez garde ! l’Ecclésiaste va vous entendre, et vous savez ce qu’il dit : « La femme est plus amère que la mort; son cœur est un piège et ses mains sont des chaînes. Le serviteur de Dieu la fuira, et l’insensé y sera pris. » Eh quoi ! suivrezvous de si austères maximes, et sera-ce pour le malheur des filles de Sion que vous aurez reçu des cieux cette beauté par vous-même sincèrement décrite en ces termes : Je suis la fleur des champs et le lis des vallées !
— Reine, voilà encore une figure.
— O roi! c’est mon avis. Daignez méditer sur mes objections et éclairer l’obscurité de mon jugement, car Perreur est de mon côté, et vous avez félicité la sagesse d’habiter en vous. « On reconnaîtra, vous l’avez écrit, la pénétration de mon esprit; les plus puissants seront surpris lorsqu'ils me verront, et les princes témoigneront leur admiration sur leur visage. Quand je me tairai, ils attendront que je parle; quand je parlerai, ils me regarderont attentifs; et quand je discourrai, ils mettront leurs mains sur leur bouche. » Grand roi, j’ai déjà éprouvé une partie de ces vérités : votre esprit m'a charmée, votre aspect m’a surprise, et je ne doute pas que mon visage ne témoigne à vos yeux de mon admiration. J’attends vos paroles; elles me verront attentive, et durant vos discours, votre servante mettra sa main sur sa bouche 1.
— Madame, dit Soliman avec un profond soupir, que devient le sage auprès de vous ? Depuis qu’il vous écoute, lEcclésiaste n’oserait plus soutenir qu’une seule de ses pensées, dont il ressent le poids : Vanité des vanités | tout n’est que vanité |! »
Chacun admira la réponse du roi. À pédant, pédant et demi, se disait la reine. Si pourtant on pouvait le guérir de la manie d’être auteur... Il ne laisse pas que d’être doux, affable et assez bien conservé.
1. Principales références bibliques de ce passage : Proverbes, 6, TI.15; 10.15, 11.4, 13:85 23-20 ECcIéSiasie 2 240329050700 01 20.
Quant à Soliman, après avoir ajourné ses répliques, il s’efforçca de détourner de sa personne l'entretien qu’il y avait si souvent amené. « Votre sérénité, dit-il à la reine Balkis, possède là un bien bel oiseau, dont l’espèce m'est inconnue. »
En efet, six négrillons vêtus d’écarlate, placés aux pieds de la reine, étaient commis aux soins de cet oiseau, qui ne quittait jamais sa maitresse. Un de ses pages le tenait sur son poing, et la princesse de Saba le regardait souvent.
« Nous l’appelons Hwd-Hud *, répondit-elle. Le trisaïeul de cet oiseau, qui vit longtemps, a été autrefois, dit-on, rapporté par des Malais, d’une contrée lointaine qu’ils ont seuls entrevue et que nous ne connaissons plus. C’est un animal très utile pour diverses commissions aux habitants et aux esprits de lair?. »
Soliman, sans comprendre parfaitement une explication si simple, s’inclina comme un roi qui a dû tout concevoir à merveille, et avança le pouce et lindex pour jouer avec l'oiseau Hud-Hud; mais l'oiseau, tout en répondant à ses avances, ne se prêtait pas aux efforts de Soliman pour s’emparer de lui.
« Hud-Hud est poète.., dit la reine, et, à ce titre, digne de vos sympathies. Toutefois, elle est comme moi un peu sévère, et souvent elle moralise aussi. Croiriez-vous qu’elle s’est avisée de douter de la sincérité de votre passion pour la Sulamite ?
— Divin oiseau, que vous me surprenez | répliqua Soliman.
__ Cette pastorale du Cantique est bien tendre assurément, disait un jour Hud-Hud, en grignotant un scarabée doré: mais le grand roi qui adressait de si plaintives élégies à la fille du Pharaon sa femme, ne lui aurait-il pas montré
1. La huppe, oiseau augural chez les Atabes. (Note de Gérard.) 2. La « buppe messagère » est d’origine coranique (XXVII) mais dans le Coran elle est l'oiseau de Salomon. Elle devait jouer un tôle important dans les imaginations de Gérard (cf. Aurélia, Mémorables). Sur ce sujet cf. l’article cité de François Constans. Naturellement le rôle joué par la huppe dans l’histoire d’Adoniram est à la fois la
préfiguration et la transposition romanesques du rôle qu’elle joue
d’autre part dans le rêve mystique auprès de la grande amie d’ Aurélia : elle est, à la fois dans le récit et dans le rêve, le signe de reconnaissance du couple prédestiné Adoniram-Balkis et Gératd-Sophie-Aurélia.
plus d'amour en vivant avec elle, qu’il ne la fait en la contraignant d’habiter loin de lui dans la ville de Daoud, réduite à charmer les jours de sa jeunesse délaissée avec des strophes.. à la vérité les plus belles du monde ?
— Que de peines vous retracez à ma mémoire ! Hélas ! cette fille de la nuit suivait le culte d’Isis.. Pouvais-je, sans crime, lui ouvrir l’accès de la ville sainte; la donner pour voisine à l’arche d’Adonaï, et la rapprocher de ce temple auguste que j’élève au Dieu de mes pères 12...
— Un tel sujet est délicat, fit observer judicieusement Balkis; excusez Hud-Hud; les oiseaux sont quelquefois légers; le mien se pique d’être connaisseur, en poésie surtout.
— Vraiment ! repartit Soliman Ben-Daoud; je serais curieux de savoir...
— De méchantes querelles, seigneur, méchantes, sur ma foi ! Hud-Hud s’avise de blâmer que vous compariez la beauté de votre amante à celle des chevaux du char des Pharaons, son nom à une huile répandue, ses cheveux à des troupeaux de chèvres, ses dents à des brebis tondues et portant fruit, ses joues à la moitié d’une grenade, ses mamelles à deux biquets, sa tête au mont Carmel, son nombril à une coupe où il y a toujours quelque liqueur à boire, son ventre à un monceau de froment, et son nez à la tour du Liban qui regarde vers Damas ?. »
Soliman, blessé, laissait choir avec découragement ses bras dorés sur ceux de son fauteuil également dorés, tandis que l’oiseau, se rengorgeant, battait l’air de ses ailes de sinople et d’or.
« Je répondrai à l’oiseau qui sert si bien votre penchant à la raillerie, que le goût oriental permet ces licences, que la vraie poésie recherche les images, que mon peuple trouve
1. Voici ce que dif la Bible à ce sujet : « Salomon s’allia par mariage à Pharaon le roi d'Égypte ; il prit pour femme la fille de Pharaon et l’introduisit dans la Cité de David en attendant d’avoir achevé de construire son palais, le Temple de Yahvé et le mur d'enceinte de Jérusalem » (1. Rois, 3.1) «Dès que la fille de Pharaon fut montée de la Cité de David à sa maison qu’il lui avait construite, alors il bâtit le Milo... » (id. 9.24).
2. Allusion ironique aux célèbres images du Cantique des Cantiques (en particulier : 4. 1-5 et 7. 3-5). Naturellement Gérard choisit des rapprochements et un vocabulaire destinés à transformer sa citation en parodie, l’intention profonde étant toujours de ridiculiser Salomon pouf laisser le champ libre à Adoniram |
mes vers excellents, et goûte de préférence les plus riches métaphores.
— Rien de plus dangereux pour les nations que les métaphores des rois, reprit la reine de Saba : échappées à un style auguste, ces figures, trop hardies peut-être, trouveront plus d’imitateurs que de critiques, et vos sublimes fantaisies risqueront de fourvoyer le goût des poètes pendant dix mille ans. Instruite à vos leçons, la Sulamite ne comparait-elle pas votre chevelure à des branches de palmiers, vos lèvres à des lis qui distillent de la myrrhe, votre taille à celle du cèdre, vos jambes à des colonnes de marbre, et vos joues, seigneur, à de petits parterres de fleurs aromatiques, plantés par les parfumeurs ? De telle sorte que le roi Soliman m’apparaissait sans cesse comme un péristyle, avec un jardin botanique suspendu sur un entablement ombragé de palmiers. »
Soliman sourit avec un peu d’amertume; il eût avec satisfaction tordu le cou de la huppe, qui lui becquetait la poitrine à l’endroit du cœur avec une persistance étrange.
« Hud-Hud s’efforce de vous faire entendre que la source de la poésie est là, dit la reine.i.
— Je ne le sens que trop, répondit le roi, depuis que j’ai le bonheur de vous contempler. Laissons ce discours; ma reine fera-t-elle à son serviteur indigne l'honneur de visiter Jérusalem, mon palais, et surtout Île temple que j’élève à Jéhovah sur la montagne de Sion ?
__ Le monde à retenti du bruit de ces merveilles; mon impatience en égale les splendeurs, et c’est la servir à souhait que de ne point retarder le plaisir que je m'en suis promis. »
A la tête du cortège, qui parcourait lentement les rues de Jérusalem, il y avait quarante-deux tympanons faisant entendre le roulement du tonnerre; derrière eux venaient les musiciens vêtus de robes blanches et dirigés par Asaph et Idithme; cinquante-six cymbaliers, vingt-huit flûtistes, autant de psaltérions, et des joueurs de cithare, sans oublier les trompettes, instrument que Josué avait mis jadis à la mode sous les remparts de Jéricho?. Arrivaient ensuite,
1. Faut-il voir là une profession de foi romantique et une allusion
- au célèbre vers de Musset : « Frappe-toi le cœur... » ? z. Le nom de Josué est, par rapport au texte de 1851 qui porte Gédéon, une correction conforme au même erafum du National qui, au chapitre 1v de la Première Partie ( San Dimitri), justifiait la correc-
sut un triple rang, les thuriféraires, qui, marchant à reculons, balançaient dans les airs leurs encensoirs, où fumaient les parfums de l’Yémen. Soliman et Balkis se prélassaient dans un vaste palanquin porté par soixante et dix Philistins conquis à la guerre.
La séance était terminée. On se sépara en causant des diverses péripéties du conte, et nous nous donnâmes rendez-vous pour le lendemain.