‹ Gerard De NervalChapitre 208 sur 319 · FIN DE L’HISTOIRE DE SOLIMAN ET DE LA REINE DU MATIN · texte numérisé non relu

FIN DE L’HISTOIRE DE SOLIMAN ET DE LA REINE DU MATIN

Le conteur avait terminé son récit, qui avait duré près de deux semaines. J’ai craint d’en diviser l’intérêt en parlant de ce que j'avais pu observer à Stamboul dans lintervalle des soirées. Je n’ai pas non plus tenu compte de quelques petites histoires intercalées çà et là, selon l’usage, soit dans les moments où le public n’est pas encore nombreux, soit pour faire diversion à quelques péripéties dramatiques à.

1. Selon les Orientaux, les puissances de la nature n’ont d’action qu’en vertu d’un contrat consenti généralement. C’est l’accord de tous les êtres qui fait le pouvoir d’Æ//ah lui-même. On remarquera le rapport qui se rencontre entre le ciron triomphant des combinaisons ambitieuses de Salomon et la légende de l’Edda, qui se rapporte à Balder. Odin et Freya avaient de même conjuré tous les êtres, afin qu'ils respectassent la vie de Balder, leur enfant. Ils oublièrent le gui de chêne, et cette humble plante fut cause de la mort du fils des dieux. C’est pourquoi le gui était sacré dans la religion druidique, postérieure à celle des Scandinaves. { Note de Gérard.)

2. Développement du récit contenu dans le Coran (sourate XXXIV) : «17 dirigeait leurs travaux à son gré. Il leur faisait élever des palais, des statues, former des vases d’une grandeur prodigieuse et des bassins durables. Famille de David, travaillez en rendant des actions de grâce. Lorsque | Ange de la mort trancha les jours de Salomon, les génies l’auraient ignoré si un ver de terre n’eñt rongé le bâton qui appuyait son cadavre. Sa chute les avertit. » (Trad. Savary.)

3. Ce terme désigne le premier chapitre du Coran et signifie ouverture, introduction. Gérard, par inadvertance, le confond avec le terme qui désigne les chapitres du Livre : sourate.

Les cafedjis font souvent des frais considérables pour s’assurer le concours de tel ou tel narrateur en réputation. Comme la séance n’est jamais que d’une heure et demie, ils peuvent paraître dans plusieurs cafés la même nuit. Ils donnent aussi des séances dans les harems, lorsque le mari, s'étant assuré de l’intérêt d’un conte, veut faire participer sa famille au plaisir qu’il a éprouvé. Les gens prudents s'adressent, pour faire leur marché, au syndic de la corporation des conteurs, qu’on appelle Æhassidéens, car il arrive quelquefois que des conteurs de mauvaise foi, mécontents de la recette du café ou de la rétribution donnée dans une maison, disparaissent au milieu d’une situation intéressante, et laissent les auditeurs désolés de ne pouvoir connaître la fin de l’histoire 2.

J'aimais beaucoup le café fréquenté par mes amis les Persans, à cause de la variété de ses habitués et de la liberté des paroles qui y régnait; il me rappelait le Café de Surate du bon Bernardin de Saint-Pierre 1, On trouve en effet beaucoup plus de tolérance dans ces réunions cosmopolites de marchands des divers pays de l’Asie, que dans les cafés purement composés de Turcs ou d’Arabes. L'histoire qui nous avait été racontée était discutée à chaque séance entre les divers groupes d’habitués; car, dans un café d'Orient, la conversation n’est jamais générale, et, sauf les observations de l’Abyssinien, qui, comme chrétien, paraissait abuser un peu du jus de Noé, personne n’avait mis en doute les données principales du récit. Elles sont en effet conformes aux croyances générales de l’Orient; seulement, on y retrouve quelque chose de cet esprit d’opposition populaire qui distingue les Persans et les Arabes de l’Yémen. Notre conteur appartenait à la secte d’Ali, qui est pour ainsi dire la tradition catholique d'Orient, tandis que les Tutcs, ralliés à la secte d’Omar, représenteraient plutôt une sorte de protestantisme qu’ils ont fait dominer en soumettant les populations méridionales P.

1. Ce conte philosophique avait été publié en 1799 : on y trouve la reprise d’un thème cher au xvinre siècle, et déjà traité par exemple par Voltaire dans Zadig: réunis dans un café et interrogés par un philosophe, des consommateurs de nationalités différentes vantent leur religion et dénigrent celle des autres, jusqu’à ce qu’un Chinois en vienne à déclarer que toutes les religions se valent et qu’à travers la diversité de leurs mythes c’est la même Divinité qu’elles honorent.

LE BAIRAM ?

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