Cétacés
car c’est au fond la représentation d’une créature céleste, de la jument qui emporta Mahomet au troisième paradis.
C’est donc la seule étude de figure possible; un musulman ne peut donner son portrait à sa bien-aimée ou à ses parents. Cependant il a un moyen de les doter d’une image chérie et parfaitement orthodoxe; c’est de faire peindre en grand et en miniature, sur des boîtes ou des médaillons, la représentation de la mosquée qui lui plait le plus à Constantinople ou ailleurs. Cela veut dire : « Là se trouve mon cœur, il brûle pour vous sous le regard de Dieu. » On rencontre le long de la place du Sérasquier, près de la mosquée de Bayezid, où les colombes voltigent par milliers, une rangée de petites boutiques occupées par des peintres et des miniaturistes. C’est là que les amoureux et les époux fidèles se rendent à certains anniversaires et se font dessiner ces mosquées sentimentales : chacun donne ses idées sur la couleur et sur les accessoires; ils y font ajouter d’ordinaire quelques vers qui peignent leurs sentiments.
On ne comprend pas trop comment l’orthodoxie musulmane s’arrange des figures d’ombres chinoises, très bien découpées et finement peintes, qui servent dans les représentations de Caragneuz. Il faut citer encore certaines monnaies et médailles d’autrefois et même des étendards de l’ancienne milice des janissaires qui portaient des figures d'animaux. Le vaisseau du sultan est orné d’un aigle d’or aux ailes étendues.
Par un autre anomalie singulière, il est d'usage au Caire de couvrir de peinture la maison de tout pèlerin qui vient de faire le voyage de la Mecque, dans l’idée sans doute de figurer les pays qu’il a vus, car en cette seule circonstance on se permet d’y représenter des personnages qu’on a bien de la peine, du reste, à reconnaître pour vivants.
Ces préjugés contre les figures n’existent, comme l’on sait, que chez les musulmans de la secte d’'Omar; car ceux de la secte d’Ali ont des peintures et des miniatures de toutes sortes. Il ne faut donc pas accuser l’islamisme entier d’une disposition fatale aux arts. Le différend porte sur l’interprétation d’un texte saint qui laisse penser qu’il n’est pas permis à l’homme de créer des formes, puisqu'il ne peut créer des esprits ?. Un voyageur anglais dessinait un jour des figures sous les yeux d’un Arabe du désert, qui lui dit fort sérieusement : « Lorsqu’au jugement dernier toutes les figures que tu as faites se présenteront devant toi, et