‹ Gerard De NervalChapitre 229 sur 319 · LA LÉGENDE DE SOLIMAN · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DE SOLIMAN

Il ne faut pas s’étonner de la tendance philosophique et, pour ainsi dire, voltairienne de ce récit. Les contes arabes et persans sont, la plupart, composés dans cet esprit. Souvent même le paradoxe est pris au sérieux : ainsi l’on retrouve en Syrie des traces nombreuses de la religion des

Kaïnites ou Enfants de Caïn. Le Coran attaque aussi fréquemment l’orgueil et les impiétés du roi Salomon dans la dernière partie de son règne. Il est inutile d’ajouter que certaines parties de l’histoire biblique prennent des perspectives nouvelles, en passant à travers le génie arabe. Peut-être les Européens se rendent-ils compte difficilement de ce qu’entendent les Orientaux par les races préadamites. — Ils supposent que la terre, avant d’appartenir à l’homme, avait été habitée pendant soixante-dix mille ans par quatre grandes races créées primitivement, selon le Coran, « d’une matière élevée, subtile et lumineuse ».

C’étaient les Dives, les Diinns, les Afrites et les Péris, appartenant d’origine aux quatre éléments, comme les ondins, les gnomes, les sylphes et les salamandres des légendes du Nord. Il existe un grand nombre de poèmes petsans qui rapportent l’histoire détaillée des dynasties bréadamites.

Après avoir laissé ces populations primitives occuper le globe pendant tant de douze milliers d’années à et s’être fatigué du spectacle de leurs guerres, de leurs amours et des productions fragiles de leur génie, Dieu voulut créer une race nouvelle plus intimement unie à la terre et réalisant mieux l’hymen difficile de la matière et de l’esprit. C’est pourquoi il est dit dans le Coran : « Nous avons créé Adam en partie de terre sablonneuse et en partie de limon; mais, pour les génies, nous les avons créés et formés d’un feu très ardent. »

Dieu forma donc un moule composé principalement de ce sable fin dont la couleur devint le nom d'Adam (rouge), et, quand la figure fut séchée, il l’exposa à la vue des anges et des dives, afin que chacun pût en dire son avis. Eblis, autrement nommé Âzazel, qui est le même que notre Satan, vint toucher le modèle, lui frappa sur le ventre et sur la poitrine, et s’aperçut qu’il était creux : « Cette créature vide, dit-il, sera exposée à se remplir; la tentation a bien des voies pour pénétrer en elle. » Cependant Dieu souffla la vie dans les narines de l’homme et lui donna pour compagne la fameuse Lilith, appartenant à la race des Dives, qui, d’après

les conseils d’Éblis, devint plus tard infidèle, et eut la tête coupée.

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