Notamment chez les Yésidis. (Note de Gérard
Le Seigneur, ayant compris qu’il avait eu tort d’associer deux natures différentes, résolut de tirer cette fois la femme de la substance même de l’homme. Il plongea celui-ci dans le sommeil, et se mit à extraire l’une de ses côtes, comme dans notre légende.
Ici se rapporte une anecdote assez plaisante 2. Pendant que Dieu, s’occupant à refermer la plaie, avait quitté des yeux la précieuse côte, déposée à terre près de lui, un singe (kerd), envoyé par Éblis, la ramassa bien vite et disparut dans l’épaisseur d’un bois voisin. Le Créateur, assez contratrié de ce tour, ordonna à un de ses anges de poursuivre lPanimal. Ce dernier s’enfonçait parmi des branchages de plus en plus touffus. L’ange HUE à le saisir par la queue; mais cette queue lui resta dans la main, et ce fut tout ce SA put rapporter à son maître, aux grands éclats de rire
e l’assemblée. Le Créateur regarda l’objet avec quelque désappointement : « Enfin, dit-il, puisque nous n’avons pas autre chose, nous allons tâcher d’opérer également »; et, cédant peut-être sans réflexion à un amour-propre d’artiste, il transforma la queue du singe en une créature belle au dehors, mais au dedans pleine de malice et de perversité.
Faut-il voir ici seulement la naïveté d’une légende primitive ou la trace d’une sorte d’ironie philosophique ? qui n’est pas étrangère à l’Orient ? Peut-être serait-il bon, pour la comprendre, de se reporter aux premières luttes des religions monothéistes, qui proclamaient la déchéance de la femme, en haine du polythéisme syrien, où le principe féminin dominait sous le nom d’Astarté, de Dercéto ou de Mhylitta. On faisait remonter plus haut qu’Eve elle-même la première source du mal et du péché; à ceux qui refusaient de concevoir un Dieu créateur éternellement solitaire, on parlait d’un crime si grand commis par l’antique épouse divine, qu'après une punition dont l’univers avait tremblé, il avait été défendu à tout ange ou créature terrestre de jamais prononcer son nom. Les solennelles obscurités des cosmogonies primitives ne contiennent rien d’aussi terrible que ce courroux de l’Éternel, anéantissant jusqu’au souvenir de la mère du monde.
Des milliers de légendes arabes sont remplies de ces étranges conceptions qui ont été le texte d’une foule d’hérésies. L'histoire d'Adam et d’Eve est un long récit de combats soutenus par le premier homme contre la race des Dives qui lui disputaient l’empire de la terre; le dernier de
GÉRARD DE NERVAL. (Œuvres, T. Il. 53
leurs empereurs fut vaincu par Adam, ce qui amena la soumission complète des préadamites.
C’est dans une des galeries de la montagne de Kaf qu’ont été réunies les images des soixante-dix empereurs ou solimans qui régnèrent avant la création de l’homme. Les plus anciens sont difformes et ont des rapports avec les différentes races d’animaux. Il est probable que la théogonie arabe a puisé l’idée de ces êtres fabuleux dans les représentations des dieux indous, assyriens et égyptiens. — On
peut consulter sur tous ces points la Bibliothèque orientale de d’Herbelot.
L'auteur d’un ouvrage qui paraît en ce moment (1851) sut la Turquie, M. Ubicini, remarque avec raison, que maloté la navigation à la vapeur, malgré les progrès de la statistique moderne, l’Orient n’est guère plus connu aujourd’hui qu’il ne l’était durant les deux derniers siècles. Il est certain que si le nombre des voyageurs a augmenté, les rapports de commerce établis autrefois entre nos provinces du Midi et les cités du Levant ont diminué de beaucoup. Les touristes ordinaires ne séjournent pas assez longtemps pour pénétrer les secrets d’une société dont les mœurs se dérobent si soigneusement à l’observation superficielle. Le mécanisme des institutions turques est, du reste, entièrement changé depuis l’organisation nouvelle que l’on appelle Tanzimar, et qui devient la réalisation longtemps dre du hatti-chérif de Gul-Hanè 1. Aujourd’hui la Turquie est assurée d’un gouvernement régulier et fondé sur l'égalité complète des sujets divers de l’empire ?.
1. Ce nom désigne l’esplanade du palais du sultan à Constantinople, où fut signée l’ordonnance promulguant l’ensemble des réformes auxquelles on à donné le nom de Tanzimat-Khaïrie, Organisation heureuse (3 novembre 18309).
2. Voici les chiffres les plus récents applicables à la situation de lempire turc :
La race ottomane est de 11.700.000 âmes.
Les autres peuples des diverses parties de l'empire, Grecs, Slaves, Arabes, Arméniens, etc., complètent le nombre des sujets de tout l'empire, qui est de 35.350.000 âmes. — La population de Constantinople est de 797.000 âmes, dont 400.000 musulmans, le reste se composant d’Arméniens, de Grecs, etc.
Les lettres et les souvenirs de voyage, réunis dans ces deux volumes 1, étant de simples récits d'aventures réelles, ne peuvent offrir cette régularité d’action, ce nœud et ce dénouement que comporterait la forme romanesque. Le vrai est ce qu'il peut. La première partie de cet ouvrage semble avoir dû principalement son succès à l’intérêt qu’inspirait l’esclave indienne, achetée au Caire, chez le jellab Abd-el-Kérim. L’Orient est moins éloigné de nous que l’on ne pense, et comme cette personne existe, son nom a dû être changé dans le récit imprimé. Elle est aujourd’hui mariée dans une ville de Syrie, et son sort paraît être heureusement fixé. Le voyageur qui, sans y trop songer, s’est vu conduit à déplacer pour toujours l’existencé de cette personne, ne s’est rassuré, touchant son avenir, qu’en apprenant que sa situation actuelle était entièrement de son choix. Elle est restée dans la foi musulmane, bien que des efforts eussent été faits pour l’amener aux idées chrétiennes. Les Français ne peuvent plus, désormais, acheter d'esclaves en Égypte, en sorte que personne ne risquera aujourd’hui de se jeter dans des embarras qui entraînent d’ailleurs une certaine responsabilité morale.
Le budget est de 168 millions.
L’armée régulière, de 138.680 hommes, peut être portée, avec sa réserve et ses contingents, à plus de 400.000 hommes. ( Note de Gérard.) (Chiffres empruntés, au dernier moment, par Gérard aux Leftres sur la Turquie d'Ubicini, publiées dans Le Moniteur alors que l’auteur préparait l'édition définitive du l’oyage en Orient (1850-51).