IBRAHIM-PACHA, FILS DE MÉHÉMET-ALI
uE de révolutions dans cette simple nouvelle :
« Ibrahim-Pacha, le fils du vice-roi d'Égypte, le vainqueur de Saint-Jean-d’Acre et de Nézib, vient en France prendre les eaux des Pyrénées ! » Comme les dieux et les rois, les Turcs et les Arabes s’en vont, ou plutôt ils viennent à nous. Il y a quarante ans, un pacha était pour notre imagination un grand lama, couvert d’or et de pierreries, caché au fond d’un harem avec cent femmes et mille esclaves, recevant tous les matins, au milieu des nuages du narguileh, un tribut de têtes ennemies que le zabil? versait à ses pieds. Tout cela n’existe plus que dans les Mille et une Nuits. Les pachas d’à présent s’affublent, comme nous, de paletots sacs et de pantalons à sous-pieds. Ils ont déroulé leurs turbans de cachemire pour se commanmander des bonnets grecs dans la rue Saint-Denis. Ils sont en extase devant les tuyaux de poêle que nous portons sous prétexte de coiffure. Ils fument sur l’asphalte du trottoir des cigares à vingt-cinq centimes, et se font servir, en guise de têtes de chrétiens, des têtes de veau à la poulette. Ils se marient au premier arrondissement de Constantinople ou du Caire, sont fidèles à leur épouse comme des bourgeois du Marais, et font élever leurs enfants suivant la méthode Jacotot *.. Les deux inconvenances les plus affreuses devant Mahomet étaient naguère de boire du vin et d’avoir chez soi des tableaux. Or, il faut voir à cette heure les secrétaires de l’ambassade turque avaler nos vins de Champagne frappés à la glace ! Et ils ne font qu’imiter en cela leur dernier maître, le sultan Mahmoud, qui du vin était passé à l’eaude-vie, de l’eau-de-vie à l’alcool, et de l’alcool à l’éther. « Lorsqu’on prend de la civilisation, disent-ils, on n’en sau-