LETTRE DE FRITZ A SON AMI TIMOTHÉE O’NEILL A PARIS
Tu m'as fait promettre, mon cher Timothée, de t’envoyer les impressions
V'ARIANTES 817 Page 40 : Y a. R. P. add.: où l’on joue une traduction de Ruy Blas.
b. R. P. suit le texte du chap. VII : Le 23. Hier au soir, me trouvant c. J., Sy. ici seulement commence l’article.
d. À. P. : au lieu de tout ce qui précède : Je voudrais bien vous écrire une longue lettre [P.: une lettre] sur Vienne, mais j’ai tant tardé à le faire que je ne sais plus que vous apprendre, ni comment vous intéresser. Ce travail m’eût été facile quinze jours après mon arrivée, parce que tout m’étonnait encore, tout m'était nouveau, les costumes, les mœurs, le langage, l’aspect de cette grande ville située presque à extrémité de l’Europe civilisée, riche et fière comme Paris, et qui ne lui emprunte ni toutes ses modes, ni tous ses plaisirs; ces contrastes, dis-je, me saisissaient vivement, et j'étais en état de les rendre avec chaleur et poésie. Aujourd’hui trois mois [P.: quelques mois] de séjour m'ont trop familiarisé avec toutes ces nouveautés; me voilà aussi embartassé qu’un Parisien auquel on demanderait une description de Paris; je suis devenu tout à fait un badaud de Vienne, vivant de ses habitudes sans y plus songer, et contraint de faire un effort pour trouver en quoi elles diffèrent des nôtres.
Il est vrai qu'ayant pénétré davantage dans la société, il me faudra maintenant beaucoup descendre si je veux rechercher cette individualité locale, qui partout n’existe plus guère que dans les classes inférieures. J'aurai besoin de faire comme ce bon Hoffmann qui, dans la nuit de Saint-Sylvestre, sortant en habit et en culotte courte de la soirée du conseiller intime, s’était si convenablement abreuvé de #hé esthétique que, chemin faisant, la pauvre créature nommée peñite bière lui revint en mémoire. Ce fut alors qu’au mépris d’une foule de considérations sociales et privées, il ne craignit point de descendre, en habit de gala, les marches usées de cet illustre cabaret, où il devait se rencontrer à la même table avec l’homme qui avait perdu son ombre et l’homme qui avait perdu son reflet.
Ne vous étonnez donc pas si je vous parle tour à tour du palais et de la taverne; ma qualité d’étranger me donne aussi le droit de fréquenter l’un et l’autre, de coudoyer le paysan bohême ou styrien, vêtu de peaux de bêtes, ou le prince et le magnat, couverts d’un frac noir comme moi. Mais ces derniers, vous les connaissez bien. Ce sont des gens de notre monde de Paris; ils se sont faits nos concitoyens et nos égaux tant qu’ils ont pu, comme ces rois de l’Orient qui se montraient fiers jadis du titre de bourgeois romains. Commençons donc par la rue et par la taverne, et nous nous rendrons ensuite au palais quand nous voudrons, quand il sera paré, illuminé, plein de costumes éblouissants et d’artistes sublimes; quand, à force de splendeur et de richesse, il cessera de ressembler à nos hôtels et à nos maisons.
Aussi bien c’est là une ville qu’il faut voir à tous ses étages, car elle est singulièrement habitée, et pourtant son premier aspect n’a rien que de très vulgaire.
e. À., P. add.: Mais c’est là une impression toute libérale et toute
française, et que le peuple heureux de Vienne n’a jamais connue, à coup sûr. Pour moi, je me suis rappelé quelques pages d’un roman intitulé, je crois, Frédéric Styndall, dont le héros se sentit mortellement triste le jour où il arriva dans cette capitale !.
Page 41 :
SJ iSy-Fayiles:
b. À., P. : de cette grande ville où il venait chercher fortune.
c. À., P. add.: Il n’y a place là que pour les riches, pour les marchands et pour leurs valets; les voitures se croisent avec bruit dans l'ombre qui descend si vite au milieu de ces rues étroites, entre ces hautes maisons; les boutiques éclatent bientôt de lumières et de richesses, les grands vestibules s’éclairent, et d’énormes suisses, richement galonnés, attendent, presque sous chaque porte, les équipages qui rentrent peu à peu. Tout ce luxe insolent effrayait Frédéric Styndall; il se disait qu’il faudrait bien de l’audace pout pénétrer dans ce monde exceptionnel si bien clos et si bien gardé, et ce fut en pensant à cela, je crois, qu’il fut renversé par la voiture d’une belle et noble dame, qui devint son introductrice et la source de sa fortune.
Si j’ai bonne mémoire, tel est le début de ce roman, oublié de nos jours; je regrette de n’en avoir pas conservé d’autre impression, car celle-là est juste et vraie. De même rien n’est aussi triste
J., Sy. add. : Il n’y a place là [...] qui rentrent peu à peu. Rien n’est triste aussi