‹ Gerard De NervalChapitre 256 sur 319 · V'ARIANTES 821 IX. SUITE DU JOURNAL · texte numérisé non relu

V'ARIANTES 821 IX. SUITE DU JOURNAL

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a. Variantes de :

À : L’Artiste, 8 wars 1840.

P. : La Presse, 29 juin 1840.

J. : Le Journal, 16 octobre 1848.

Sy. : La Sylphide, 10 novembre 1848.

S. : La Silhouette, 11 et 18 février 1849.

b. S. : soit d’abeilles, soit de frelons.

Pagesss :

a. S. add. : Je ne sais si tous ces détails t’intéressent, mais ils me sont précieux pour le moment, d’autant que le nombre des images que je possède diminue de jour en jour. Ne nous arrêtons pas à ce détail et allons prendre notre café au centre de la ville, près de la brillante place du Graben, dont le nom funèbre (tombeau) ne répond guère à toutes ces splendeurs.

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a. S. add. : Heureux peuple qui s’amuse encore à de telles facéties! Je me demande quelquefois si jamais il y aura une révolution à Vienne. Les pavés de granit, admirablement taillés, sont, pour ainsi dire, soudés avec du bitume et engrainés l’un dans l’autre, de sorte qu’il semble impossible de les déplacer pour faire des barricades. Chaque pavé coûte au gouvernement un zwanzig. Parviendra-t-on, par de tels sacrifices, à éviter une révolution ?

b. S. : une Sainte Vierge dorée

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a. S. add. : et je continuai par un éloge de cette institution paternelle.

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a. S. add. : Je fus loin de m’étonner de cette confidence; je savais parfaitement que toutes les lettres passaient par un cabinet noir, non pas seulement en Autriche, mais dans la plupart des pays allemands. Je tournai le tout en plaisanterie, si bien que je suis arrivé fort loin dans la confiance du baron de S***, qui me fournira lui-même bien des sujets d’observation. Ne sommes-nous pas aussi, nous autres écrivains, les membres d’une sorte de police morale ?..

14 janvier. — Hier le baron de S*** m’a fait mander chez lui et ma dit : « Amusez-vous donc à lire cette lettre ». Mon étonnement fut très grand en reconnaissant qu’elle s’adressait à mon oncle du Périgord, et qu’elle était la copie d’une lettre de mon cousin Henri, le diplomate, qui a quitté Vienne depuis quelques jours. — Voici l’écrit :

[Sxi?, avec d’infimes variantes [M. de N*** pour M. de Brégeas]

la lettre par laquelle débute l’article de la Revue de Paris (cf. variante b de la p. 35). Les dernières lignes diffèrent: rien ne l’empêchera d’aller vous rendre ses devoirs. tôt ou tard.]

Voilà la lettre de l’enfant.. qu’en dis-tu ? C’est ainsi que l’on est servi par ses parents. De S*** m’a recommandé le plus grand secret

sur sa communication amicale; mais ne trouves-tu pas que la police .

paternelle de Vienne est bonne à quelque chose. au moins quand on a des amis ! Je te ferai part plus tard de mes réflexions.

a. S. add.: L'un d’eux, qui affecte des idées socialistes, s’est avisé de déclarer au prince de ***, son ami, — et remarque qu’il était aussi l’ami de la princesse, — qu’il voulait paraître, comme simple invité, à la première fête qui serait donnée dans le palais et ne jouerait d’aucun instrument. « C’est facile, lui dit le prince, je dirai que vous êtes malade. — Non, je tiens à ne pas paraître malade. — Eh bien | mon ami, j’en parlerai à mes amis. » Le résultat est que l’artiste n’a pas reçu d’invitation. Il est parti, furieux, pour la Hongrie, où des ovations magnifiques le vengent déjà de la sotte étiquette des salons de Vienne.

À., P. depuis par tous [p. 51, a] : Pour ne point quitter encore le cercle des plaisirs populaires de Vienne, car c’est la première chose qui frappe l’étranger à son arrivée, je dois vous parler encore des bals du Sperl et de la Birn qui s’adressent, il est vrai, en partie à la classe plus aisée. Le Sper/ est un vaste établissement magnifiquement décoré, dont Strauss conduit l’orchestre, ainsi que Lanner dirige celui de la Birn. Ici les femmes sont mieux mises, quoiqu’elles ne sortent guère de la classe des grisettes; le public est le même que celui de Musard à peu près, mais la valse est aussi énergique, aussi folle que dans les tavernes, et le nuage de tabac qu’elle agite n’est guère moins épais. Au Sper/ aussi, l’on dîne ou l’on soupe toujours au milieu des danses et de la musique et le galop serpente autour des tables sans inquiéter les dîneurs. Le premier aspect du Sper/ m’a rappelé un peu celui des Musicos de Hollande ; j’aime à croire toutefois que les danseuses appattiennent en général à une condition plus respectable que celles dont les aïeules ont fourni tant de modèles à Rubens.

Ces dernières, par exemple, ne seraient point souffertes par le gouvernement paternel de l'Autriche. Les étrangers présomptueux assurent que ce système est loin d’avoir amélioré les mœurs, et chacun d’eux, pour peu qu’il ait passé seulement un hiver à Vienne, vous énumérera tout au moins les deux cent trente conquêtes qui forment le contingent de l’Allermagne sur la liste de Don Juan. Mais ce sont des exagérations auxquelles à pu donner lieu la facilité des Viennoises à entrer en conversation avec les cavaliers qui se placent près d’elles, dans les spectacles ou dans les bals. Si l’on vous dit aussi que les grandes dames sont toujours un peu du dix-huitième siècle dans ce pays, où le dix-neuvième siècle n’a pas encore commencé, n’en croyez pas tous les récits de nos modernes Casanovas; mais songez aussi que le nombre des femmes belles est si grand dans toute l'Autriche, que la plupart

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deviennent moins fières en raison de ce qu’elles sont moins appréciées.

La beauté des femmes est encore une chose qui saisit l'étranger d’étonnement en passant à Lintz, la première ville d'Autriche du côté de la Bavière. J'y arrivai un dimanche, et je vis les femmes de la campagne qui se rendaient aux églises; elles portaient presque toutes le costume national : des jupons de couleur éclatante, des corsets brodés, des colliers et de grands bonnets de drap d’or à ravir M. Duponchel. Ces femmes étaient en général d’une éclatante beauté; les livres de voyage ne manquent pas d’en prévenir les voyageurs, et en cela du moins leur indication est parfaitement juste. Je passai la journée à parcourir les places et les rues sans me lasser de cette admiration. Toutefois, à Lintz, le type des physionomies est toujours à peu près le même : ce sont de grandes femmes à la figure régulière et douce, à l’œil beau, blondes et blanches, avec une délicatesse de teint qui est la même dans les paysannes et dans les personnes de la ville. À la longue, on se fatiguerait de cette uniformité des figures, qui explique leur beauté, comme la pureté du sang et l’excellence du climat font comprendre les belles races parmi les animaux.

À Vienne, au contraire, les figures sont très variées, bien qu’il soit possible encore de les classer en un petit nombre de types analogues. En général, blondes et brunes ont toutes la peau extrêmement blanche et délicate, la taille parfaite et les bras superbes. On pourrait dire que la classe moyenne est moins favorisée; mais les beautés de l’aristocratie, que l’on voit toutes réunies dans les grandes soirées et dans les concerts, et celles de la classe inférieure, qui ne manquent guère les réunions du Sper/ et du l’o/Æsgarten, luttent, à chance égale, de beauté, de fraîcheur, et même souvent d'élégance et de grâce.

Ce sont là d’heureux pays, surtout lorsqu'on pense aux tristes créatures qui peuplent nos villes et nos campagnes; c’est le signe à la fois du bien-être de la population inférieure et du facile travail qui suffit à le lui procurer. Sans prétendre faire ici le panégyrique du gouvernement de l’Autriche, je puis vous assurer que c’est le plus favorable de tous au bonheur du peuple ainsi que des classes élevées; quant à la bourgeoisie, nous savons déjà qu’il n’y a qu’elle qui gagne aux révolutions; J., Sy. : Pour ne point [...] magnifiquement décoré. Ici [...] grisettes. La valse est aussi [...] sans inquiéter les dineurs. Sivent les alinéas commençant par La beauté des femmes (avec variante : Mme Du-

ponchel) ef À Vienne.

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a. À., P., J., Sy. add. : Son plus grand jardin public se rencontre à peu de distance, dans le quartier de Leopoldstadt. Lorsque jy suis entré, ses longues allées étaient vides, ses parterres jaunis; quelques fleurs se montraient pourtant encore, et des rosiers cassés par le vent laissaient traîner leurs fleurs dans la boue. De loin en loin, on découvtait des horizons charmants; des montagnes couronnées de chäteaux indiquent à distance les rives du Danube. Un autre jardin, qu’on appelle Jardin du Peuple, est situé dans l’intérieur même des remparts, . ptès du château impérial.

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a. AÀ., P. add. : Lorsque j’arrivai à Vienne, un mélodrame de Mre Birchpfeiffer, intitulé les Siyriens, y obtenait un grand succès. Pendant ce temps, on représentait à Leopoldstadt une autre pièce de cette même dame, intitulée Robert-le-Tigre. Mme Birchpfeifer est le Bouchardy du théâtre allemand. Elle intitule franchement ses pièces drames populaires; mais ce serait lui faire trop d’honneur que de la comparer à notre jeune compatriote autrement que par ses succès. J'ai vu jouer aussi au théâtre de la Vienne le Guillaume Tel] de Schiller; ce qui prouverait que la censure impériale n’est pas si farouche qu’on la fait; car assurément personne ne lui contesterait le droit de défendre la représentation de Guillaume Tell.

Mais la censure nous à permis aussi de voir représenter Rxy Bas à Leopoldstadt, sous le titre de Marre et V’alet ; il est vrai que le dénouement est légèrement modifié. Ruy Blas ne fait que menacer son maître avec cette fameuse épée qu’il lui arrache si hardiment. On s’explique alors; le valet retrouve ses parents comme Figaro; mais, plus heureux que ce dernier, il les retrouve riches et grands seigneurs. Je crois même qu’au dénouement il épouse la reine, et devient une sorte de mari- Cobourg, ce qui est encore bien constitutionnel. — Suit dans Artiste ce développement qui termine l’article: Les théâtres de Leopoldstadt et de la Vienne sont desservis tous les deux par la troupe du directeur Carl. Le fond de leur répertoire se compose de farces locales, sortes de pièces bizarres à grand spectacle, dont les Viennois ne peuvent se lasser. Pour s’en faire une idée en France, il faudrait réunir la pantomime de Debureau aux vaudevilles les plus excentriques du théâtre des Variétés. Celui des Sa//imbanques en donnerait une sorte d’aperçu. L'esprit logique et régulier du bourgeois parisien ne supporterait pas la liberté folle et la gaieté humoristique de ces compositions. La plus célèbre, et pour ainsi dire le modèle du genre, est intitulée : Trente ans de la vie d’un mauvais sujet. Presque toutes ces farces locales sont composées par un acteur nommé Nestroy, qui en joue les principaux rôles avec beaucoup de verve et d’esprit.

Le théâtre de Josephstadt, dont l’intérieur ressemble à la salle de notre Gymnase, vient d’être occupé pendant deux mois par les séances d’un physicien nommé Dobler. Cet artiste ne s’élève point au-dessus de Bosco, qui charme en ce moment le public de Constantinople. Depuis son départ, Josephstadt a rajeuni l’éternel sujet de /4 Révolte au Sérail, qui, grâce aux jolies figurantes et aux tribulations des malheureux Turcs européanisés, fait fureur en ce moment; le peuple viennois ne commence à rire des Turcs que depuis fort peu d'années, ce qui explique aussi l'excès de sa satisfaction.

J'ai été témoin, à Josephstadt, d’une représentation dont nous n'avons guère l’idée en France. C'était l’Académie du célèbre Saphir, l’un des journalistes et des poètes les plus distingués d'Allemagne. Une foule d'artistes concouraient d’ailleurs à cette séence littéraire.

. Elle a commencé par une scène en vers, de Saphir, intitulée /7 Comjugaison du verbe aimer. Trois des plus jolies actrices du Théâtre-Impérial

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représentaient, l’une la maîtresse, les deux autres les écolières. Cette ingénieuse idée était d’une exécution charmante. Ensuite, la Revse Nocturne de Napoléon, chantée par un acteur du théâtre de Carinthie, était accompagnée au piano par Liszt. Bériot succéda à Liszt. Puis Mie Caroline Miller vint jouer, elle seule, une comédie en trois actes, fort courte heureusement, composée aussi par Saphir. C'était une sorte de parodie où le spirituel bénéficiaire faisait la critique de nos comédies modernes. Mie Caroline Miller partagea les applaudissements donnés à l’ouvrage. On sait que cette actrice est appelée la Mars de l'Allemagne. Un journaliste de Vienne remarquait dernièrement, à ce propos, qu’il serait peut-être plus convenable de dire que Mie Mars est la Caroline Miller de la France. Nous déclarons ne nous y point opposer. La séance académique, après plusieurs lectures de vers, fut terminée par une /ecture humoristique que Saphir vint faire en petsonne. Nous avions conçu d’abord quelque inquiétude sur le sort de cette longue production littéraire, qui arrivait après les acteurs et chanteurs, après Liszt, après Bériot. On viendrait lire alors à un public français un article inédit de Voltaire, qu’il demanderait bien vite ses chevaux ou ses socques, comme M. de Buffon. Hé bien, tout ce public brillant de Vienne resta à la lecture de cet article qui était le développement d’un paradoxe philosophique, et l’on applaudit Saphir, et on le redemanda deux fois. Voilà ce que c’est qu’une académie dans les villes d'Allemagne; un homme de lettres donne des concerts de poésie et de musique, comme un simple artiste exécutant. L’ Académie de Saphir lui a rapporté trois mille flotins.

Dans ma prochaine lettre, je tâcherai de vous introduire dans Vienne même, et de vous donner une idée des plaisirs de son grand monde ; ÿ'ai cru devoir séparer celui-là de l’autre, car à Vienne encore, il y à un grand monde, n’en doutez pas.

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