‹ Gerard De NervalChapitre 296 sur 319 · V’ARIANTES 859 VII. LES THÉATRES DE CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

V’ARIANTES 859 VII. LES THÉATRES DE CONSTANTINOPLE

Je retournai à Ildiz-Khan tout préoccupé des détails singuliers de la légende et principalement du tableau qui venait de nous être fait de la chute posthume de Salomon. Je me représentais surtout les merveilles intérieures de cette montagne de Kaf, dont parlent si souvent les poèmes orientaux; selon les renseignements que j’obtins de mes compagnons, Kaf est le roc central constituant, pour ainsi dire, l’armature intérieure du globe, et les diverses chaînes de montagnes qui apparaissent à la surface n’en sont que les branches prolongées. C'est l'Atlas, le Caucase et l’Hymalaya qui en représentent les contreforts les plus puissants; d’anciens auteurs placent encore un autre rameau au delà des mers occidentales, vers un point qu’ils appellent Yni-Dounya, nouveau monde, et qui doit avoir été l’Atlantide de Platon, au cas où l’on ne penserait pas qu’ils auraient eu quelque idée de l'Amérique.

Il est probable que la scène où fut confondu l’orgueil de Salomon, — d’après le Coran, — se passa dans la Galerie d’Argenk, construite au centre de la montagne par les génies, et dans laquelle on voyait les statues des quarante So/imans où empereurs qui avaient gouverné la terre dans l’époque préadamite, ainsi que les figures peintes de toutes les créatures raisonnables qui avaient habité le globe avant la création des enfants du limon. La plupart avaient des aspects monstrueux, des têtes et des bras en grand nombre ou des formes bizarres se rapprochant des animaux, — ce qui évidemment rentre dans les légendes primitives des Indous, des Égyptiens, et des Pélages.

Ce nombre de quarante souverains préadamites qui, selon les légendes, auraient eu chacun un règne de mille ans, m’a rappelé une hypothèse du savant Letronne, que je l’avais entendu développer à son cours, et qui faisait remonter l’antiquité du monde à quarante mille ans environ avant la création présumée d'Adam. Il en tirait la démonstration surtout de la retraite régulière des eaux de la mer sur la terre d'Égypte, et, je crois aussi, de certaines pierres dont les couches donnent le nombre antérieur des inondations du Nil. Les recherches de Cuvier conduiraient aussi à des suppositions analogues si ce savant n'avait tenu surtout à mettre ses découvertes en rapport avec les récits bibliques.

Quoi qu’il en soit, il est impossible de comprendre les romans ou poèmes de l'Orient sans se persuader qu’il a existé avant Adam une longue série de populations singulières dont le dernier roi a été Gian ben Gian. Adam treprésente, pour les Orientaux, une simple race nouvelle pétrie et formée d’une terre particulière par Adonaï, le Dieu de la Bible, qui aurait agi, en cette circonstance, comme le Titan Prométhée, animant du feu divin une race dédaignée des Olympiens, auxquels le monde avait appartenu jusqu'alors.

Mais, trêve de symboles : je n’ai voulu que jeter un peu de lumière dans la partie féerique de la légende racontée plus haut; mais c’est le

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rayon égaré dans les ombres, qui, selon l’expression de Milton, ne sert qu’à rendre les ténèbres visibles.

f£uit le texte de Visite à Péra (Here) M

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