Grand manteau
sur le chemin, en avant des pas du cheval monté par le Sheykbh. Ils se rangèrent côte à côte le plus près possible les uns des autres, les jambes allongées, et le front appuyé sut leurs bras croisés, en murmurant sans interruption le mot : « 4/’/ah ! » puis environ douze Derviches ou davantage se mirent à courir sur le dos de leurs compagnons prosternés, quelques-uns frappant sur des bazes, ou petits tambours, qu’ils tenaient de la main gauche, et en s’écriant aussi : « 4/”/ab ! » Alors le Sheykh approcha, son cheval hésita quelques minutes à poser le pied sur le premier de ces hommes étendus sur son chemin, mais étant poussé par derrière, il se décida, et, sans crainte apparente, il prit l’amble d’un pas élevé et passa sur eux tous conduit par deux hommes qui le tenaient de chaque côté, courant eux-mêmes l’un sur les pieds, l’autre sur les têtes des prosternés. Immédiatement, il s’éleva un long cri parmi les spectateurs : « -4///h la la’ la’ la’ la’h ! » Pas un de ces hommes ainsi foulés sous les pieds du cheval et de ses deux conducteurs ne parut blessé, et chacun d’eux, se relevant d’un seul bond aussitôt que l’animal avait passé sur lui, se joignait à la procession qui suivait le Sheykh. Tous avaient supporté deux pas du cheval, l’un d’un des pieds de devant, l’autre d’un des pieds de derrière, sans oublier le passage des deux conducteurs. On dit que ces personnes aussi bien que le Sheykh récitent certaines prières et certaines invocations le jour précédent afin de ne courir aucun risque dans cette cérémonie et de se relever sain et sauf. Quelques-uns ayant eu la témérité de participer à cette dévotion sans y être préalablement préparés ont été en maintes occasions ou tués ou cruellement estropiés. Le succès de cette pratique religieuse est considéré comme un miracle effectué par un pouvoir surnaturel successivement accordé à chaque Sheykh de Saadee’yeb.
Une des coutumes de quelques-uns de la Saadee’yeh, en cette occasion, est de manger des serpents tout vifs, devant une assemblée choisie dans la maison même du Sheykh E/-Bekry ; mais le Sheykh actuel a dernièrement mis opposition à cette coutume dans la métropole, en déclarant que c'était une pratique dégoûtante et contraire à la religion qui range les reptiles dans la classe des animaux qu’on ne doit pas manger. Cependant les sz’adys mangèrent assez fréquemment et des serpents et des scorpions pendant notre première excursion dans cette contrée. Il faut ajouter qu’on arrachait celles des dents du serpent qui contiennent le poison, et que l'animal devenait incapable de mordre, attendu qu’on lui perçait les deux lèvres et qu’on y passait un cordon de soie pour les lier ensemble, lequel cordon de soie était remplacé par deux anneaux d’argent lorsqu'on le menait en procession.
Quand un sa’ady mangeait la chair d’un serpent vivant, il était, ou affectait d’être excité par une sorte de frénésie. Il appuyait fortement le bout de son doigt sur le dos du reptile, en le saisissant à peu près à deux pouces de la tête, et ne mangeait que jusqu’à l'endroit où il
1. On dit que le second Sheykb de Saadee”yeh (le successeur immédiat du fondateur de l’ordre) fit courir son cheval sur des amas de morceaux de verre sans qu’il y en eût un seul de brisé. (Nore de Gérard.)
avait appuyé, ce dont il faisait trois ou quatre bouchées. Le reste du cotps, il le jetait. À
Cependant les serpents ne sont pas toujours maniés sans danger même par des sa’adys. On nous raconta qu’il y à quelques années, un derviche de cette secte qu’on appelait E/-f/ ou éléphant, à cause de sa corpulence et de sa force musculaire, et qui était le plus fameux mangeur de serpents de son temps et même de tous les siècles, ayant eu le désir d’apprivoiser un serpent d’une espèce très venimeuse qu’on lui avait apporté du désert, il- mit ce reptile dans un panier et l’y garda plusieurs jours pour l’affaiblir; après quoi voulant le prendre pour lui extraire les dents, il enfonça la main dans le panier; mais il se sentit mordu au pouce. Il appela à son secours, mais comme il n’y avait dans la maison qu’une femme qui fut trop effrayée pour venir à lui, il s’écoula quelques minutes avant qu’il pût obtenir assistance, et lorsqu'on vint, tout le bras était noir et enflé, et l’homme mourut au bout de quelques heures.