‹ Gerard De NervalChapitre 42 sur 319 · Sur ce livre cf. Sy/rie, IV · texte numérisé non relu

Sur ce livre cf. Sy/rie, IV

2. On retrouve ici, comme dans tout ce chapitre, le goût caractéristique de Gérard pour les descriptions détaillées de cérémonies rituelles, qui se manifeste un peu partout dans son œuvre, et particulièrement dans Isis. C’est sans doute ce à quoi il fait allusion lorsqu’il se désigne comme archéologue en même temps que poëe (cf. chap. I). Ce chapitre n’est pas non plus sans analogie avec l’excursion à Pompéi d’Octavie.

que demandez-vous ? — Madame, dit-elle, je demande grâce pour celui qui est avec moi, et désire que nous puissions aller ensemble au royaume de la grande Mère divine pour boire en sa sainte fontaine. » Sur quoi, la prieuse, se tournant vers Polyphile, lui fit une demande pareille, et l’engagea à plonger tout à fait le flambeau dans la citerne. Ensuite elle attacha avec une cordelle le vase nommé AÆpaste, qu’elle fit descendre jusqu’à l’eau sainte, et en puisa pour la faire boire à Polia. Enfin, elle referma la citerne, et adjura la déesse d’être favorable aux deux amants.

Après ces cérémonies, les prêtresses se rendirent dans une sorte de sacristie ronde, où l’on apporta deux cygnes blancs et un vase plein d’eau marine, ensuite deux tourterelles attachées sur une corbeille garnie de coquilles ét de roses, qu’on posa sur la table des sacrifices; les jeunes filles s’agenouillèrent autour de l'autel, et invoquèrent les très saintes Grâces, Aglaïa, Thalia et Euphrosynè, ministres de Cythérée, les priant de quitter la fontaine Acidale, qui est à Orchomène, en Béotie, et où elles font résidence, et, comme Grâces divines, de venir accepter la profession religieuse faite à leur maîtresse en leur nom.

Après cette invocation, Polia s’approcha de l'autel couvert d’aromates et de parfums, y mit le feu elle-même, et alimenta la flamme de branches de myrte séché. Ensuite elle dut poser dessus les deux tourterelles, frappées du couteau cécespite, et plumées sur la table d’anclabre 1, le sang étant mis à part dans un vaisseau sacré. Alors commença le divin service, entonné par une chanteresse, à laquelle les autres répondaient; deux jeunes religieuses placées devant la prieuse accompagnaient l’office avec des flûtes lydiennes en ton lydien naturel.

Chacune des prêtresses portait un rameau de myrte, et, chantant d’accord avec les flûtes, elles dansaient autour de l’autel pendant que le sacrifice se consumait 2.

1. Table des sacrifices (d’après le Dictionnaire des antiquités de Daremberg et Saglio, le mot latin anclabria désigne exactement des vases rituels).

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