Sur ce personnage cf. Nuits du Ramazan, U, Ill
de la plus haute gravité; le spectacle en question devait se composer simplement de petites scènes comiques jouées par des hommes, et que l’on peut comparer à nos proverbes de société. Ceci est pour faire passer agréablement le -reste de la nuit aux invités, pendant que les époux se retirent avec leurs parents dans la partie de la maison réservée aux femmes.
Il paraït que les fêtes de cette noce duraient déjà depuis huit jours. Le drogman m’apprit qu’il y avait eu le jour du contrat un sacrifice de moutons sur le seuil de la porte avant le passage de l’épousée; il parla aussi d’une autre cérémonie dans laquelle on brise une boule de sucrerie où sont enfermés deux pigeons; on tire un augure du vol de ces oiseaux. Tous ces usages se rattachent probablement aux traditions de l’antiquité.
Je suis rentré tout ému de cette scène nocturne. Voilà, ce me semble, un peuple pour qui le mariage est une grande chose, et, bien que les détails de celui-là indiquassent quelque aisance chez les époux, il est certain que les pauvres gens eux-mêmes se marient avec presque autant d’éclat et de bruit. Ils n’ont pas à payer les musiciens, les bouffons et les danseurs, qui sont leurs amis, ou qui font des quêtes dans la foule. Les. costumes, on les leur prête; chaque assistant tient à la main sa bougie ou son flambeau, et le diadème de l’épouse n’est pas moins chargé de diamants et de rubis que celui de la fille d’un pacha. Où chercher ailleurs une égalité plus réelle ? Cette jeune Égyptienne, qui n’est peut-être ni belle sous son voile ni riche sous ses diamants, a son jour de gloire où elle s’avance radieuse à travers la ville qui l’admire et lui fait cortège, étalant la pourpre et les joyaux d’une reine, mais inconnue à tous, et mystérieuse sous son voile comme l’antique déesse du Nil. Un seul homme aura le secret de cette beauté ou de cette grâce ignorée; un seul peut tout le jour poursuivre en paix son idéal et se croire le favori d’une sultane ou d’une fée; le désappointement même laisse à couvert son amour-propre; et d’ailleurs tout homme n’a-t-il pas le droit, dans cet heureux pays, de renouveler plus d’une fois cette journée de triomphe et d’illusion ?