INCONVÉNIENTS DU CÉLIBAT
J'ai raconté plus haut l’histoire de ma première nuit, et l’on comprend que j’aie ensuite dû me réveiller un peu plus tard. Abdallah m’annonce la visite du cheik de mon quartier, lequel était venu déjà une fois dans la matinée. Ce bon vieillard à barbe blanche attendait mon réveil au café d’en face avec son secrétaire et le nègre portant sa pipe. Je ne m’étonnai pas de sa patience; tout Européen
ui n’est ni industriel ni marchand est un personnage en 2gypte. Le cheik s’assit sur un des divans; on bourra sa pipe et on lui servit du café. Alors il commença son discours, qu'Abdallah me traduisit à mesure :
« Il vient vous rapporter l’argent que vous avez donné pour louer la maison.
— Et pourquoi? Quelle raison donne-t-il ? |
— Il dit que l’on ne sait pas votre manière de vivre, qu’on ne connaît pas vos mœufs.
— A-t-il observé qu’elles fussent mauvaises?
— Ce n’est pas cela qu’il entend; il ne sait rien làdessus. 26
— Mais alors il n’en a donc pas une bonne opinion ?
— Il dit qu’il avait pensé que vous habiteriez la maison avec une femme.
— Mais je ne suis pas marié.
— Cela ne le regarde pas, que vous ie soyez ou non;
124 ROMAGE ENRORIENEN
mais il dit que vos voisins ont des femmes, et qu’ils seront inquiets si vous n’en avez pas. D'ailleurs, c’est l’usage ici.
— Que veut-il donc que je fasse ?
— Que vous quittiez la maison, ou que vous choisissiez une femme pour y demeurer avec vous.
— Dites-lui que dans mon pays il n’est pas convenable de vivre avec une femme sans être marié. »
La réponse du vieillard à cette observation morale était accompagnée d’une expression toute paternelle que les paroles traduites ne peuvent rendre qu’imparfaitement.
« Il vous donne un conseil, me dit Abdallah : il dit qu’un monsieur (un effendi) comme vous ne doit pas vivre seul, et qu’il est toujours honorable de nourrir une femme et de lui faire quelque bien. Il est encore mieux, ajoute-t-il, d’en nourrir plusieurs, quand la religion que l’on suit le permet. »
Le raisonnement de ce Turc me toucha; cependant ma conscience européenne luttait contre ce point de vue, dont je ne compris la justesse qu’en étudiant davantage la situation des femmes dans cepays. Je fis répondre au cheik pour le prier à d’attendre que je me fusse informé auprès de mes amis de ce qu’il conviendrait de faire.
J'avais loué la maison pour six mois, je l’avais meublée, je m’y trouvais fort bien, et je voulais seulement m’informer des moyens de résister aux prétentions du cheik à rompre notre traité et à me donner congé pour cause de célibat. Après bien des hésitations, je me décidai à prendre conseil du peintre de l’hôtel Domergue, qui avait bien voulu déjà m’introduire dans son atelier et m'initier aux merveilles de son daguerréotype. Ce peintre avait l’oreille dure à ce point qu’une conversation par interprète eût été amusante et facile au prix de la sienne.
Cependant, je me rendais chez lui en traversant la place de PEsbekieh, lorsque à l'angle d’une rue qui tourne vers le quartier franc, j'entends des exclamations de joie parties d’une vaste cour où l’on promenait dans ce moment-là de fort beaux chevaux. L’un des promeneurs de chevaux s’élance à mon col et me serre dans ses bras; c’était un gros garçon vêtu d’une saye bleue, coiffé d’un turban de laine jaunâtre, et que je me souvins d’avoir remarqué sur le bateau à vapeur, à cause de sa figure, qui rappelait beaucoup
les grosses têtes peintes qu’on voit sur les couvercies de momies.
Tayeb ! tayeb ! (fort bien ! fort bien !) dis-je à ce mortel expansif en me débarrassant de ses étreintes et en cherchant derrière moi mon drogman Abdallah; mais ce dernier s'était perdu dans la foule, ne se souciant pas sans doute d’être vu faisant cortège à l’ami d’un simple palefrenier. Ce musulman gâté par les touristes d'Angleterre ne se souvenait pas que Mahomet avait été conducteur de chameaux.
Cependant l’Égyptien me tirait par la manche et m’entraînait dans la cour, qui était celle des haras du pacha d'Égypte, et là, au fond d’une galerie, à demi couché sur un divan de bois, je reconnais un autre de mes compagnons de voyage, un peu plus avouable dans la société, Soliman- Aga, dont je t’ai parlé déjà, et que j’avais rencontré sur le bateau autrichien, le Francesco Primo. Soliman-Aga 2 me reconnaît aussi, et, quoique plus sobre en démonstrations que son subordonné, il me fait asseoir près de lui, m’offre une pipe et demande du café... Ajoutons, comme trait de mœurs, que le simple palefrenier, se jugeant digne momentanément de notre compagnie, s’assit en croisant les jambes à terre et reçut comme moi une longue pipe et une de ces petites tasses pleines d’un moka brûlant que l’on tient dans une sorte de coquetier doré pour ne pas se brûler les doigts. Un cercle ne tarda pas à se former autour de nous.
Abdallah, voyant la reconnaissance prendre une tournure plus convenable, s’était montré enfin et daignait favoriser notre conversation. Je savais déjà Soliman-Aga un convive fort aimable, et, bien que nous n’eussions eu pendant notre commune traversée que des relations de pantomime, notre connaissance était assez avancée pour que je pusse sans indiscrétion l’entretenir de mes affaires et lui demander conseil.
« Machallah ! s’écria-t-il tout d’abord, le cheik à bien raison, un jeune homime de votre âge devrait s’être déjà marié plusieurs fois !
— Vous savez, observai-je timidement, que dans ma religion l’on ne peut épouser qu’une femme, et il faut ensuite la garder toujours, de sorte qu’ordinairement l’on prend le temps de réfléchir, on veut choisir le mieux possible.
— Ah ! je ne parle pas, dit-il en se frappant le front, de vos femmes ro#wis (européennes), elles sont à tout le monde et non à vous; ces pauvres folles créatures monirent
leur visage entièrement nu, non seulement à qui veut le voir, mais à qui ne le voudrait pas... Imaginez-vous, ajoutat-il en pouffant de rire et se tournant vers d’autres Turcs qui écoutaient, que toutes, dans les rues, me regardaient avec les yeux de la passion, et quelques-unes même poussaient l’impudeur jusqu’à vouloir m’embrasser. »
Voyant les auditeurs scandalisés au dernier point, je crus devoir leur dire, pour l'honneur des Européennes, que Soliman-Aga confondait sans doute l’empressement intéressé de certaines femmes avec la curiosité honnête du plus grand nombre.
« Encore, ajoutait Soliman-Aga, sans répondre à mon observation, qui parut seulement dictée par l’amourpropre national, si ces belles méritaient qu’un croyant leur permit de baiser sa main | mais ce sont des plantes d'hiver, sans couleur et sans goût, des figures maladives que la famine tourmente, car elles mangent à peine, et leur corps tiendrait entre mes mains. Quant à les épouser, c’est autre chose; elles ont été élevées si mal, que ce seraient la guerre et le malheur dans la maison. Chez nous, les femmes vivent ensemble et les hommes ensemble, c’est le moyen d’avoir partout la tranquilité.
— Mais ne vivez-vous pas, dis-je, au milieu de vos femmes dans vos harems ?
— Dieu puissant ! s’écria-t-il, qui n’aurait la tête cassée de leur babil? Ne voyez-vous pas qu’ici les hommes qui n'ont rien à faire passent leur temps à la promenade, au bain, au café, à la mosquée, ou dans les audiences, ou dans les visites qu’on se fait l’un à l’autre? N’est-il pas plus agréable de causer avec des amis, d’écouter des histoires et des poèmes, ou de fumer en rêvant, que de parler à des femmes préoccupées d'intérêts grossiers, de toilette ou de médisance ?
— Mais vous supportez cela nécessairement aux heures où vous prenez vos repas avec elles.
— Nullement. Elles mangent ensemble ou séparément à leur choix, et nous tout seuls, ou avec nos parents et nos amis. Ce n’est pas qu’un petit nombre de fidèles 2 n’en agissent autrement, mais ils sont mal vus et mènent une vie lâche et inutile. La compagnie des femmes rend l’homme avide, égoïste et cruel; elle détruit la fraternité, et la charité entre nous; elle cause les querelles, les injustices et la tyrannie. Que chacun vive avec ses semblables | c’est assez
que le maître, à l'heure de la sieste, où quand il rentre le soir dans son logis, trouve pour le recevoir des visages souriants, d’aimables formes richement parées,.. et, si des almées qu’on fait venir dansent et chantent devant lui, alors il peut rêver le paradis d’avance et se croire au troisième ciel, où sont les véritables beautés pures et sans tache, celles qui seront seules dignes d’être les épouses éternelles des vrais croyants. »
Est-ce là l’opinion de tous les musulmans 2 ou d’un certain nombre d’entre eux? On doit y voir peut-être moins le mépris de la femme qu’un certain reste du platonisme antique, qui élève l’amour pur au-dessus des objets périssables. La femme adorée n’est elle-même que le fantôme abstrait, que l’image incomplète d’une femme divine, fiancée au croyant de toute éternité. Ce sont ces idées qui ont fait penser que les Orientaux 4 niaient l’âme des femmes; mais on sait aujourd’hui que les musulmanes vraiment pieuses ont l’espérance elles-mêmes de voir leur idéal se réaliser dans le ciel. L'histoire religieuse des Arabes à à ses saintes et ses prophétesses, et la fille de Mahomet, l’illustre Fatime, est la reine de ce paradis féminin.
Soliman-Aga D avait fini par me conseiller d’embrasser le mahométisme; je le remerciai en souriant et lui promis d’y réfléchir. Me voilà cette fois plus embarrassé que jamais. Il me restait pourtant encore à aller consulter le peintre sourd de l’hôtel Domergue, comme j’en avais eu primitivement l’idée.
“e LE MOUSKY
Lorsqu'on à tourné la rue en laissant à gauche le bâtiment des haras, on commence à sentir l’animation de la rande ville. La chaussée qui fait le tour de la place de ’Esbekieh n’a qu’une maigre allée d’arbres pour vous protéger du soleil; mais déjà de Do et hautes maisons de pierre découpent en zigzags les rayons poudreux qu’il projette sur un seul côté de la rue. Le lieu est d’ordinaire
très frayé, très bruyant, très encombré de marchandes d’oranges, de bananes et de cannes à sucre encore vertes, dont le peuple mâche avec délices la pulpe sucrée. Il y a aussi des chanteurs, des lutteurs et des psylles qui ont de gros serpents roulés autour du cou; là enfin se produit un spectacle qui réalise certaines images des songes drolatiques de Rabelais. Un vieillard jovial fait danser avec le genou de petites figures dont le corps est traversé d’une ficelle comme celles que montrent nos Savoyards, mais qui se livrent à des pantomimes beaucoup moins décentes. Ce n’est pourtant pas là l’illustre Caragueuz, qui ne se produit d'ordinaire que sous forme d’ombre chinoise. Un cercle émerveillé de femmes, d’enfants et de militaires applaudit naïvement ces marionnettes éhontées. Ailleurs c’est un montreur de singes qui a dressé un énorme cynocéphale à répondre avec un bâton aux attaques des chiens errants de la ville, que les enfants excitent contre lui. Plus loin la voie se rétrécit et s’assombrit par l’élévation des édifices. Voici à gauche le couvent des derviches tourneurs, lesquels donnent publiquement une séance tous les mardis; puis une vaste porte cochère, au-dessus de laquelle on admire un grand crocodile empaillé, signale la maison d’où partent les voitures qui traversent le désert du Caire à Suez. Ce sont des voitures très légères, dont la forme rappelle celle du prosaïque coucou; les ouvertures, largement découpées, livrent tout passage au vent et à la poussière, c'est une nécessité sans doute; les roues de fer présentent un double système de rayons, partant de chaque extrémité du moyeu pour aller se rejoindre sur le cercle étroit qui remplace les jantes. Ces roues singulières coupent le sol plutôt qu’elles ne s’y posent.
Mais passons. Voici à droite un cabaret chrétien, c’est-àdire un vaste cellier où l’on donne à boire sur des tonneaux. Devant la porte se tient habituellement un mortel à face enluminée et à longues moustaches, qui représente avec majesté le Franc autochtone, la race, pour mieux dire, qui appartient à l'Orient. Qui sait s’il est Maltais, Italien, Espagnol ou Marseillais d’origine ? Ce qui est sûr, c’est que son dédain pour les costumes du pays et la conscience qu’il a de la supériorité des modes européennes l’ont induit en des raffinements qui donnent une certaine otiginalité à sa garde-robe délabrée. Sur une redingote bleue dont les anglaises effrangées ont depuis longtemps fait
divorce avec leurs boutons, il à eu l’idée d’attacher des torsades de ficelles qui se croisent comme des brandebourgs. Son pantalon rouge s’emboite dans un reste de bottes fortes armées d’éperons. Un vaste col de chemise et un chapeau blanc bossué à retroussis verts adoucissent ce que ce costume aurait de trop martial et lui restituent son caractère civil. Quant au nerf de bœuf qu’il tient à la main, c’est encore un privilège des Francs et des Turcs, qui s’exerce trop souvent aux dépens des épaules du pauvre et patient fe/lab.
. Presque en face du cabaret, la vue plonge dans une impasse étroite où rampe un mendiant aux pieds et aux mains coupés; ce pauvre diable implore la charité des Anglais, qui passent à chaque instant, car l’hôtel Waghorn est situé dans cette ruelle obscure qui, de plus, conduit au théâtre du Caire et au cabinet de lecture de M. Bonhomme, annoncé par un vaste écriteau peint en lettres françaises. Tous les plaisirs de la civilisation se résument là, et ce n’est pas de quoi causer grande envie aux Arabes. En poursuivant notre route, nous rencontrons à gauche une maison à face architecturale, sculptée et brodée d’arabesques peintes, unique réconfort jusqu'ici de l’artiste et du poète. Ensuite la rue forme un coude, et il faut lutter pendant vingt pas contre un encombrement perpétuel d’ânes, de chiens, de chameaux, de marchands de concombres et de femmes vendant du pain. Les ânes galopent, les chameaux mugissent, les chiens se maintiennent obstinément rangés en espaliers le long des portes de trois bouchers. Ce petit coin ne manquerait pas de physionomie arabe, si l’on n’apercevait en face de soi l’écriteau d’une trattoria remplie d’Italiens et de Maltais.
C’est qu’en face de nous voici dans tout son luxe la grande rue commerçante du quartier franc, vulgairement nommée le Mousky. La première partie, à moitié couverte de toiles et de planches, présente deux rangées de boutiques bien garnies, où toutes les nations européennes exposent leurs produits les plus usuels. L’Angleterre domine pour les étoffes et la vaisselle, 1’ Allemagne pour les draps, la France pour les modes, Marseille pour les épiceries, les viandes fumées et les menus objets d’assortiment. Je ne cite point Marseille avec la France, car dans le Levant on ne tarde pas à s’apercevoir que les Marseillais forment une nation à part; ceci soit dit dans le sens le plus favorable d ailleurs.
Parmi les boutiques où l’industrie européenne attire de son mieux les plus riches habitants du Caire, les Turcs réformistes, ainsi que les Cophtes et les Grecs, plus facilement accessibles à nos habitudes, il y à une brasserie anglaise où l’on peut aller contrarier, à l’aide du madère, du porter ou de l’ale, l’action parfois émolliente des eaux du Nil. Un autre lieu de refuge contre la vie orientale est la pharmacie Castagnol, où très souvent les keys, les muchirs et les nazirs originaires de Paris viennent s’entretenir avec les voyageurs et retrouver un souvenir de la patrie 1. On n’est pas étonné de voir les chaises de l’officine, et même les bancs extérieurs, se garnir d’Orientaux douteux, à la poitrine chargée d’étoiles en brillants, qui causent en français et lisent les journaux, tandis que des sais tiennent tout prêts à leur disposition des chevaux fringants, aux selles brodées d’or ?. Cette affluence s’explique aussi par le voisinage de la poste franque, située dans l’impasse qui aboutit à l'hôtel Domergue. On vient attendre tous les jours la correspondance et les nouvelles, qui arrivent de loin en loin, selon l’état des routes ou la diligence des messagers. Le bateau à vapeur anglais ne remonte le Nil qu’une fois par mois.
Je touche au but de mon itinéraire, car je rencontre à la pharmacie Castagnol mon peintre de l’hôtel français, qui fait préparer du chlorure d’or pour son daguerréotype. Il me propose de venir avec lui prendre un point de vue dans la ville; je donne donc congé au drogman, qui se hâte d’aller s'installer dans la brasserie anglaise, ayant pris, je le crains bien, du contact de ses précédents maitres, un goût immodéré pour la bière forte et le whisky.
En acceptant la promenade proposée, je complotais une idée plus belle encore : c'était de me faire conduire au
1. Muchirs: officiers supérieurs; nazirs: chefs de service. Cf. «Le Caire contient toute une population de Français J'en ai rencontré quelques-uns, soit au cabinet de lecture, soit au théâtre, soit dans la boutique du quartier franc. — Que trouvez-vous d’amusant au Caire ? me disent-ils ; on s'ennuie ici à périr » (fragment ms. coll. Lovenjoul D. 741, fol. 69).
2. D’après Clot-Bey (Aperçu général sur l Egypte, 1840, II, p. 462, cité par G. Rouger), les sais sont des espèces d’éclaireurs ; ils portent le turban. Ils tiennent verticalement à la main un béton mince en forme de lance ef précèdent leur maître de huit à dix pas. Ce sont eux qui aident celui-ci à descendre, qui promènent la monture et en ont soin.
point le plus embrouillé de la ville, d’abandonner le peintre à ses travaux, et puis d’errer à l’aventure, sans interprète et sans compagnon. Voilà ce que je n’avais pu obtenir pou le drogman se prétendant indispensable, et tous es Européens que j’avais rencontrés me proposant de me faire voir « les beautés de la ville ». Il faut avoir un peu parcouru le Midi pour connaître toute la portée de cette hypocrite proposition. Vous croyez que l’aimable résident se fait guide par bonté d’âme. Détrompez-vous; il n’a rien à faire, il s’ennuie horriblement, il a besoin de vous pour amuser, pour le distraire, pour « lui faire la conversation »; mais il ne vous montrera rien que vous n’eussiez trouvé du premier coup : même il ne connaît point sa ville, il n’a pas d’idée de ce qui s’y passe; il cherche un but de promenade et un moyen de vous ennuyer de ses remarques et de s’amuser des vôtres. D'ailleurs, qu'est-ce qu’une belle perspective, un monument, un détail curieux, sans le hasard, sans l’imprévu ?
Un préjugé des Européens du Caire, c’est de ne pouvoir faire dix pas sans monter sur un âne escorté d’un ânier. Les ânes sont fort beaux, j’en conviens, trottent et galopent à merveille; l’ânier vous sert de cavasse 1 et fait écarter la foule en criant : Ha ! ba ! iniglac ! smalac | ce qui veut dire à droite ! à gauche ! Les femmes ayant l'oreille ou la tête
lus dure que les autres passants, l’ânier crie à tout moment : La bent ! (hé ! femme !) d’un ton impérieux qui fait bien sentir la supériorité du sexe masculin.