‹ Gerard De NervalChapitre 55 sur 319 · Garde du corps · texte numérisé non relu

Garde du corps

européen étale ses produits les plus brillants. C’est une sorte de bazar où se termine le quartier franc. Nous tournons à droite, puis à gauche, au milieu d’une foule toujours croissante; nous suivons une longue rue très régulière, qui offre à la curiosité, de loin en loin, des mosquées, des fontaines, un couvent de derviches, et tout un bazar de quincaillerie et de porcelaine anglaise 1, Puis, après mille détours, la voie devient plus silencieuse, plus poudreuse, plus déserte; les mosquées tombent en ruine, les maisons s’écroulent çà et là, le bruit et le tumulte ne se reproduisent plus que sous la forme d’une bande de chiens criards, acharnés après nos ânes, et poursuivant surtout nos affreux vêtements noirs d'Europe. Heureusement nous passons sous une porte, nous changeons de quartier, et ces animaux s'arrêtent en grognant aux limites extrêmes de leurs possessions. Toute à la ville est partagée en cinquante-trois quartiers entourés de murailles, dont plusieurs appartiennent aux nations cophte, grecque, turque, juive et française. Les chiens eux-mêmes, qui pullulent en paix dans la ville sans appartenir à personne, reconnaissent ces divisions, et ne se hasarderaient pas audelà sans danger. Une nouvelle escorte canine remplace bientôt celle qui nous à quittés, et nous conduit jusqu’aux casins ? situés sur le bord d’un canal qui traverse le Caire, et qu’on appelle le Ca/isb.

Nous voici dans une espèce de faubourg séparé par le canal des principaux quartiers de la ville: des cafés ou casinos nombreux bordent la rive intérieure, tandis que l’autre ae un assez large boulevard égayé de quelques palmiers poudreux. L'eau du canal est verte et quelque peu stagnante; mais une longue suite de berceaux et de treillages festonnés de vignes et de lianes, servant d’arrière-salle aux cafés, présente un coup d’œil

1. La livraison du 1$ novembre 1849 de L’ Artiste contenait une gravure représentant Une rue du Caire et accompagnée de ces lignes : € Ab ! si Gérard était là, comme il vous conduirait avec un fil d’or dans les détours et les mystères de cette rue ! C’est son affaire et non la mienne. Il s’est emparé du Caire, des femmes du Caire, des monuments du Caire, du soleil du Caire. Autrefois c’étaient les soldats qui Drenaïent une ville d'assaut et y passaient une saison, aujourd’hui ce sont les écrivains. Qui est-ce qui règne au Caire, si ce n’est Gérard de Nerval ? »

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