‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 116 sur 229 · Aurélia, I, ch. ix · texte numérisé non relu

Aurélia, I, ch. ix

quième acte est fini. Je compte que tout sera traduit le 20 sans faute. Mais nous aurons à faire ensemble pour les coupures et pour certains rabibochages. 1 2 »

On sait que celte pièce ne fut jouée qu’après la mort de Gérard, le 28 juillet 1855, non sans avoir été élaguée, condensée et réduite à trois actes, au lieu de cinq. Elle n’eut, d’ailleurs, qu’une dizaine de représentations.

Peu après, Gérard ressentait ces lourdeurs de tête qui, au cours de l’hiver de 1851, alarmèrent vivement ses amis. Il se trouvait, dit Georges Bell, chez Eugène de Stadler, un soir qu’on jouait encore V Imagier, e t les douleurs qu’il ressentit furent telles qu’on craignit pour sa vie. La décision de Marc Fournier, qu’il venait d’apprendre, et l’accès de désespoir dont a parlé Méry n’y furent pas sans doute étrangers.

Gérard s’était pris d’une affection très vive pour Stadler, qui, de son côté, lui témoignaitune admiration et un dévouement sans bornes. La sollicitude de cet ami ne se démentit pas un instant, même aux heures où les autres parurent oublier celui qu’ils croyaient privé de raison. De ses consolations, de sa présence attentive, de sa bourse même, il sut l’aider et le soutenir, lui faire accepter des avances que la délicatesse de Gérard se fût refusée à solliciter. Mais aussi combien celui-ci s’ingéniait à montrer à Stadler sa gratitude! Voici en quels termes il le recommandait à Iloussaye, pour la lecture du Bois de Daphné, deux actes en vers, que Stadler désirait soumettre au comité des Français (72) :

« Mon cher Houssaye, avez-vous lu la pièce de Stadler? Je la trouve très remarquable. Je pense qu’au moins elle pourrait être lue et je m’en chargerais au besoin. C’est une étude remarquable de la décadence romaine. Le vent est encore à ces exhumations, mais Stadler est un homme de cœur et un poète. — Lisez un peu... Je retourne dans le Valois pour continuer l'Abbé de Bucquog et revoir Soissons et Laon d’où nous sommes originaires tous deux, — moi du côté de ma mère. Je crois fermement que cela explique les relations et les sympathies. Je suis celui qui vous doit de l’amitié surtout et qui voudrait vous en rendre. Je suis fâché de ne pas faire le feuilleton demain à cause de Sapho. Cela se retrouvera. Lisez les deux actes de Stadler. Votre ami: Gérard.-»

Page 1