SONNET
11 a vécu tantôt gai comme un sansonnet,
Tour à tour amoureux insoucieux et tendre,
Tantôt sombre et rêveur comme un triste Clitandre.
Un jour il entendit qu’à sa porte on sonnait.
C’était la Mort ! Alors il la pria d’attendre Qu’il eût posé le point à son dernier sonnet ;
Et puis, sans s’émouvoir, il s’en alla s’étendre Au fond du coffre froid où son corps frissonnait.
Il était paresseux, à ce que dit l’histoire,
Il laissait trop sécher l’encre dans l’écritoire.
Il voulait tout savoir mais il n’a rien connu.
Et quand vint le moment, où, las de cette vie,
Un soir d’hiver, enfin l’âme lui fut ravie,
Il s’en alla disant : Pourquoi suis-je venu?
«Adieu, Madame, puisse ma lettre vous trouver joyeuse et contente ! Vous êtes jeune, tout est bien pour vous. J’ai la tête bourrelée d’ennuis ; vous me pardonnerez donc cette lettre, qui, pour vous, n’a sans doute pas sa raison d’être ! Prenez-la comme une énigme, et, si vous en trouvez le mot, répondez-moi que vous daignez agréer les vœux sincères que je fais pour votre bonheur. Votre dévoué serviteur : Gérard de Nerval. 1 2 »
De cette lettre et de ces vers on ignore la destinataire : mais n’y reconnaît-on pas le ton et la grâce attristée de la lettre à la princesse de Solms? a et n’est-ce pas à la gentille fée, qu’il associait naguère à sa bienfaisance, qu’il propose maintenant l’énigme dont il livrera tout à l’heure le tragique . secret?
1. Publ. par le Vle de Tresserve ( Nouvelle Revue Internat., mai 1897).