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Le même prélude mortuaire ne résonne-t-il pas encore, dans ce fragment d’une poésie inédite, dont le dernier vers, tracé en plus gros caractères, accentue si résolument la signification :
Quand un vent parfumé nous apporte en sa plainte Quelques sons affaiblis d’une ancienne complainte,
O les feux du couchant vermeil, capricieux Montent comme un chemin splendide vers les cieux.
Il semble que Dieu dise à mon âme souffrante :
Quitte le monde impur, la foule indifférente,
Suis d’un pas assuré cette route qui luit,
Et viens à moi, mon fils — et n'attends pas la nuit. 1
Il ne lui reste plus qu’à terminer le livre de son agonie, qu’à en écrire la partie la plus funèbre, cet appel sanglotant à l’ombre d’Eurydice, une seconde fois perdue... Que dire encore de ces pages, dont on chercherait vainement ailleurs l’accent d’outre-terre? Car nul écrivain, même entre les adeptes de l’occulte et les évocateurs de l’invisible, n’est apte à produire pareille intensité d’émotion. Ni les Mémorables de Swedenborg, ni les rêves opiacés de Quincey, ni les sataniques figures d’ Hoffmann, ni les macabres évocations de Poë ne nous éloignent du réel à ce degré. En ces outrances de la pensée et cette recherche du singulier, nous sentons toujours quelque peu l’opérateur conscient de son effet, le magicien du bizarre, qui dispose, impassible, ses facteurs d’étonnement. Ici, au contraire, l’art ne transparaît plus. C’est l’haleine suspendue que nous pénétrons dans ce domaine du cauchemar et de l’extase : ces phrases, ces mots ont quelque chose d’ailé, de mystérieux, de lointain, comme les paroles qui volettent aux lèvres des mourans, dans le délire et dans l’agonie. Ce sont les confuses images qui se pressent dans le souvenir, aux instans suprêmes où la vie nous délaisse, — fantômes de la jeunesse, de l’amour, de tout ce par quoi nous avons le plus senti, vécu, souffert...
Et toujours repassent, comme de sombres vols de phalènes, les pensées de mort :
« ...La Mort ! — Qu’est-ce donc que la Mort? — se demande-