Page 321. — Aux termes de ce traité, qui est passé
Entre M. Gérard de Nerval, demeurant à Paris, rue des Bons-Enfans, hôtel de Normandie.
Et MM. Michel Lévy frères, — Gérard cède à ceux-ci le droit de publier un volume de nouvelles, dont le titre sera Nouvelles et fantaisies, moyennant la somme de 350 francs, payables 200 francs à la signature, 150 sur le bon à tirer ; plus 100 francs à la mise en vente de chaque édition subséquente.
83. Page 323. — Voici cette lettre, écrite par Gérard au Dr Blanche, le 17 octobre 1854 (publ. par Champfleury, Grandes figures) :
« ...J’ai peut-être plus de protections à faire mouvoir que vous n’en rencontrerez contre moi. Je ne sais si vous avez trois ans ou cinq ans, mais j’en ai plus de sept et j’ai des métaux cachés dans Paris. Si vous avez pour vous-même le Gr.'.O.',, je vous dirai que je m’appelle le frère terrible. Je serais même la sœur terrible au besoin. Appartenant en secret à l’Ordre des Nopses, qui est d’Allemagne, mon rang me permet de jouer cartes sur table... Ditesle à vos chefs, car je ne suppose pas qu’on ait confié les grands secrets à un simple (?) qui devrait me trouver très Respectable (X). Mais je suis assuré que vous êtes plus que cela. Si vous avez le droit de prononcer le mot de... (cela veut dire Mac-Benac et je l’écris à l’orientale), si vous dites Jachin, je dis Boaz, si vous dites Boaz je dis Jehova, ou même Machenac... Mais je vois bien que nous ne faisons que rire... »
On sait avec quel soin le malade rétabli s’efforçait de supprimer ces témoins de son égarement. C’est ainsi qu’il écrivait à Dumas (lettre sans date publiée par A. Houssaye, dans le Livre, 1883) : « Mon cher, Dumas, je vous prie de me rendre un service : c’est de ne pas insérer dans votre journal, ou de détruire même les plaisanteries que j’ai dictées ou écrites à votre bureau... J’ai à garder pure la gloire de mon nom... »
Dans une autre lettre du 4 décembre 1853 (Catal. Charavay, vente du 6 mai 1878), Gérard, en priant Dumas de réclamer à F. Wey la copie remise à (^jlui-ci et de l’insérer dans son journal, lui demande encore de ne pas publier les lettres qu’il a écrites sous l’influence de la maladie.
Touchant les rapports de Gérard et de Dumas, nous devons citer ici un fragment d’autographe de Gérard (sans date, vers 1852), contenant, sous forme de consultation sur le duel, ce passage curieux : « Si votre ami a été outragé par un ami, doit-il se battre? » Il n’a consulté ni Dumas, ni Bazancourt ; mais il rappelle qu’il a failli se battre en duel avec Alexandre Dumas
ADDITIONS ET NOTES
à propos d’une maîtresse, vers 1835. Dumas, sans faire allusion au dilïérend, le mena dans un tir, fit mouche à tout coup, cassa six boules de verre dansant sur un jet d’eau, tandis que Gérard manquait le but. « En revenant, j’étais furieux; je comprenais l’apologue et je me disais : Au fait, commentse débarrasser de ce colosse? Le frapper par derrière ne serait pas loyal... Peut-être n’cst-il pas aussi fort à l’épée ; mais il a de si grandes jambes et de si grands brasl... Soyons prudent et évitons toute possibilité de duel. » (N° 38, cat vente d’autog., 8 juin 1889, Charavay expert.)
84. Page 325. — - Voici cette lettre qu’ Arsène Houssaye a publiée dans ses Confessions, t. I, et qui certainement fut écrite sous les mêmes influences de délire : « Mon pauvre cher Houssaye, je n’étais pas là quand vous êtes venu. Vous aurez été bien content toutefois de me voir sorti. Aujourd’hui, je vais plus loin, demain sans doute j’irai voir Janin. Dites-lui ce qu’il faut. Il n’y a pas besoin de le remercier. — Je suis fol. — Je lui porterai bonheur et je lui apprendrai à faire de l’or. Voilà tout. — Mais c’est si ennuyeux qu’il n’en aura pas la patience; il aimera mieux le recevoir tout fait du bon Dieu. — A propos, il y en a un quelque part — dans un coucou ; — il y en a même peut-être plusieurs. — J’en ai eu peur. Mais vous allez croire, mon pauvre et bon ami, que je suis encore malade, comme disaient les Grecs 1 Janin a bien compris — pas tout — • mais il sait ou saura tout. Venez me voir ce soir, si vous pouvez, ou demain matin. Celui qui fut GÉRARD et qui l’est encore ; yép aç ; gloire, honneur, récompense (pour vous tous ! et toutes). »
84'. P. 339. Voir ci-après, page 384.
85. Page 347. — Dans un article publié dans la Revue fanlaisiste, nos 3 et 4, août-novembre 1861, Asselineau raconte un peu différemment la dernière visite que lui fit Gérard. Celui-ci serait venu le trouver le 21 ou le 22 janvier, sans paletot et sans chapeau, ayant abandonné depuis une quinzaine de jours sa chambre de la rue des Bons-Enfans. Il attendait, pour reprendre un domicile, que la Porte-Saint-Martin donnât la Belle Gabrielle, à laquelle il collaborait avec Maquet, — et que celui-ci acheva seul. Au bout de deux ou trois heures, il le quitta pour aller travailler dans un cabinet de lecture. Asselineau lui remit sa carte de visite et dut à la présence de cette carte, trouvée dans les poches de Gérard, le 26 janvier, d’être le premier averti de sa mort, par cet avis : « Prière à M. Asselineau de passer à la Morgue pour reconnaître un corps, que l’on croit être celui de M. Gérard Labrunie de Nerval, homme de lettres ».
Privât d’Anglemont a fait, de son côté, un récit de la dernière journée de Gérard de Nerval, peu concordant avec les autres témoignages. Il dit avoir dîné avec Gérard et « le père Coupe-Toujours, le marchand de galette ». Après le café, Gérard voulut payer une tournée, mais n’ayant plus d’argent, il emprunta une pièce de deux francs au père la Galette. Les consommations payées, il restait à Gérard f fr. 35. Après avoir flâné avec ses deux compagnons sur le boulevard, près de la porte Saint-Martin, il acheta deux gravures, un Socrate buvant la ciguë et une Bacchante, à un marchand installé sur le trottoir. Il ne lui restait plus que 65 centimes, lorsque, parvenu à la Madeleine, il quitta Privât, pour se rendre à pied à Saint-Germain, où il devait coucher chez un ami. Le mauvais temps le fit rebrousser chemin et il alla finir sa nuit dans le quartier de l’LIôtel de Ville. Privât ne le revit que le lendemain sur les dalles de la Morgue. Jules Levallois a narré différemment, dans ses Souvenirs, la rencontre de Privât d’Anglemont, qu’il place à la sortie de l’Odéon, puis chez un boulanger de la rue Dauphine. >
86. Page 348. — - Edmond Texier, dont le témoignage tardif s’est produit pour la première fois en 1883, insiste sur l’attrait qu’exerçait sur Gérard le corbeau de la rue « de la Lanterne » (sic) : il en parlait sans cesse et prétendait qu’il avait appartenu à la Reine de Saba. Il ne se passait pas de jour
APPENDICE
84' P. 339. Extrait des A
Médecin-Inspecteur : Docteur Dev
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