‹ Gerard de Rovssillon. S'ensvyt l'hystoire de monseignevr Gerard de Rovssillon, iadis dvc et conte de Bovrgongne et d'AcqvitaineChapitre 17 sur 21 · CHAPITRE ÎI · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÎI

jLçénemens qui ont précédé le 8 juin 1 8 1 7.

Il devint bientôt remarquable pour les yeux les moins clairvoyants, que de secrets émissaires répandaient sans cesse de faux bruits, des nouvelles alarmantes. Cesbruitsgrossissaient, sedénaturaient en passant de bouche en boéche,et, dans leurs rapides progrès , étaient à peine reconnaissables le soir, aux yeux de ceux-là mènaes qui les avaient semés le matin. Ces bruits étaient évid-emment destinés à montrer une apparence d'agitation qui semblait accuser la marche du gouvernement, menacer sa sécurité, et entretenir dans fesprit des mécontents

que l'ûrJonnance n'avait point ra/nencs , ôiVfjue d'autres circonstances avaient luit naître , une fermentation qu'on se réservait de mettre à profit.

Au moment où ces agitations commençaient , on créait à Lyon une institution toute nouvelle , une sorte d'autorité civile unie dans les mêmes personnes à la force des armes , en un mot , une police militaire. Son organisation fut , pendant quelque temps un mystère , mais son existence ne tarda pas a être révélée.

Le but (le cette création illégale et d'un genre si menaçant , étaif-il bien d'accord avec l'esprit du gouvernement ? Ce qu'il y a de certain , c'est que j'eus bientôt lieu de m'assurer qu'elle marchait en opposition avec la police civile.

Elle ne fut d'abord que turbulente : elle m'accablait de notes et de dénonciations vagues que j'étais obligé de transmettre au gouvernement , et qui paraissaient n'être destinées qu'à fiire naître des inquiétudes. Bientôt son zèle se signala par des atteintes plus graves portées au repos des citoyens. On la voyait, sur les plus frivoles indices, agir ellemême isolément; se livrer, à toute heure de la nuit et du jour, à des visites domiciliaires, et même exécuter des arrestations, sans aucune autorisation que celle de ses chefs. A côté de ces actes arbiralrcSjOn remarcjuait des mouvements de troupes, de bruyantes palroullîes , et l'on était tenté de se demander si de tels moyens étaient imaginés pour calmer le» esprits , ou pour semer l'agitation.

Maigre tant de mouvements et crefibrls , Celle police ne pouvait encore se vanter d'avoir fait une seule découverte de quelque importance , lorsqu'au mois d'octobre 1816 elle parut appelée à jouer un ^:-ôle [)lus remarquable.

C'est à cette époque qu'elle signala celle prétendue conspiration, dont par'e le généi'al Ganuel dans sa réponse au colonel Fabvier (i), et qu'il cite comme une chose très-sérieuse ; la même dont parle M. Robert dans une brochure du mois de décembre dernier (2). Cet écrivain, qui défend le général Canuel avec tant de chaleur , cherche à lier cette conspiration aux événemens du 8 juin» Je suis loin de désavouer qu'il n'y ait eu des rapports très-positifs entre les deux complots ; je reconnais avec lui que la conspiration fut tramée à l'une et à l'autre époque par les mêmes mains , dans le même but , et que la première , comme il le dit, ïi'avait été qu ajournée. Je consens à ce que ces données servent à apprécier les mouvements du 8 juin ; mais je n'y vois qu'une raison de plus de chercher à bien fixer l'opinion sur les véritables caractères de celui du 22 octobre précédent , et i'espère que le public y trouvera l'excuse des détails que je me crois obligé de mettre sous ses yeux.

Les manœuvres que je viens de signaler, prirent plus d'intensité au moment des élections. Des émis-

(i) Page 57 et suiv- (2) Page 164 et sin^»

( '9 ) Baîres furPnt envoyés dans les déparicmcnts; Lyon

nit le sien, un comité fut formé et rien ne fut oublié pour tourmenter l'opinion et conquérir les électeurs. Nos i^énéraux affectaient de vives inquiétudes , ils demandèrent une conférence j elle eut lieu le 4 octobre 1816 cbez M. le Préfet. ( C'était précisément le jour où se réunissait le collège électoral , pour procéder aux élections. ) A celte époque j'avais des entretiens plus ou moins fréquents chez ce magistrat avec les chefs de fautorité miK* taire, mais nous n'avions point encore cesconféren-* ces périodiques, dont parle M. Canuel , et qui ne furent établies qu'au mois de mars suivant, sur ma propre demande.

Je trouvai réunis cbez M, de Chabrol le général Canuel et M. le maréchal-de-camp Maringonné , qui commandait le département. J'y rencontrai encoi'e M. Defargue^ , maire , et M. Godinot , premier adjoint municipal.

Les deux généraux })résentèrent un rapport ainsi conçu : « Une agitation extraordinaire se >î manifeste dans les campagnes des environs de » Lyon. On dit qu'il sera mis des droits extraor- » dinaires sur les pommes de terre et les autres y> denrées qui servent de nourriture aux paysans,

» On leur fait croire que les troupes qui sont à « Lyon sont peu nombreuses , et que le moment » est favorable pour secouer le joug

» Un complot est dit-on , formé ; le chef est » un nommé Blanchet, de Valence j on ne sait pas

» le Dom qu'il porte à Lyon, il liablle une maison » à deux pavillons ([non aperçoit du pLin de Vaise, w sur le revers <\e la monlapiTie de Fourvlères Les » fenèlres en sont tonjour/S fermées , quoiqu'elle » soit balîitée.

« îiO j>rojet des conspirateurs est de mrltre le )•> feu dans plusieurs endroits de la ville , et de se » porter ensuite sur les prisons, pour délivrer les îV coquins qu'elles renferment. Ils doivent niassa- » (reries prêtres et les royalistes, et proçlamerpour -i) souverain le fils de Bonaparte. On assure que, dans « la nuit deliîndi à niardi, on a transporté cent fusils :» dans la maison Plron , et autant dans une mal- » son des Crotenux. On assure qu'il en a été dé- » harqué la nuit dernière ( du 2 au 3 octobre ) 5) cinq cents , venns par le Rhône; qu'une partie » est déposée au\ Broteaux et une à rObserrance , » dans la petite maison qai porte le n.° 2 , joii^nant » les Cordelicrs.

• î) Les maisons oii se tiennent les chefs sont V fermées , comme si elles n'étaient pas habitées , >î et on V eîiUe ]^ar des poiics de derrière et par )) di's chemins détournés. Un grand nombre de » pauvres font leuis commissions , et quelques femv> mes placées à des fenêtres élevées font senlinelie » jour et nuit , pour voir ce qui se passe autour. On » dit qu'ils ont de petites pièces de canon et des yi munitions. L'événement doit avoir lieu avant la )) iin de la semaine. Dans la maison de Grange- » blanche , il y a du monde de caché. Le chevalier

» (le la Chnux est de ce pnrli. Les cojijiirés disent » qu'ils ne redoutent riou. de la police, f{ull< s favorise.

» Daiilres rapports annoncent que le S.' Combe, » r\- lieutenant de hx garde de l^onapnrfe pendant »j les cent jours , qui haliite MontLrison , a l'ait plu- » sieurs vova^es à Lyon , et qu'il est à la tête d'un w parti qui doit faire un mouvement dans le dc- » partcment de la Loire et les montagnes de l'Au- » vergnc.

» Le colonel Legrand , qui habite à Pont-dc- » Vaux , entretient une coreëpondance très-active y> avec Miller y , village de ce département , où il » a beaucoup de partisans. »

L'invraisemblance des faits supposés élait si grande , le silence absolu de tous mes agents sur dcscboses -aussi dillicilcsà cacher, si extraordinaire, que je dus ajouter peu de confiance à ce répit.

Mais il élait de mon devoir de vérifier les faits , avant d'arrêter mon ojiinion. Pour diriger plus sûrement mes recherches , je priai les deux génjéraux de me mettre en rapport avec les auteurs de ces étonnantes révélations: ils s'y refusèrent, attestant qu'ils n'avaient ni agents , ni emp/oy/s ; qu'ils n'étaient instruits que par les avis officieux de quel* ques amis -{ilés du roi , qui ne voulaient pas être connus , et dont ils ne pouvaient pas trahir la confiance. Il fallut donc renoncer à ces secours.

Je ne manquai pas de faire aussitôt observer toute la colline , de faire simultanément visiter toutes les malsons suspectes. Quel fut le résultat de

toutes ces perquisitions ? La preuve que tous les faits consignés au rapport de i\LM. les i^énéraux étaient aussi complètement faux , qu'ils m'avaient paru absurdes.

La maison indiquée, comme devant donner le signal au son d'une cloche, n'avait point de cloche. Les autres maisons , désignées pour répondre au signal par la même voie , n'étaient pas mieux pourvues. Les deux pavillons, où se cachaient les commandants de l'insurrection , étaient inhabités ^ inhabitables et pleins de bois à brûler. Aucun dépôt ; nulle part de munitions , de canons , de fusils. Les malsons même qu'on signalait comme recelant la foudre prête à éclater , et particulièrement la maison Piron à Fourvières , et la maison de Grange-Blanche , étaient habitées par des royalistes très-connus , très-prononcés , très-recommandables. 11 n'y avait donc pas un mot dans toute la révélation qui ne fut une imposture ou une rêverie fi), et je dus rester convaincu que les généraux avaient été au moins les dupes do quelque misérable intrigue.

Le 9 octobre, après avoir épuisé tous les moyens de recherches , je me rendis auprès du général Maringonné, pour l'informer des résultats, et pour

(i) Vojez les obsrrvalions qui furent faites dans le temps , en marge du rapport , et adressées à S. Esc. le ministre do la police , n.** i.*"" des pièces justificatiyes , (ju'on trou~ yeia à \dt. suite de mon Compte rendu.

(23) m entretenir avec lui de notre situation. Il n'Insista pas sur les premières révélations, mais il conr tinua à prétendre qu'il existait en elFet des trames criminelles. Pour m'en convaincre , il me communiqua de nouveaux détails que Je transmis dans le temps à Son Exe. le Ministre de la police gêné-; raie (i).

Il me raconta qu'une fille, dont il ne connaissait ni le nom ni la demeure, avait été décidée par son confesseur à révéler tout ce qu'elle savait. Cette fille prétendait qu'on avait enrôlé , qu'on enrôlait encore sur tous les points de la France ; que des armes étaient préparées j que plusieurs soldats de la garnison avaient pris parti dans cet enrôlement^ qu'on attendait le général des factieux; que le commandant en second était à Lyon , et caché a Fcarvîères cha M. Dugueyt , conseiller à ia cour royale.

A ces mots je l'interrompis , pour lui faire observer que INI. Dugueyt était un magistrat si dévoué au Roi, si connu parla pureté de ses sentiments que ce que l'on disait de lui suffisait pour ôter tout crédit à la prétendue révélation. Je demandai au général s'il avait lui-même vu cette fille. Il me répondit qu'il tenait tous ces détails d'un homme fort respectable, qui avait promis de le conduire le soir même auprès d'elle. Je me présentai le lendemain pour m'informer du résultat de celte con* férence. On m'apprit ({u'elle avait manqué.

(i) Lettre du 12 octobre, a.° 2 des jjiiècss justUicaliv.ei.,

Ccpcntlant les avis et les dénonciations piciivaient de jour en jour.

Le II orlolii'C , le général Canne! m'assurait ïju'un chef d'insurrection s'apprêtait à faire entrer 2od hommes en ville par divers chemins j on cherd)ait, selon lui , à corrompre la troupe ; on vendait de la pondre , etc., etc.

Le i5 , il m'avertit « que les conspirateurs se )) réunissaient à Fourvières au Soleil d'Or, dans i) la maison nedve qui est à côté, et chez un nommé » Dupont, n."* i6 et 17 jet que d'autres assemhlées « se tenaient au fauhourg de Apaise. » Il était difficile de citev des faits plus positifs : et comme , pour mieux attester sa conviction et ses vives inquiétudes, le général faisait faire des visites domiciliaires çà et là , les postes militaires étaient doublés , les patrouilles se multipliaient.

Bientôtlavoix publique raconte que l'autorité militaire tient les fils d une conspiration éjjouvantable , qui a des ramifications dans tout le royaume.

Inquiet alors et alarmé de l'inutilité de mes permières recherchés, je m'empressai d'en faire faire de nouvelles , et de ))lus exactes encore ; mais elles ne furent pas moins inutiles pour me mettre sur les traces du prétendu complot. Je voulus alors essayer encore une fois de remonter à la source des révélations.

Je demandai de nouveau aux deux généraux de me mettre en communication avec leurs indicateurs. L'un et l'autre me répondirent par écrit , comme

f ^5 ) déjà ils l'avaient fait de vive voix , qu'ils n'avaient rÀ agents m employ/s. Ijeiivs \ellvcs sont du i") et du 18 octobre, dates importantes à remarquer.

jNous approchons enfin du dénouement.

Il était à-peu-près huit heures, lorsque, le 22 ocLobre, je reçus du général Maringonné une réquisition écrite de faire arrêter sept personnes qu'il me désignait. Je me rendis chez lui pour prendre connaissance de cette nouvelle affaire, et j'y rencontrai le général Canuel , avec M. Lacove , son chef d'état-major.

J'appris là qu'au moment où la réquisition

m'avait été adressée, elle se trouvait déjà exécutée

•par l'autorité môme qui avait paru réclamer mon

•intervention, que les personnes désignées avaient

été arrêtées dans la nuit par l'ordre des généraux.

Je demandai une conférence chez M. le })réfet j elle eut lieu le même jour. Les deux généraux y présentèrent un nouveau rapport qui se composait de copies de pièces , au nombre de vingt-une. Cette communication tint lieu de toutes explications , et je me hâtai de me retirer pour m'occuper d'une instruction qui se présentait sous un aspect si grave.

Mon premier soin devait être de bien me pénétrer

de toutes les révélations qu'on venait de me mettre

. sous les yeux. J'y reconnus bientôt la source , le

.type de toutes les fables dont l'autorité civile avait

été constamment saturée depuis le commencement

d'octobre.

La première de ces pièces élaît une déclara lîo» faite à rtin des yénéraux par Va fille Lallemant{ i ) , lor même qui avait déjà fourni texle au rapport du 4 octobre ; et ses révélations , avec le secours de (juelques variantes, firent îe sujet de nouvelles noies fournies àl'autorité militaire. Ce sontles 2.*et lO.'" pièces du recueil de pièces placées à la suite de ce mémoire: elles se confondent avec la première.

Quelle était donc cette lîlle ? JNée et élevée dans, la misère , de mœurs au moins douteuses , affectée de vapeurs lijstériques qui l'avaient jetée dans un, état habituel d'aliénation mentale (2J, cette malheureuse était une visionnaire que le zèle aveugle d'un prêtre avait adressée aux généraux comme une nouvelle Jeanne d'Arc , destinée à sauver le Irône et l'état. C'est la même qui avait porté contre M. le conseiller Dugueytune accusation si absurde,, et dont tous l'^s récits avaient été démentis par les pcrquisiîions exactes qui avaient été faites sur les,

(i) Voyez pièces justificatives , d.<> 5. Ou y trouve en marqe de chaque jiiècc les observations qu'elles m'ont paru exiger après reclaircisseraent des faits, et qui furcnE transmises dans le temps à S. Exe. le ministre de la police ge'ne'rale.

(2) Cette fille doit être connue du gouvernement par yne déclaration des dames Fonsala , qui l'avaient retirée quelque temps auprès d'elles par cliarile , et dont le témoignage commande la confiance , comme leurs vertua. fommandcat le r&^peQt

lieux, et dont M. le lieutenant-général Canucl avait connu les résultats.

La 3.^ pièce faisait connaître un autre révélateur de la cons})iration. S il faut en croire celui-ci , se trouvant le mardi 8 octobre sur la place de Louisle-Grand , il fut rencontré par un nojnmé Favier, ci-devant armurier dans un corps de gardes nationales , maintenant sans état , et connu par de mauvais sentiments ; ce Favier se jeta brusquement à sa tète pour lui faire des confidences d'autant plus extraordinaires , qu'elles n'étaient pas provoquées. IS'ous sommes six cents , lui dit- il , tous armés de fusils et de lances , et tout prêts à entrer par Saint- Jusl, sous des chefs qui se feront connaître^ au moment de l'exécution. Favier ne s'arrêta pas «n si beau chemin; le témoin suppose, avec tout autant de vraisemblance , qu'il en reçut aussitôt la proposition de s'enrôler, et la promesse de la croix: de la Légion-d'Honneur.

Celte nouvelle déclaration , ainsi que la première, n'est faite ni au préfet, ni au maire, ni à moi; mais par une préférence c[ui bientôt s'expliquera d'elle-même, à M. le général Maringonné seul.

L'auteur était un nommé Claude Boudoy : il importait de le connaître et de l'entendre. Je le fais aussitôt chercher. Son domicile était à Oullins , commune située à une lieue de Lyon. J'y envoie un commissaire de police. On ne l'y trouve pas 5 mon ônvoyé s'adresse au maire. Celui-ci répond

gne Boiuloy est un être immoral et dangereux ^ un voleur de profession, qui se tenait caché à Lyon dans des tripols , et chez des filles perdues. Le rapport qui a été fait de celte perquisition et de ces détails , doit être dans les cartons du ministère de la .jTolice.

Je faisais continuer la recherche d'un témoin si important , quoique si suspect , lorsqu'un jour il fut arrêté comme prévenu d'avoir volé un fusil.

II résulta de son interrogaloiic que, peu après sa déclaration à M. le général Maringonné, i! était entré comme agent secret au service de ce général, qui affirmait n'avoir ni employé!; ni agents. Placé à Saint-Just pour épier l'arrivée des six cents hommes qu'il avait annoncés , il aperçut dans une vigne un propriétaire qui gardait sa récolte, un fusil sur l'épaule , et le prenant ou feignant de le prendre pour un conspirateur, il s'élança sur lui le pistolet à la main , le désarma , et se hâta d'aller vendie son fusil, hien persuadé que, trop heureux d'en être quitte à ce prix, le i^étendu conspiji'ateur se garderait hien de rompre le silence. Il en arriva autrement. Le volé porta plainte , et Boudoy fut découvert et arrêté, ainsi que je viens de le dire (i). -. Yoilà le second témoin, le second garant de la conspiration que j'avais à constater.

Le troisième témoignage qui s'offrit à mon exa-

(i) Il fat cMiiiite traduit devant les tribunaux , et coudamné comme voleur à uu au de prisoa.

( ^9) men , me parut, au premier abord, beaucoup pltif

grave. Gelait celui d'un sous-oflieier de gendarmerie, le marécbal-des-logis Gautliié, qui s'annonçait comme initié, par l'imprudente confiance des conspiialeuis, à tous les secrets et à tous les progrès tlu eoniplot.

Quel fut mon étonnement lorsque, par l'examen des pièces présentées à l'appui de sa révélation, je reconnus que cet homme était encore un agent Sicrct des deux généraux, un émissaire qui, de son }>roj>re aveu, n'axait agi que d'après leurs ordres et leur avait rendu des comptes qui m'avaient toujours été cacliés (i)!

Je volai auprès du général Maringonné. Eh quoi! lui dis-je , vous m'avez sans cesse dérobé le fil qui eut pu guider ma surveillance et mes recherches , en refusant de me mettre en communication avec vos indicateurs, en déniant de vous servir d'aucun agent, d'aucun employé! c< Ce que j'apprends, me » disiez-vous plus particulièrement encore dans » une lettre du i5 décembre, est l'effet d'une con- » fiance fondée sur la certitude de servir le gouver- )) nement, sans être obligé de paraîue ni devant la

(i) J'ai rlh-nncur , di-^ail-il dans iio prcrmer rapport , de vrius prc venir que, d'après t-"Oi" ordres , je me suis approché du nommé Favicr , etc. J'ai l'honneur de votis rcndie coinpie , disait - il encore dans fi us ses r;»j)ports , etc. , elc. Yoir la {>.*-' pièce du 12.° 5 des pièces justilic.i- ♦ives.

( 3o ) Tè justice , ni devant la police. Il est cîc mon devoii* » d'accueillir ces renseignements , et, la discrélioa « veut que je n'exige pas plus que 1 on ne vent, ou » que l'on peut me donner. 6"/ une seule fais fa vais » abusé de la confiance de ceux qui par \èle ou par » dévouement m'instruisent , nous perdrions pour » jamais cette ressource. »

Que dois-je penser, ajoulal-je, de celle réseive,de cette discrétion , quand votre indicateur était un militaire à vos ordres, obligé par état de tout voir et de tout révéler à la justice, et dont vous ne craignez plus aujourd'hui de trahir la confiance et \e Kcle en livrant ses révélations? Voilà voire lettre ; Voilà les déclarations de votre agent, qu'en ditesvous ? Il me répondit confidentiellement que M. le lieutenant -général Canuel lui avait trh- expressément recommandé le plus grand secret avec moi (r). Le lecteur peut déjà comprendre les motifs de ce mystère. Bientôt les faits les expliqueront plus clairement encore. Pour moi \e n'avais rien à répliquer, et je me hâtai de revenir à l'examen des pièces.

La lecture des divers rapports de Gaulhié me montra hienlôt que, s'il est vrai, comme le prétend au jourd'hui le général Canuel (2), que ce sous-ofTicier n'avait été employé quii vérifier les faits , au moins est-il certain qu'il avait outre-passé les bornes de

(i) Cette réponse est consignée dans ru lettre au ministre, en date du 29 octo'jre 18 16.

(?.) Voir sa réponse à M. FaLvicr, pnge 30-

(3.) fron maiîtlat , et aj^î tout comme si sa mission eût €lé de gai^ner la conllance de Favier, de s'emparer de ses mauvais senliments, en feii^nant de les parta£;cr, de pénclrerdansson intimité, et dans celle des individus qui pouvaient avoir avec lui des liaisons , pour organiser ensuite avec eux , à force de provocations et de mensonges, un simulacre de conspiration. Au reste les propres détails de cette misérable conception suffiraient seuls à montrer qu'elle fut tout entière l\Duvrage du provocateur.

Quel était le nombre et la condition des conspirateurs? Favier est connu; à coté de lui figurait un pauvre logeur nommé Bize ; puis eacorc un ouvrier en soie, nommé Mistralet,- puis enfin un tambour nommé Ccgnct. Voilà les quatre personnages qui devaient, au premier signal, changer la face du royaume !

A quelle époque était fixé ce grand événement ? tantôt au 4» î»" lo, ^lu i5 octobre : tantôt il était subordonné à des engagements avec Marie-Louise; tantôt on n'en devait être instruit que la veille du jour qui serait marqué pour l'exécution. Tel est le résultat de tous les discouis.

Que faisait-onde Bonaparte dans ces grands desseins? On l'attendait; il était à i'iie de Tabaao avec cinq régiments américains, ou bien aux États- Unis, d'où il arrivait dans quinze jours; on bien encore en Egypte, oii il faisait beaucoup de progrès.

Et le but de la conspiration, quel clalt-ii? tous

( 3'. ) les ro-is <]e rEnropc devaient élre extermines ; et

c'était avec le secours des souverains de Bavière , de Saxe, (rEs])ai^ne , d'Italie, avec l'appui qu'on allendait de l'Autriche, qu'on devait se défaire des rois. Les prêtres et les nobles devaient la danser , selon l'expression attribuée à Favier par Boudoy(i); et c'était \ Espagne avec ses grands qui devait aider au grand œuvre de la destruction des nobles et des prêtres î Lorqu'on entend de pareilles extravagances, ne se croirait-on pas transporté aux: Petilesi^îaisons ? Mais ne nous lassons pas , et cbercbons, dans les rapports de l'émissaire , quels étaient les rnovens d'exécution. Il faut en convenir, ils se présentaient sous un aspeet imposant.

7000 hommes à la Guillotîère.

600 hommes, qui devaient déboucher par Saint- Jnst.

(3oo ofiTicIers.

ôoo hommes de la garde royale.

Tous les chasseurs des Pyrénées.

Tous les dragons.

Toutes les autres IrOupes pour ainsi dire.

Toute la population de Villefranehe.

Et cinq généraux Himeux.

Voilà textuellement le résultat des rapports de Gauthié , et de bon compte 10 ou 12,000 conjurés. Etait-il nécessaire de voir figurer parmi eux celte

(f) Pièce 5.« du recueil a.^ 3.

( 33 ) garde royale, ces c]ias<;eurs des Pyrénées , ces dragons , toutes ces troupes si dévouées , pour se demander , une seconde fois , si tous ces récits n'étaient pas l'ouvrage d'un homme en état de démence ? /

Lorsque j'eus entendu les prévenus , comparé les dénonciations , recueilli tous les renseignemens possibles , je fus convaincu que tout se réduisait à des opinions et à des espérances coupables, exprimées par des individus sans moyens et sans ressources. C'est dans ce sens que j'entretins le ministro de cette affaire dans toute ma correspondance.

M. le comte de Chabrol en eut la même opinion; et s'en exprima avec une égale franchise dans une lettre qu'il écrivit au ministre de la police , vers la fin d'octobre , et qu'il me communiqua. Il y disait , autant que ma mémoire peut me le rappeler après un si long intervalle , que, si l'on pouvait faire honneur à un esprit de zèle des premières informations , il n'était pas moins avéré qyxune tactique coupable s'en était emparée pour produire une:, agitation factice , et l'opposer à la marche du mi-' mstère. Il présentait la fille Lallemant comme at-. teinte de folie; il parlait du sous-o'Ficier Gauthié , comme d'un homme qui , au lieu de se borner à rendre compte , avait pris l'initiative et proposé lui-même des enrôle mens , en se disant l'agent d'un parti puissant. Il déclarait enfin que les hommes enrôlés, les projets dénoncés , les canons , n avaient d'existence ^u: dans rimaginfition du gendarme,

Cependant cette afFaîre avait frappé roreille dit ininisière public el éveillé son attention .'M. l'avocatgénéral Chantelaiize , en l'absence de M, le procureur-général, se présenta à moi le 3o octobre, pour me demander des éclairclssemcns.

Il avait peine à se persuader qu'on eut fait tant de bruit pour une conspiration qui n'anrait pas eu quelque apparence de fondement Je mis sous ses yeux toutes les pièces. Il les examina , et demeura hientôt convaincu que tout le complot se réduisait en effet à quelques propos séditieux.

Les tribiiiiaiis: furent investis de l'alTaire, et il est le;npsd'en faire connaître l'issue. M Canoel expose vaguement c[ue l'existence du complot fut reconnue, et donna lieu à des condamnations (i). Voici la vérité.

Une longue et sévère instruction réduisit à sa juste valeur toute celte misérable intrigue.

Les sieurs Alix et Dupont , braves et estimables officiers, qu'on avait impliqués dans l'alTaire, pour essayer de lui donner quelque importance , ne pu rent pas même être atteints par les plus légers indices, et furent rendus à la liberté sans avoir été mis en jugement. Les sept autres prévenus n'avaient jm être traduits que devant le tribunal de police correctionnelle ; et là , trois furent acquittés, et les quatre autres condamnés à quelque temj)s de prison. Encore celte condamnation fut-elle prononcée,

(ï) Page Sg de sa réponse.

ainsi que M. de Chabrol le mandait à S. Exe, le ministre de la police , dans un rapport fju'il eut la bonté de me communiquer , moins par justice que p:ir égard pour ceux qui avaient inventé la conspi-^ ration.

Il ne m'appartient pas de rechercher ici quels étaient les inventeurs dont a voulu parler M. de Chabrol ; ses rapports doivent offrir sur ce point des explications satisfaisanlcs.

Mais, avant de passer à d'autres événements , j'invite le lecteur à ne pas oublier le jugement que portait alors M. le préfet , de ceux dont je viens de rendre compte.

Il importe également de ne pas perdre de vue les circonstances et les véritables caractères de cette prétendue conspiration du 22 octobre , qui avait été présentée au public comme si grave , et comme l'origine et le type des événements du 8 juin.

Les auteurs de ces premières agitations , quels qu'ils fussent , ne furent pas découragés par leur résultat , et ne s'occupèrent que des moyens d'en exciter de nouvelles.

Bientôt leurs efforts parurent redoubler, lorsque le ministère , en proposant la loi des élections, enfc fait un nouveau pas si important dans la route qu'il s'était tracée par l'ordonnance du 5 septembr^. On eût dit que tout ce qui tendait à consolider en France le système représentatif, ne s'offrait à leurs yeux que comme des éléments , ou des prétextes de désordre. Heureusement que l'autorité civile, avertie

(36) par les événements j3récéclents, avait appris à se tenii' en garde contre l'excès (la zèle de certaines cens , et surveillait avec soin des manœuvres dont elle apercevait le danger.

Mais on ne se ferait pas une juste idée des difficultés qu'elle eut à vaincre , des dani^ers qu'il lui fallut conjurer , si on ne plaçait pas sous le même point de vue, et les efforts de la malveillance , et les sujets d'inquiétude plus graves encore , que faisaient naître les rigueurs fle la saison, l'inaction des ouvriers , et la cherté, toujours croissante, des denrées de première nécessité; et cependant, malgré tant de causes d'agitations , grâce au zèle et aux mesures de l'autorité civile, et sur-tout au bon esprit de ce peuple si fort calomnié , long-temps il futimpossihie d'exciter le plus léger désordre parmi tant de malheureux , à-la-fois pressés ])ar leurs souffrances , et provoqués par des agitateurs.

C'était toujours en répandant de faux bruits , défausses alarmes ou de fausses espérances, queces agitateurs cherchaient à remplir leur objet.

Tantôt ils inquiétaient le peuple sur la stabilité du gouvernement, en annonçant comme prochains de grands changements politiques ; on supposait des lettres ; on osait citer de grands personnages ; tantôt on répandait le bruit que la ville et les départements voisins allaient être le théâtre de mouvements séditieux..

Chose étrange et remarquable ! c'était toujours l'autorité militaire qui recevait la première la confidence des projets des factieux.

Quelques jours avant le 25 Jécemhre , les î^cncraux publiaient qu'une insurrection éclaterait ce jour-là. Ils désignaient les hauteurs de Sainl-Just comme le point de réunion et la place d'armes des insulines. Le 2j décembre arriva, et tout fut tranquille fi).

Trois jours après , ils manifestèrent de nouvelles craintes , et en écrivirent même à toutes les autorités. L'événement (2) prouva qu'elles n'étaient pas mieux fondées.

Plus tard ils s'appuyèrent, pour reproduire leurs alarmes, de nouvelles révélations de la part de la misérable qui les avait si mal servis dans le mois d'octobre.

Cette fois elle racontait « qu'il y avait im dépôt » d'armes à Fourvières , qu'elle-même était des- » cendue dans le souterrain qui les renfermait. » La maison fut fouillée en sa présence ; non-seulement elle ne contenait rien de suspect , mais elle ne communiquait avec aucun souterrain.

Je me soumettrais à des détails infinis et fastidieux , si je voulais rendre un compte exact des dénonciations semblables , renouvelées presque chaque jour. Mes lettres au ministre, des i.*'" et

(1) J'ai donne avis de ces bruits, et signale ceux qui les re'pandaicnt , par des lettres au ministre , du 19, du 25 et du a4 décembre 1816.

(2) Ce fait est constate par une lettre que j'écrivis le 29 dc'cembre au ministre.

( 38 j ^4 ievrier , font fol de celles fine Je supprime ici.

II n'est pas jusqu'aux circonstances les plus frivoles qui ne servissent de prétexte.

On brodait sans mystère dans nos ateliers des tissus dont le dessin offrait sur un champ d'abeilles un phénix avec cette devise : Je renais de mes cendres. On parut croire que c'en était fait du royaume; et il fallut, pour rassurer les alaimés , des preuves bien positives que la broderie avait été commandée par le roi d'Haiti.

Vers laiin du mois de février fut arrêté , par mes ordres, un gendarme nommé ?«Iathey. 11 appartenait à la gendarmerie de Paris. Parti au mois de novembre avec un congé d'un mois, au lieu de rentrer dans sa compagnie à l'expiration du congé, il avait parcouru les dé parlements de l'Ain , dti Jura , du Doubs et du Pdiône. Arrivé à Lyon, il ne s'y était occupé que de se mettre en rapport avec des personnes qu'on lui avait désignées comme professant desopinions douteuses , et se présentant à eux comme un oflicier de l'ancienne armée, décoré et privé de solde et de retraite, il leur adressait des propositions coupables. Surpris en flagrant délit et arrêté, il déclara dans son interrogatoire qtie ses démarches avaient pour objet de découvrir des Baonapartistes , afin de les livrer ensuite à l" autorité; et pour donner un gage de |a pureté de ses intentions , il confessa qu'il avait été précédemment empieyé à des opérations par M, le marquis de Blcssay, prévôt du département

( 3o ) de la Seine. Je fis tratluire cet homme devant les -Iribunnux, où son crime fut avéré.

J'ignore parfaitement de qui ce provo-^aleur pouvaitavoir reçu une missionj mais ce <jiii est bien constant, bien positif, c'est que Maliiey ne s'est rendu à Lyon (jue pour faire des dupes , et qu'il possède à un haut degré toute l'astuce nécessaire au rôle infàsne dont il s'était chargé.

C'est aussi dans le mois de février que se répandit de nouveau dans Lyon le bruit de projet, conçu par quelques misérables que d'anciens excès avaient rendus fameux, de former une nouvelle compagnie de Jésus. Un nommé M... P...., connu pour avoir fait partie de celle qui acquit en l'an 3 une si odieuse célébrité, passait pour être à la tête de l'entreprise. Il reçi^t de moi l'ordre de s'éloigner de la ville • et bientôt les citoyens ({ui se croyaient menacés virent se dissiper leurs alarmes.

Le mois de mars s'ouvrit par une nouvelle intrigue dont je dois rendre compte.

Dans ce temps-là, le général Donadîeu , qui commandait alors à Grenoble, ne cessait d'occuper l'attention publique par des mesures militaires dont on ne pouvait démêler le but. Les troupes stationnées dans sa division étaient sans cesse en mouvemenl. Le jour, la nuit, étaient témoins de marches et contre-marches fréquentes. On assurait que Valence était mise en défense, comme si cette placeeii t été menacée d'un siège.

(jo) Je m'empressai d'écrire à M. le commissairegénéral de police à Grenoble. Il me répondit ^uon devait être sans inquiétude sur le département de risère j qiLon faisait courir sur Lyon les mêmes bruits qui circulaient sur Grenoble.

C'est à cette époque qu'un nommé Gacon, adjudant-major de la garde nationale du faubourg de la Guillotière , se présenta comme ayant 'reçu de Grenoble une lettre où il était question d'étrangers réunis dans cette ville , pour y établir un centre de correspondance et de manœuvres factieuses. Cette lettre fut déposée entre les mains du maire. Peu de jours après , Gacon en communiqua une seconde, venue de la même source. On y lisait « que >) les compagnons du devoir s'augmentaient tous Y> les jours; qu'on espérait ne pas tarder à agir; y> que le patron s'était rendu à Romans pour pres- » ser le recrutement. » Ni l'une ni l'autre n'étaient signées ; mais Gacon affirmait qu'elles étalent louvrage d'un sieur Herbin , ancien militaire domicilié à Lyon, et qu'il supposait alors à Grenoble.

Gacon est envoyé dans cette dernière ville par le maire de la Guillotière, avec la mission d'approcber Herbin , et de pénétrer, par lui , dans les secrets de la prétendue association. A son arrivée , il évita de se présenter à M. le commissaire-général de police, et ce magistrat ne parvint à le voir qu'après les demandes réitérées qu'il adressa à ce sujet à M. le

préfet. Gacon apprit alors à M. le co nirrii s «; ni regénéral qu'il avait reçu l'ordre de ne faire des rapports qu'au général Donadicu et à M. le piéfet Bertliier.

Cet homme resta long-temps à Grenoble et n'y fit aucune découverte ; mais , dnrs riiitervûl!'^; , la police civile acquit la certitude qu'lîcibin n'avait point écrit , et que, depuis plusieurs mois, il demeurait à Paris.

Je fis arrêter Gacon comme coupable d'avoir répandu des bruits alarmants, et le traduisis devant les tribunaux; ils ne trouvèrent pas de preuves suffisantes pour le condamner. IMais je laisse à juger au public si l'intrigue dont je viens de rendre compte avait d'autre objet que d'ajouter aux agitations factices de la ville de Lyon , en cherchant à les lier aux prétendus troubles du déparfcraent de l'Lsère.

A peine cette misérable teui.ïlive se Irouvait-elle déjouée, qu'il fallut s'occuper dune art[re.

Nous étions arrivés aux premiers joi'.rs du mois de mars.

Les bruits sans cesse renouvelés d'une inévitable révolution dans le gouvernement, le manque de travail, la misère toujours croissante, tout concourait à disposer plus que jamais les espiits faibles à recevoir de funestes impressions. Des misérables s'emparèrent de ces circonstances pour le succès de leurs manœuvres.

Dès la fin du mois de février, j'avais été informé

que des enrôlements avalent été proposés à quelques ouvriers sans travail.

Je lis faire les recherches les plus actives, et un nommé Ghambouvet fut arrêté; c'était un ouvrier âgé de 24 ans, ennemi du travail , sans ressources, sans pain , et d'un esprit fort ardent.

Son arrestation suffit pour faire cesser tous le? bruits d'enrôlements. Cet homme, interrogé, prétendît qu'ayant rencontré par hasard , sur la place de Bellecourl , un individu qui se. fit connaître à lui sous le nom. de Paul, celui - ci lui proposa d'enrôler pour la République , et lui remit dix écus pour commencer ; quil avait pris en conséquence le nom de quelques ouvriers , sans leur rien donner > ni rien, leur promettre , et ces noms se trouvaient en effet inscrits sur un carnet dont il était porteur..

Le prétendu Paul ne tarda pas à être arrêté. Le vrai nom de cet homme était Louis - Philippe David, natif de Paris, gendarme licencié du département du Rhône. Je fis également arrêter un assez grand nomln-e d'individus qui avaient eu des: rapports avec Ghambouvet. La confrontation de ce dernier avec David , combinée avec les déclarations de plusieurs autres prévenus, constata que ces deux hommes avaient profité de leurs manœuvres pour escroquer de l'argent; ils fabriquaient des commissions pour divers emplois, toutes écrites par David. Ils recevaient et parlagaient l'argent des insensés qui se croyaient appelés aux honneurset aux places.

Mais ils n'étaient pas les seuls coupables de ces perlides manœuvres. A cùlé d'eux , mes agents avaient surj^ris et saisi un nommé Brunet , qui travaillait avec non moins, d'ardeur qu'eux-mêmes à faire des dupes. A peine cet homme éfnil-il arrêté, que M. de la Colombe, adjudant de place, vint en personne le réclamer , comme agent secret de Li police militaire. J'exigeai une demande par écrit ; elle me fnt adressée , et iirunet fut mis en liberté. M. de la Colombe me promit alors de ne plus employer un instrument aussi dangereux. INous n aurons que trop loccasion de nous assurer que ce misérale n'est sorti de prison que pour se livrer aux mêmes manœuvres, et sous la mênje direction.

Au reste, l'afTilre dans laquelle il venait de jouer un rôle, ne parut se présenter quecomme un plan d'escroquerie. Telle fut l'opinion qu'en conçurent M. le procureur du roi et M. le Juge d'instruction ; et M. de Chabrol lui-même disait à cette époque ce qu'il répète aujourd'hui : « Que c était i) une véritable conspiration de canaille, w

L'affaire fut renvoyée à la police correctionnelle. Mais, après les événements du 8 juin , le complot de Chambouvet , si méprisé jusqu'alors , parut s'agrandir de toute l'importance qu'on attachait aux mouvements de cette funeste journée.

Ici je m'arrête , pour ne''|X9)int anticiper sur les détails de cette époque à laquelle se lie le jugement de Chambouvet et de ses complices.

Je dirai seulement que , dans ses nombreux interrogatoires , ce prévenu avait compromis , par ses prétendues révélations, trois des principaux fabricants de Lyon , et qui bonorent le plus son industrie. Bientôt la fausseté des faits qu'il leur imputait , fut matériellement démontrée ; et Cbambouvet lui-même réduit à les démentir. Il alla plus loin encore lors de son jugemement , et déclara luimême , dans les débats , n'avoii* joué que le rôle d'un agent provocateur.

Ses aveux ne nous ont point fait connaître par qui il avait été pousséàces provocations; ileslprobable que j'en eusse appris davantage , si l'autorité militaire ne m'eût pas laissé ignorer les rapports qu'elle a dû recevoir sur l'origine et les progrès de la prétendue conspiration , de la part de l'agent Brunet, qui se trouvait au milieu des agitateurs. Malbeureusement ce n'est pas la dernière fois que j'aurai eu lieu de m'étonner et de m'affliger de son extrême discrétion.

Le mois d'avril fut remarquable par deux scènes publiques , qui, dans tout autre temps , auraient eu peu d'importance , mais dont l'esprit de parti s'empara, et qui eurent les suites les plus déplorables: toutes deux ont eu lieu le même jour, et presque à la mêmebeure, et n'ont cependant entre elles aucune liaison.

La première eut pour ibéâtre les Broteaux. Une querelle s'y éleva entre un soldat suisse et un soldat fiançais , l'un et l'autre appartenant à la garnison.

D'autres soldats des deux nations y prirent part. Lé "vln, non moins que le souvenir d'un duel tout récent entre deux autres soldais des deux nations, contribuait à enflammer les esprits. On en vint aux mains, et la garde nationale, qui s'y était portée avec beaucoup de zèle pour rétablir l'ordre , eut , elle-même à soufTiir de l'emportement des deux partis. Cependant la rixe n'eut point d'autres suites ; mais on ne manqua pas de dire qu'elle avait été préparée de longue main par de sourdes menées. Des insensés allaient jusqu'à supposer qu'on avait vu aux Broteaux un rassemblement de 700 bommes armés de pistolets et de bâtons , avec l'entention préméditée de tomber sur les Suisses.

Mais les 700 hommes, les pistolets, les bâtons,' le complot, n'étaient encore qu'une rêverie. D'après les enquêtes que firent les chefs de corps dans leurs régiments respectifs ; d'après toutes les recherches des autorités civiles , et tous les rapports , il fut reconnu que la rixe était purement militaire , telle qu'il en arrive dans toutes les garnisons.

Un agent de police de la Guillotière , excité sans doute par des agitateurs bien coupables , avait osé dénoncer et faire arrêter un sieur Yvrard, négociant, comme moteur du désordre. La calomnie fut reconnue ; elle parut si grossière , si atroce , que l'agent, fut lui-même envoyé en prison par mesure de police.

La scène des Terreaux, bien plnsinnoceîiie encore, eut (les sullcs beaucoup plus fâcheuses.

Des soldats suisses en furent encore le sujet.

Un paysan passait au-devant du poste suisse du pont de la Guillotière. Deux soldats ivres, qui avaient pris querelle , y étaient retenus : des curieux s'étaient groupés auprès du poste 5 le paysan en augmenta le nombre.

La garde veut écarter celte multitude et la repousse brusquement; le paysan ne se retire pas avec assez d'agilité, on l'arrête et on le conduit au poste suisse de l'Hôtel-de-Ville, 11 était cinq heures; c'étaif un jour de dimanche; la place était couverte de promeneurs. Personne ne prend d'abord garde à ce petit événement.

Tout-à-coup on entend quelque bruit du côté de l'Hôtel-de-Ville ; c'était le paysan qui fuyait, et deux militaires suisses qui le poursuivaient d'un peu loin.

Au même instant trois autres soldats suisses, qui se trouvaient sur la place avec un peuple immense, percent la foule , et , par un mouvement de zèle , se précipitent au-devant du fugitif L'un d'eux lire son sabre , et, par un autre mouvement moins convenable , blesse d'un coup de pointe le fugitif qui se rend. Les suisses du poste arrivent à leur tour. Le sergent, transporté de colère, menace de frapper le prisonnier déjà blessé. Cette scène excite de la rumeur. On accourt, selon l'usage, auxfenétres; on se précipite du fond des magasins entrouverts.

L'indlgnalion fait entendre des cris prn mesurés» Cependant les cinq suisses , au milieu de ce Lruit, reconduisent leur captif à l'Hôtel-de-Vilie, sans rencontrer la moindre résistance, et lout est terminé. Ce pelitévénement, au rapport de M. de Chabrol, fjue le liasard en avait rendu témoin , ne dura pas cinq minutes , et aurait dû être aussitôt oublié , comme tant d'autres scènes imprévues, dont une grande ville est souvent le théâtre.

Mais ceux qui depuis si long-temps ne cherchaient qu'à agiter les esprits, s'emparèrent avec avidité de cet événement, et voulurent en faire un grave sujet de recherches et de rigueurs.

Bientôt trois personnes se virent jetées dans les prisons. L'un était un pharmacien, père de dix enfants, le second, un chef de commerce très-estimé et très-nécessaire à sa maison; et le troisième, un jeune homme appartenant à phisieurs familles honorées dans Lyon. Tous furent soumis à une longue instruction , et mis en jugement devant le tribunal (le ])oIice correctionnelle.

Alors s'éleva du sein du ministère public une voix éloquente et courageuse qui , appréciant les hommes et les choses avec une grande franchise, ne craignit point de montrer l'austère vérité au travers des passions qui l'avaient méconnue; de signaler l'inOuence qu'avait eue sur l'accusahon ce même esprit de parti contre lequel je lulie depuis si long-temps, et de faire entendre», au nom du

(48) rcvî et (le la société , des paroles de justice et àe modération. Les nobles sentiments qui respirent dans ce discours, et les circonstances dont il fait foi, ont trop de rapport avec le compte que je rends, pour <ju'ii ne me soit pas permis d'en citer quelques passages : ils m'aideront à remplir, en concourant à la justifier , la tâche que je me suis imposée ; ils moî.lrei'ont, sans que j'aie besoin de citer d'autres exem})les , que je ne suis pas le seul magistrat à Lyon qui ait marché avec fidélité dans la ligne tracée par Sa Majesté.

J\]. Vlncenl-Saint-Bonnet , substitut du procureL;r dr. roi, après avoir discuté l'accusation et les preuves , après avoir reconnu et proclamé que les accusés lui paraissaient irréprochables : « T^e roi , » dit-il , pour aciievcr de justifier les conclusions 5) qu'il prit en leur faveur , le roi est ennemi des » passions ; comme lui, nous n'en servons aucune, » elles ne peuvent rien sur notre esprit.

« Le l'oi nous accorde sa confiance nous ne

» pensons pas la trahir, en repoussant loin de î) nous des insvirat'ons étramylres

a Le roi veut qu'une vigilance constante recher- » elle les délits et les crimes.... Mais le roi sait :> en mênjc temps que pour certains esprits // est )) depuis plusieurs mois une exagération d'inquiétude )) qui multiplie les complots , qui voit partout des » conspirateurs.

a Le roi veut que tous les efforts tendent à rap- » procher les esprits j nous lui obéissons en prou-

(49) ^) vaut à la société tout entière que les magistrats

» restent fermes clans l'accoaiplissement de leurs

» devoirs , qu'ils ne j)articipent point aux exagé-

)i rations d'aucun genre ; quils en tendent sans

» crainte les cris de la multitude, comrne ceux des

\> passions ; qu'ils ne jni»erit point les personnes ,

» niais seulement les dé/às

» Quanta nous , uiessieurs, dans ce Jour solen- » nel , nous ne nous abusons , ni sur l'ensemble de î) toute celte affaire , ni sur chacun de ses détails, » ni Sur les écrits ou les discours qui s'y rapportent » dans cette ville , à Paiis même, peut-êti*fe.

» Nous savons aussi que nous sommes observés; » qu'on doit interpréter et notre discours et nos ft pensées ; que chacun des principes qui nous serj) vent aujourd'hui de guide doit passer au creuset T> dune critique peut-être excessivement sévlre.

» Eh bien ! nous en éprouvons un mouvement » secret de contentement et de joie. Au lieu de re- J") douter l'injustice j, la critique et la partialité j 3ï nous voudrions que cette enceinte pût s'agran- » dir, pour que la multitude des citoyens qui â J5 reçu de fausses et de funestes impressions , apprît )) en ce moment à les rectifier.

)> ^Peu nous importe 4e froisser quelques amours- )> propres , ou de heurter quelques opinions. Nous j) l'avons déjà dit : la crainte, les préventions et » les personnes ne sont rien à nos yeux. La raison » seule nous conduit, la justice seule nous déter- » mine : une voix intérieure nous crie incessam^

(So } )5 ment : Fais ce que dois , advienne que pourra. Vi

Ce discours , prononcé avec dignité devant un public immense , ]>roduisit une vive émotion.

Cependant le jugement ne fut pas conforme aux conclusions : les trois prévenus furent condamnés à un emprisonnement de quinze jours.

ir ne m'appartient point d'apprécier cette décision ,* mais il est de mon sujet d'observer que les m siii es dont on fît usage pour la provoquer, n'étaient pas de nature à rapprocber les esprits.

Au moment où cette affaire s'instruisait , je fis arrêter les auteurs d'une nouvelle intrigue , dirigée par un capitaine de l'ex-garde, nommé Cormeau, officier rayé des contrôles de farmée, sans demisolde et sans retraite , ainsi que tous les officiers revenus de l'île d'Elbe.

Au mois de janvier 1816 , ce militaire était devenu suspect à la police civile, par ses liaisons avec l'un des moteurs du complot qui fut déjoué à celte époque. Je l'avais fait arrêter j mais aucune preuve n'ayant été acquise contre cet homme, il avait été mis en liberté.

Cormeau m'offrit ses services ; il fut employé comme agent secret , soit à Lyon , soit hors de France, et servit bien; mais la nature de ses fonctions ayant enfin été soupçonnée , il me devint impossible de le conserver utilement. Cormeau demanda lui-même à ne plus être employé; il avait alors le projet de former un établissement.

11 me pria d'écrire à Son Exe. le minisire de la

jpolice (îe le recommander au ministre de la giierrc l auquel il s'élait adressé pour obtenir une demi- «oldc ou sa retraite. J'écrivis à cet effet, et fis valoir les bons services de Cormeau, en sa qualité d'agent secret : c'était dans les derniers mois de 1816. Depuis lors j'avais entièrenaent perdu de vue cet officier.

Dans les premiers jours du mois de mai , j'eus connaissance de certaines manœuvres qui menaçaient la tranquillité de la commune de Saint- Lambert. L'un des jirévenus habitait Lyon : quelques propos qui lui échappèrent me mirent bientôt sur la voie , et je reconnus que la direction était donnée par Cormeau. Je fus instruit en même temps que déjà l'on avait réuni des armes et djs la poudre.

Mes soins durent s'appliquer à la recliercbe de ce dépôt et de ceux qui l'avaient établi. Le hasard me conduisit pour aiasi dire par la main.

J'avais placé sous les ordres de M. Vaché , commissaire de police, pour le seconder dans la police ordinaire de sûreté, deux agents secrets qui ne correspondaient qu'avec lui. M. Vaché me prévint un jour de la proposition faite à l'un d'eux par

le nommé Gui , de Lyon, de procurer des

fusils. Mon premier mot fut un refus , dans la crainte qu'on ne se livrât à des provocations semblables à celles dont j'avais eu connaissance. Plus tard on revint à la charge. Je permis de livrer un seul fusil : on le refusa- J'autorisai enfin M.Vaché

(50 à en délivrer cînrj , mais avec les psécautions convenables. Son agent les remit ; un autre agent les suivit ,• ils furent portés à Saint-Rambert chez un sieur Granger.

Je n'attendis pas quon en fit usage pour se livrer à un mouvement. Dès le lendemain , Cormeau, Gr^/i^^r et d'autres prévenus, furent arrêtés. Leurs maisons furent fouillées 3 on trouva chez Oranger quelques cartouches et un petit sac rempli de balles de calibre. On n'y trouva pas les fusils qui avaient été cachés et enfouis dans un jardin voisin , et d'où ils furent , d'après les arrestations , extraits et jetés dans la rivière, au nombre de douze ou quatorze , par la femme de Granger.

Cormeau, interrogé, dit avoir lui-même engagé Granger à se procurer des armes ; avoir en outre fourni à Granger et à Fonrobert des indications pour se procurer des cartouches.

Dans quelles vues leur donnait-il ces conseils ? pour les compromettre , pour les perdre , ajin de les mettre dedans ^ pour les convaincre quils machinaient. C'est encore lui qui en convient ; ce sont les expressions dont il s'est servi dans ses interrogatoires et dans sa défense.

Comment s'y prenait-il pour capter leur confiance ? il faisait le bonapartiste , et s'occupait avec eux de politique : c'est encore lui qui l'a dit.

Ces déclarations au reste sont conformes à celles de Granger. « C'est ipour son malheur, disait celui- » ci, qu'il avait fait la connaissance de Cormeau;

( 55 > Y> que Cormcau lai ayant fait plusieurs fois des •ù propositions qu'il avait rejetées, l'avait enfin déyi. terminé à recevoir des fusils qu'il avait fait nppor-^ )) 1er , et qu'il avait ensuite cacliés dans le jardia » de la veuve Delville, sa voisine; que Corojeau , » en lui parlant de ces fusils , lui avait dit que Us » choses ne pouvaient pas durer plus long - temps y> et quil y aurait des changements-^ cp.ie Cormeau » lui avait remis lui-même une livre de poudre et ». environ 90 balUs pour faire des cartouches. »

Cette révélation est textuellement tirée de l'acted'accusation qui fut portée contre tous cesprévenus le 8 octobre dei'nier.

Voilà les provocations de Cormeau bien avérées. Maintenant qui servait-il ? J'interrogeai Cormeaa le jour même de son arrestation , et non pas à mon. retour de Paris , comme l'annonce trop légèrement le général Canuel dans sa réponse au colonel Fabvier. Il déclara que sa demande au ministre de la guerre ayant été communiquée au général Marmgonné , celui-ci le manda , et qu après lui avoir reproché d avoir servi la police civile de préférence à la police militaire ^ il l'avait chargé de le tenir informé de tout ce qui se passait à Saint-Ramhert , et de ne pas craindre de dire et faire tout ce quil} voudrait pour inspirer plus de confiance aux enne^ mis du gouvernement, Voilà ce que Cormea;j n^a* pas cessé de répéter jusque dans les débats qui ont jîréccdc son jugement. CV>y/ ^ disait - il ^ po«r me

rendre favorahle le général Maringonné , que je m& suis prêté au rôle d'agent provocateur.

Le i^énéral Maringonné, interrogé à Paris le 23 octobre 18 17 par le juge d'instruction , en suite d'une commission rogatoire , déclara qu'il n'avait point dit à Cormeau de faire et dire tout ce quil voudrait pour inspirer plus de confiance aux mécontents ; il avoua cependant lui avoir dit , par forme de conversation , quil lui serait ohigé de le prévenir s il y avait dans cette commune quelque chose de nouveau ; mais que Cormeau ne lui avait point dit du tout que son projet fût pour mieux servir la police , et inspirer plus de confiance aux mécontents , de paraître se ranger de leur parti , de tenir des propos contre le gouvernement , ce quil lui aurait expressément défendu.

Sans doute le général a dit la vérité à la justice; mais alors il faudra hien admettre que Cormeau aura cons'-déré cette forme de conversation comme un mandat sufiisant pour agir; car il paraît bien difficile de croire que cet oflicier, qui avait si bien servi les intérêts du gouvernement sous mes ordres , qui avait mérité les éloges de M. le comte de Laurencin , colonel de la légion du Pdione , lorsqu'il y fut employé, qui sollicitait e-t espérait alors même sa demisolde ou sa iHîtraite, eût saisi cet instant pour conspirer de bonne foi.

Au reste, j'ai fait connaître les faits, et, fidèle à mon système, je laisse au lecteur le soin d'en tirer les conséquences.

M. Canne! (î) semble faire entendre que le dépofc d'armes flécouvert à Saint-Rambert ne se comnosait que tlcsfnsils donnés par mes ordres : insinualion d autant plus extraordinaire dans sa bouche, qu'instruit jour par joiir de toute l'affaire par de continuelles communications existant alors entre nous, il sait qu'il n'a été fourni par mon agent que cinq fusils , sur ^of/:^e ou quatorze dont se composait le dépôt, où se trouvaient en outre des munitions. D'ailleurs, il le sait comme moi, ces armes avaient été délivrées dans la seule vue de découvrir le dépôt où Ton devait les transporter f elles avaient été demandées el non ofîertes ; il sait en outre que dès le lendemain, à l'instant même où j'eus connaissance du dépôt, je fis arrêter les coupables, sans attendre qu'ils se fussent livrés à la plus légère tentative. On ne me reprochera jamais d'avoir employé des agents provocateurs. J'ai eu toujours en horreur une si lâché perfidie, et ma vie administrative, heureusement exempte d'une pareille souillure , peut défier toutes les récriminations.

Telles sont les principales circonstances antérieures aux événements du 8 juin, et qui peuvent aider à les bien juger.

Je ne me prapose pas d'aller au-devant des réflexions qu'elles feront naître ; qu'il m.e soit seulement permis de fixer l'attention du lecteur sur Irois résultats qui me paraissent importants.

On a pu voir en premier lieu si le générât

(,i) Page 54 de sa re'])ouse»

( 56 ) Canuel a <3ît la vérité, lorsque , dans sa réponse ai^ colonel Fabvier, il s'est e*xprimé en ces termes :

a J'affirme qne de tous ces aj^ents qui , suivant )5 M. le colonel Fabvier, parcouraient les villes et >? les canopagnes , aucun n'appartenait à l'autorité » militaire, et que tous aj)partenaient au Lieutey> liant de Police; que les renseignements qui mç » parvenaient à moi Canuel, étaient communiqués y) officieusement par des citoyens honnêtes, et non, >? par des hommes à gfigës. »

Déjà les Gautl\ié , les Gacon , les Brimet , les Cormeau, ont paru sur la scène, pour attester 1(^1 confiance que mérite celte déclaration solennelle ; Jilentôt nous verrons s'élever une foule de témoi,gnai^es nouveaux et plus décisifs encore. Qu'il me soit permis d'en détaclier un seul, pour achever, dès à présent, de résoudre tous les doutes sur ce point: je transcris ici la quittance que m'a déKvréç le général Can lel, à une époque où de tristes succès ne lui per;nettaîent pas sans doute de penser qu'il aurait un jour intérêt à nier ïexcès de :^èlç dont il se vanlalt alors.

ce J'ai reça de M. d;e Sainneville , Licutenant- >? général de Police, la somme de 1200 fr., et). 5) remboursement de pareille somme que j'ai dé- » boursée pour frais de haute police. Dont quit- ». tance. A Lyon, le 2.5 juin 1817. Le Lieutenant- » général commandant la dix-neuvième division , >) Canuel, (i . »,

{}) C'est le i4 j"io, (jue Je gcncral me fit connaître.

(5?) Il est nn second résultat non moins av(^ré; c'est

que l'aiitoriLé militaire a constamment a£;i en aft-

fectant de s'isoicr de lu police civile. Quel que soit

le véintable motif de sa méfiance , elle devient un

fait constant, et qu'il importe de ne pas perdre de

vue.

Enfin on a pu voir, dans toutes les intrigues qui ontsignalé l'époque dont je viens de rendre compte, que les agents de l'autorité militaire , officieux ou salariés, ont constamment été surpris au milieu des agitations, jouant le rôle d'infâmes provocateurs , et que les agents de la police civile n'y ont jamais paru que pour déjouer les complots et arrêter le* coupables.

CHA^riTRE III.

Événements da S juin.

Kous voici arrivés au 8 juin, jour de deuil et de larmes pour le département du Rliône , jour de scandale et de douleur pour la France entière.

qu'il s'était livré à des dépenses de haute police pour des agents secrets , et dont il lui paraissait juste d'être remboursé. Je lui répoudis que j'allais en dcmaudcr l'autorisation au ministre de la police , et c'est après l'avoir obtenue de Son Excellence que j'ai lemis i2yo francs au général Canuel.

(5S) Depuis G jours j'avais (juitté Lyon. Je m'étars; rerulii à Paris , en vertu d'un congé rjui m'avait été accordé dès le mois d'avril précédent, et dont j'avais tardé de faire usage , parce que des intrigues successives, et le besoin de veiller aux subsistances, avaient rendu ma présence nécessaire.

L'arrestatioa de Chambouvet et de sa bande , celle de Gormeau et de ses complices, avaient fait cesser subitement tous les bruits de conspiration j le calme profond dont furent suivies ces mesures, démontrait toujours mieux que ces agitations n'étaient ni graves ni spontanées, et qu'elles n'avaient aucune ramification hors *du cercle étroit des indi^ "vidus mis en œuvre.

D'un autre côté, des moyens certains venaient d'être pris pour assurer, pendant le mois de juin , le service des boulangers , de manière à prévenir toute augmentation dans le prix, du pain jusqu'à la récolte.

Eniin , je ne m'éloignai j>as sans avoir pris toutes les précautions fconv6nables , pour que ma courte absence nuisit le moins possible à l'action de la police. Trois commissaires , éprouvés dans plus d'une occasion, et dont l'activité avait -justilîérna conllance , étaient chargés de se réunir^ d'apprécier en commun leurs rapports respectifs, de rendre compte à IM. le préfet de tout ce qui viendrait à leur connaissance , et d'exécuter &e& ordres.

( 5p ) Les cllfTcrentes autorités de Lyon partageaient alors toute ma sécurité. Le lieutenant-général Canuelne me témoigna pas la plus légère inquiétude, lorsque j'allai prendre congé de Lui ; et M. de Chabrol , bien loin d'appréhender un danger pour la tranquillité publique , me dit, au moment où j'allais monter en voiture , f[ue , si j'avais voulu différer mon départ de quelques jours , il serait parti lui-même pour aller visiter le canal de Givors.

Il est bien vrai que , dès la veille , un rassemblement tumultueux avait eu lieu à la Serrandicre , près de Trévoux, à 5 lieues de Lyon ; mais ce rassemblement insignifiant , d'après M. de Chabrol lui-même, et dispersé aussitôt que formé, selon les expressions du procureur du roi, n'a été connu à Lyon que le 3 au soir : ainsi l'a déclaré le même magistrat dans son acte d'accusation du i3 juin. Au surplus , la correspondance que M. de Chabrol vient de rendre publique , atteste d'une manière irrécusable le calme dont Lyon jouissait au moment de mon départ.

Une lettre du G juin parle de bruits extraordinaires; mais ( ajoute M. de Chabrol ) ils ne datent que de trois jours , et ne sont répandus que dans les campagnes. Or, les campagnes étaient étrangères à mon autorité et à ma surveillance. D'aiilcursM. de Chabrol regarde ces bruits comme semés par des hommes à jui la leçon a été faite : ce sont , à ses yeux , Us mêmes manœuvres déjà signalées ,

( 6o ^ a diverses reprises. Il finit par affirmer que la ville zst calme , et quelle ne lui donne aucune inquiétude.

Le lendemain il écrivait, encore que la ville était parfaitement calme.

Pourtant , après la catastrophe , certaines gens Eç^ont pas manqué de faire de mon absence un prétexte pour diriger contre moi de graves inculpations. Les plus modérés y voyaient une preuve de ma néglig ence , parce que je n'avais pas su découvrir d'avance le complot des factieux D'autres allaient plus loin et s'empressaient de faire crc«re vfu'instruit du complot avant mon départ, je ne m'étais absenté qu'afin de le laisser éclater sans nje compromettre. A cela je réponds : devais-je, pou- Tars-je ignorer les mauvais desseins qu'on formait à la viHe et au dehors , et qui ant ensuite éclaté le 8 juin ? On verra plus lard ce qu'il faut penser de ces desseins. En ce moment j'aborde franchement l'objection , comme si elle s'appliquait à un objet réel , et je dis : en général , tant que les méchants se bornent à réverdes complots, ils peuvent échapper à la plus active surveillance : on ne peut être toujours en tiers parmi eux. L'action de la police De commence qu'au moment où des moyens posi^ tifs d'exécution s'organisent, et que , par des faits ,^ quelconques, on prépare un événement; or , l'on pe peut , je le déclare , me citer une seule trame ainsi déterminée qui ait échappé à mes recherches (Jepuis l'affaire du iG janvier, dont je tenais déjà

( C" ) îcs fils , lorsqu une impûrfallc et Liiisque révéla* lion vint l'obscurcir plutôt que l'éclairer.

Pour celle du 8 juin, je n'étais pas cnargé de la police des campagnes , et il y a peu de justice, ce me semble , à m'adresser une critique qui , fondée ou non , ne pouvait intéresser que le préfet. Je n'ai pas plus à craindre la censure pour ce qui concerne la ville ; il est constant qu'il ne s'y est fait aucun préparatif d'insurrection , et qu'avant mon déj)art on n'y a pas disposé d'ua seul fusil , d'une seule cartouclie. A peine, dans cet immense complot, a-t-on découvert un seulenrôleur , le cordonnier Bitternay, qui, à son tour, pour tout enrôlement , reçut la parole de trois autres misérables, lesquels n'ont embauché personne- Rien ne semblait donc alors menacer la tranquillité de la ville ; et si le feu couvait sons la cendre , les mains qui l'entretenaient ( on le verra tlentôt ) ne devaient pas m'être suspectes.

Du reste , il me sera facile de faire justice de toutes les accusations j il me suffira de laisser parler les faits.

Ma conscience ne me reproche rien : mais, si mon absence ne fut point coupable , je ne puis m'empêcher moi-même de la regarder comme une fatalité que je déplorerai toute ma vie. Convaincu , comme je le suis , que les monvemen^s du 8 juin furent l'ouvrage des mêmes intrigants dont j'avais fti souvent démasqué et déjoué les manœuvres ,

}'ai peine à croire qu'ils eussent élc pins licureiiic dans celles qui ont pivîparé celle falàle journée ; j'ai peine à croire quils lussent parvenus àseiaire de nos calamités un déplorable trionaplie , si je m'étais trouvé sur les lieux , si j'avais été témoin des premières démonstrations de leurs coupables projets. Du moins, je suis certain que la prétendue conspiralîon n'eût jamais eu aucun commencement d'exécution j car il est bien démontré que, pour l'empêcher, il eut suffi de le vouloir. Cette pensée est pour moi une source de regrets amers , de réflexions douloureuses , que n'adoucit pas la certitude de n'avoir point mérité de reproches , et d'a- Toir fait tout ce qui a dépendu de moi pour dimi-^ nuer ou pour réparer le mal que je n'avais pu pré-^ tenir.

C'est le g juin, et par une dépêche télégraphique, q'ue le préfet annonça les événements de la veille. Appelé auprès du ministre, je demeurai immobile d'étonnemenl , lorsqu'il me parla de nombreux rassemblements armés, et d'une grave insurrection qui devait avoir éclaté tout-à-coup dans le département que j'avais laissé, peu de jours auparavant, calme et tranquille. Je sais bien, disais-je à Son F-xc. , qu'il n'est jamais impossible à des factieux de produire une certaine agitation , sur-tout en s'aidant de l'embarras et de la cherté des subsistances ; mais je connaissais le bon esprit de la population de Ljon, et je ne dissimulais point que j'avais peine à

f G3 ) comprendre qu'un mouvement sérieux eut éclaté dans son sein.

A la suite d'une longue conférence , je reçus l'ordre de retourner à Lyon en toute hâte. J'étais venu à Paris pour solliciter de nouveau ma retraite : je ne voulais plus exercer des fonctions aussi ]:énihles et qui usent si proraptement la vie : mais ce n'était pas au mcraent du danger qu'il m'était permis d ijisisler ; j'accou!US à mon poste.

J'arrivai à I^yon dans la matinée du i3 juin. On conçoit avec quel empressement je dus consulter les rap})oi ts qui s'étaient acciuiiulcs dans mes cartons , pendant ma courte absence. Je me livrai tout entier à un examen si important et si

urgent.

Ce qui me frappa, c'est que plusieurs jours avant l'explosion du 8 juin, les apprêts en avaient été annoncés non par des bruits vagues, par des on dit . mais par des déclarations positives, par des avis vfficiels] d'où je concluais qu'il eut été facile de prévenir toute espèce de mouvement.

Plein de cette idée , et sans m'occuper alors des causes , je me rendis le même soir chez M. le préfet, pour lui faire connaître mon arrivée, et la disposition très-sincère où j'étais de le seconder de tout mon pouvoir dans les recherches que prescrivaient les circonstances. Je trouvai auprès de lui M. Canuel et plusieurs autres personnes. On é'enlretenait de, la journée du 8, des mesures prises en CQ:dQ ciiccns-

tance; et, au travers de ces détails, arrivait pour conclusion qu'on avait sauvé Le trône et t Etat.

Jusque-la j'avais écouté en silence et avec une rrande attention; mais, à ces derniers mois, je ne pus me conlenir,et m'énonçantavecplusdevivaeilé peut-être qu'il ne convenait , mais avec toute la franchise de mon caractère : « Sauvi^r k trône et tEtat^ m'écriai-je , est le devoir de tous; mais un autre devoir est d'empêcher, quand on le peut, que le trône et l'Etat ne soient mis en péril. Le mouvement du 8 était connu d'avance ; pouj'cjuoi ne l'a-t-on pas prévenu? » Cette réflexion chagriné me fut arrachée par le pressentiment des malheurs dont mon pays était menacé , et qu'il était si aisé de prévoir. Ma franchise déplut , et mes rapports ultérieurs avec le préfet s'en ressentirent.

Je ne peindrai point la consternation et l'effroi qui régnaient dans Lyon lorsque j'y arrivai. Je ne dirai pas qu'au milieu de la douleur générale , là joie de quelques hommes semblait annoncer lé triomphe et les excès d'un parti , bien plas que lé triomphe et les rigueurs de la justice. Mes yeux ne s'arrêtèrent pas long-temps sur cet affligeant spectacle; je me livrai sans relâche à compléter tous les documents qui devaient m'éclairer sur l'importance et les véritables causes d'un mouvement que j'avais peine à comprendre.

Avait-il en effet existé un vaste complot destiné à renverser le trône et l'État.^ Les autorités

( C5 ) avaient-elles miraculeusement comprimé une insurrection efFrayante , combinée, préparée par les amis de l'ancien ^gouvernement, et qui , après avoir écluté sur quelque point, était près de s'étendre dans tout le département du Rliône , et menaçait le repos de la France entière ? Ou bien cette malheureuse con'.rée n'a-t-e!le été que le théâtre d'une nouvelle joui^lerie politique , et la victime des odieuses co îibinai>on'î que j'avrtis souvent rendues inutiles? Telles étaient les questions dont l'examen importait à ma conscience , au gouvernement, a la justice et a liuimanité.

Je ne tardai point a concevoir les doutes les plus graves sur la réalité de la prétendue conspiration et n'hésitai pas à les faire connaître au gouvernement. Mais ces doutes , l'instruction seule pouvait" les éclaircir et les changer en conviction, en fournissant des preuves positives. Gomme c'était de bonne foi que je cherchais la vérité , je m'empressai de proposer aux diverses autorités défaire cette instruction en commun, de tout scruter de concert et sans prévention : mais cette communauté de travail et d'impartiales recherches ne fut point agréée- Ce fut M. le maire de Lyon qui se chargea exclusivement du soin d'interroger les prévenus.

J'essayai d'obtenir quelques lumières , en interrogeant après lui quelques-uns de ses prisonniers. Ce moyen parut bientôt susceptible de graves inconvénients , et on finit par me refuser toute communication aveu les personnes arrêtées, ju$«

f 66 j qu'an moment où M. le maire aurait terminé sôtt instruction. Je demandai du moins à entendre » à interroger le nommé Barbier, sur lequel roulait tout le système de conspiration; je ne pus pas l'obtenir, et ce prévenu si important, ce chef du comité insurrectionnel, fut soustrait à mon examen.

Une circonstance augmentait les difficultés que je rencontrais, et rjuelquefois mes propres incertitud*^*^ : M. le préfet qui, pendant si long-temps , avaii jugé les choses comme moi-même, paraissait avoir subitement changé d'opinion : l'arrestation de Saint-Uubois , jiorteur de cartouches (i), des rapports plus ou moins alarmants, firent dans les idées de ce magistrat une révolution soudaine , inexplicable ; ce qu'il avait considéré et combattu comme des chimères prit à ses yeux le caractère de la réalité. Cette dernière impression fut si forte , elle subjugua tellement ses esprits, qu'elle le porta à se rallier à ceux qui proclamaient sauveurs de l'Etat les mêmes hommes dont il avait si souvent dénoncé les manoeuvres et la tactique.

Mais ce qui rendait les obstacles presque insurmontables , c'est l'éclat qu'avait déjà jeté la prétendue conspiration; c'est la terreur qu'avaient répandue et qu'augmentaient chaque jour les mesures des autorités militaires et civiles , et les actes de l'autorité judiciaire. Comment parvenir à faire démentir des mouvements dont la nature et la gra-

(i) Ce fait, dit-il, rac fuippa , et douua une sorte de consistance aux bruits répandus, etc. (p. 22 de sa réponse).

vîfé avaient été ofilciellement et soleunelîement proclamées ? Gomment démasquer l'intrigue et l'imposture dans un moment et dans un lieu , où les [)lus terribles démonstrations la présentaient sous le masque du zèle et de la vérité j où le pouvoir se trouvait entre les mains de ceux qui soutenaient ou partagaient l'erreur , et pesait d'unç manière effrayante sur tous ceux qui auraient eu intérêt à la dissiper .?

Plusieurs mois je luttai péniblement contre toutes ces diiTicuUés, sans pouvoir parvenir à fixer l'opinion du gourernement sur la nature des événements du 8 juin, ^lais le jour où, déterminé enfin par son incertitude même , il envoya dans le département du Rhône un lieutenant du roi, avec des pouvoirs qui manisfeslaient la volonté et fournissaient les moyens d'atteindre la vérité , une ère nouvelle s'ouvrit pour la population du département du Rhône, et l'on put pressentir que le jour de la justice était enlîn arrivé. M le duc de Raguse n'a point trompé cese.-ipérances , et surmontant bientôt les préventions que lui-môme avait apportées ou reçues pendant les premiers moments de sou séjour, il a su, par une conduite pleine de vigueur etd'Impartialité , rendreauxmaiheureux la force de se plaindre , et à la vérité le courage de se montrer.

Je viens aujourd'hui faire connaître l'ensemble des preuves si lentement et si difficilement acquises. Forcé de faire un choix au milieu d'immenses matériaux, et devant, ainsi que je l'ai dit eu commen-;

( G8 ) çant, m'interdire de puiser à une source qui renferme des documents précieux, il me sera impossible de mettre sous les yeux du public tout les éléments de ma profonde conviction. Toutefois , je ne crains pas que l'opinion reste encore long-temps douteuse sur les véritables caractères de l'événement du 8 juin; encore un instant, et les couleurs sous lesquelles les désordres ont éclaté , ne tromperont plus que ceux dont l'erreur sur ce point nourrit les paseions ou flatte les intérêts.

Pour suivre l'ordre des événements, nous devons d'abord fixer l'attention sur les circonstances qui ont immédiatement précédé l'explosion.

Les projets des factieux , quel qu'ait été leur but , étaient-ils connus des autorités avant d'avoir éclaté ?

Pour éclaircir ce point, il nous suffirait désormais des mémoires publiés par le général Ganael , par le préfet et par le maire.

Le premier convient que , le 7 juin au soir , il fut prévenu que la conspiration devait éclater le lendemain ; une déclaration écrite de M. de La Colombe , adjudant de place , prouve que le général en était instruit plusieurs jours auparavant, puisque l'un des agents reconnus de l'autorité militaire se trouvait au nriilicu des aqilatcurs.

M. le maire assure anjourd'liui , comme il l'avait fait déjà dans une proclamation qui suivit de près le 8 juin , avoir saisi tous les fils du complot plusieurs jours avant son explosion.

Le préfet, àson tour, publie des lettres quiprou;

( 69 ) Tent qu'il avait reçu, bien avant îè 8 juin , des avis sur les dangers que courait la trauquillité publi({ue j et , en etTet, dans les premiers jours de juin , M. le maire de Saint-Genis avait écrit deux fois à M. le préfet que sa comnaune était agitée , et deman<lait formellement que le capitaine Oudin en fut éloigné.

Un propriétaire de Saint-Genis-Laval fit avertir les autorités qnil y aurait une insurrection le di' manche 8 Juin , dans cette commune , et désigna le capitaine Oudin comme devant en être le chef

Le 5 , M. Deschamp , juge de paix du canton d'Anse, envoya à Lyon le sieur Dugelai , adjoint à la mairie de Gliazay , pour prévenir M. le préfet de l'agitation qui régn.iit dans sa commune.

Le même jour, M. Marut du Varrin , commissaire de police , sous la direction duquel j'avais placé plusieurs agents secrets, fît à M. le préfet nn rapport sur l'insurrection qui devait éclater le dimanche suivant.

Le 6 juin , le maire de Millery vînt lui-même annoncer à M. de Chabrol que des troubles devaient avoir lieu dans sa commune le dimanche suivant.

Le même jour , M. le maire de Savignv se rendit également en personne auprès de M. le préfet, et Je> prévint qu'un mouvement insurrectionnel devait éclater dans sa commune le dimanche 8 juin. Il réclama l'arrestation d'un individu qui, depuis plusieurs jours, avait placé sur sa porte d'entrée une inscription séditieuse.

Les débats de la cour prcvôtale ont aussi montré

<jue la gendarmerie avait été également instruite ,' avant le 8 juin , du mouvement qui devait avoir lieu ce jour-là.

Il faut aussi se rappeler qu'une réunion séditieuse avait eu lieu dans la plaine de Serrandière le i *"" juin et fju'on en fut informé à Lyon deux jours après.

Mainterxant veut-on savoir l'usage qu'on a fait* de ces avis si positifs et si multipliés ?

On répondait aux maires des communes rurales de manière sans doute à les tranquilliser , mais sans leur accorder cependant aucun des moyens nécessaires pour prévenir le complot annoncé.

M. le préfet assure qu'il donna ordre d'arrêter le capitaine Oudin et Garîon , chefs d'émeute, l'un dans les communes du midi , et l'autre dans celles du nord. Je n'en doute pas ; mais , quand même la date de cet ordre remonterait au 3 ou au 4 jiiin , comment se fait-il que le général Ganuel ait fait ap^ peler Oudin chez lui le 5 ou le 6 , et que cet oflicier se soit présenté chez le général sans y être arrêté.^ Gomment se fait-il qu'après cet ordre exprès il se soit montré chaque jour selon sa coutume, efe toujours impunément, soit dans Lyon, soif dans Saint-Genis , et que , le 8 juin même , if ait hu et mangé dans sa commune avec un sous-ofificier de gendarmerie qui paraissait ne se douter de rien ?

Comment arriva- t-il que Garîon ait passé toute la journée du 7 , avec aussi peu de mystère , dans le faubourg de Taise , sous les yeux en quel-

(7') qne sorte d'une brigade de gendarmerie qui y est

stationnée ?

Mais , si les personnes signalées d'avance comme devant élre à la tête de l'insurrecllon , n'ont pas été arrêtées, du moins a-t-on pris des mesures locales pour empêcher que le mouvement n'éclatât ?

La force armée a-t-elle été envoyée dans les communes menacées , dont les maires avaient formellement annoncé les désordres ?

Hélas ! non; ni la veille, ni le jour mêmedamouveraent, aucune de ces communes n'a vu arriver sur son territoire un seul gendarme, un seul soldat.

Yoioi une circonstance plus étrange encore.

Dans une de ces communes , celle de Saint- Geois-Laval , où était Oudin , dont le maire avait manifesté tant d'alarmes , se trouvait dès longtemps établie une brigade de gendarmerie. Le 3 juin , les quatre gendarmes se trouvèrent absents toute la journée pour leurs affaires ou pour leurs plaisirs. Le brigadier seul était resté à son poste , et ce brigadier, après avoir passé au cabaretune partie de ce jour-là avec le capitaine Oudin, s'éloigna de Saint-Genis au moment où le mouvement allait commencer.

Quelles sont donc les mesures qui ont été prises pour empêclier une insurrection si positivement annoncée, et dont les plans étaient si bien connus ?

M. le préfet nous apprend que le 7 juin il envoya: quelques gendarme* et quelques homnies delagArde

( 70 'départementale surla montagne deLîmonet, comme un point important qui commande toute la plaine du Beaujolais ; que le lendemain douze gendarmes reçurent l'ordre d'aller renforcer ce poste.

Enfin, le 8, à deux heures après-midi , M. le marquis de Saint-Paulet , chef d'escadron de gendarmerie , partit de Lyon , à la tète d'un détachement de troupes de ligne , et fut prendre position à la Tour , sur la route de Paris à Lyon par le Bourbonnais.

Je veux croire que ces mesures militaires eussent étéconvenables, s'il n'eût été question qued'éclairer les mouvements de troupes ennemies, et de servir d'avmt-garde à un corps d'armée ; mais nous n'étions pas en état de gu«rre , mais il s'agissait au contraire de la prévenir j et je demande si c'est en plaçant quelques soldais aune aussi grande distance des communes dont la tranquillité était menacée , qu'on a cru , qu'on a voulu contenir les mutins et déjouer le complot ?

Qui nous expliquera d'ailleurs pourquoi cette insignifiante démonstration ne fut pas du moins dirififée sur tous les lieux oi^i s'annonçait le danger ? Pourquoi les comtnunes placées au nord-oiif^-ît de Lyon apr^elaient-elles seules l'attention derantorilé et des mesures de précaution ? L'autorité elle-même nous apprend qu ■ les communes du midi étaient les plus agitées : c'esf de ce côté, en effet , que se trouvaient Oudin et Saint-fienis-Laval j et cependant pas ua seul homaie ax'mé n'avait été dirigé

sur la route Cfiil y conduit: et jai déjà dît que \ei

gendarmes qui devaient y être, n'étaient pas ^naême

à leur poste ce jour-là.

Je ne sais si je dois placerici une réponse que je

reçus de M. de Chabrol, lorsque, dans les premiers

jours qui suivirent mon retour de Paris , je lui témoignai ma surprise et ma douleur de ce qu'il n'avait été pris aucun moyen pour prévenir un mouvenaent qui paraissait avoir été d'avance parfaitement connu M. de Chabrol me répondit alors qu'il avait demandé au général Canuel, deux jours avant l'explosion, de faire placer un détachement de quelques hommes à Saint-Genis et que ce général s'y était refusé. J'ignore si M. de Chabrol jugera à propos de se rappeler de cette explication, que je ne trouve pas dans son écrit ; alors ce serait au général Canuel à justifier son refus ; mais , dans tous les cas, il sera toujours vrai de dire que les faits reprochent aux autorités de n'avoir pris aucun des moyens qu'il était facile et raisonnable de prendre , pour empêcher l'insurrection d'éclater.

Je n'ai point à rechercher quelle a été l'intention des uns ou des autres en agissant ainsij mais se fussent-ils conduits autrement , s'il était possible qu'ils eussent été dans la confidence du mouvement j)rojeté , et qu'ils eussent jugé nécessaire de le laisser éclater , sauf à prendre des mesures pour en arrêter les suites ?

Aucune agitation ne s'étant manifestée dans la yille de Lyou le 8 juin, il devient moins important

( 74 ) de faire remarquer que là non plus aucune mesiwe»

n'avait été prise d'avance pour prévenir une explosion, si elle eut été à craindre.

Les commissaires de police allestent que, ni la veille ni le jour même , ils n'avaient reçu , ni du maire ni du préfet, aucune instruclicfti pailiculière pour qu'ils se missent eu mesure d arrêter ua danger.

Wi le jour ni la veille, la garde nationale n'avait reçu aucun ordre qui pût la faire tenir prêle à réprimer des troubles.

Et enlîn les troupes elles-mêmes n'avaient pas^ fait la plus légère démonstration , le 8 juin , avant trois heures de l'après-midi j et cependant , dès six heures du matin, d'après M.def^argues, à dix heures, d'après M. le Prévôt de Lyon, le signal de l'insurrection avait été donné.

Mais nous verrons bientôt que le défaut de précautions sur ce point avait une excuse'légitime , soit qu'il faille admettre , comme les faits semblent le prouver, qu'aucun mouvement n'avait été préparé dans Lyon même, soit qu'il faille reconnaître, suivant M. de Fargues , que le mouvement avait été contremandé. Dans les deux cas , l'inaction des autorités s'explique d'elle-même ; mais il restera à expliquer comment il a pu se faire que Lyon soit resté étranger au vaste complot dont on y a placé le foyer , si ce complot fut réel , ou bien comment certaines autorités furent instruites d'avance des contre-ordres donnés par les factieux.

Il est une seconde épreuve plus décisive encore

f 75 ) pour éclairer l'opinion sur les véritables caractères (lu mouvement du 8 juin. Elle consiste à comparer ce que ces mouvements eussent du être, s'ils avaient appartenu à la conspiration immense dénoncée par le général Canuel et les siens , avec ce qu'ils ont été réellement; à se représenter tout ce qu'une telle conspiration, mise au grand jour, eût du faire découvrir de coupables, d'intrigues, de plans et da movens d'exécution ; et à rapprocher ce tableau de celui que nous présentent les procédures de la cour prévôtale , les nombreuses révélations obtenues par M. le maire , et enlin les rapports mêmes des agents de l'autorité uiiJitaire mêlés parmi les ronspirateurs.

Fixons d'abord les faits tels qu'ils se sont passés le 8 juin.

Un premier point incontestable, c'est qu'il n'y aeiidans Lyon même aucun mouvement séditieux, aucune tentative d'insnrrection. L'ordre et la paix n'y furent pas troublés un seul instant.

Les efforts qu'a faits le général Canuel dans son mémoire pour obscurcir cette vérité, ne sauraient lutter contre les témoignages qni l'établissent.

Ecoulons M. le procureur du Roi, donnant le i3 juin ses conclusions pour faire condamner à mort par la cour prévôtale deux individus arrêtés le 8. «Lyon, dit-il, n'éprouva aucune commotion, » aucune secousse. Le complot , t attentat n'y purent » éclore. On ne put reconnaître et surprendre à » Lyon , en flagrant délit , aucun des auteurs ou » complices , parce qu'à Lyon aucun n avait été

« en acthn.. .'"... Lyon ne s'ébranla pas , tous les ^y factieux demeurèrent immobiles (i). "

M. Desiittes , prévôt de Lyon , a attesté le même fait dans son mémoire, « Les conjurés , dit-il , ne » tardèrent pas à s'apercevoir des mesures prises

» par l/autorité Tous furent glacés d'effroi ,

» ils se dispersèrent, laissant ainsi avorter un affreux » complot (2). »

M. de Fargues s'exprime à ce sujet presque dans les mêmes termes que M. Desuttes. On remarque seulement entre les deux récits une contradiclion assez biznre «ur îlieure du signal, que l'un fixe à six Leures du matin (3), et Vautre À dix (/\) , et sur llieure à laquelle les factieux ont renoncé à leur projet. Le maire suppose que ce fut dès neuf heures du matin, à cause des mesures qu'il avait prises lui-même, tandis que le prévôt affirme que ce ne fut qu'après les démonstrations militaires qui n'ont eu lieu que dans l'après-midi ; mais l'un et l'autre sont unanimes sur ce point, que dans la journée du 8 juin, comme dans les journées suivantes, aucun fait n'a révélé dans Lyon, ni le nombre , ni la force , ni même l'existence des conjurés.

Je puis donc me dispenser de joindre à cet écrit les rapports des divers commissaires de police,

(i) Voyez l'oiivrngo de M. Micliaud,

(2) Voyez la réponse de M. Desuttes au colonel Fabvier.

(5) Voyez le Mémoire de M. le maire.

(4) Yoyei la recouse de M. Desuttes.

( 7- ) desquels résulte cgAlcment la preuve que cette journée s écoula, non-seulement sans mouvement, sans tentative d'insurrection , mais encore sans aucune espèce de fermentation , même dans les quartiers les plus populeux de la ville.

Faut-il induire de ces circonstances que Lvon ne renfermait pas un seul malveillant initié dans le secret des mouvements qui ont eu lieu dans les campagnes, pas un seul misérable qui fût prêt à prendre part aux désordres lorsqu'une fois ilsauraientéclalé? Je ne le crois pas. INÏais il me semble qu'il est raisonnable d'en conclure , dès à présent, m attendant des preuves plus positives, que le nombre des prétendus conjurés devait être extrêmement circonscrit ; car , pour peu qu'ils eussent été nombreux et répandus, comme on l'a supposé, dans les diverses classes de la population et dans les divers quartiers delà ville , prêts à agir sur une foule de points différents , il parait impossible que le signal, une fois donné , n'eût porté les uns ou les autres à éclater et à se compromettre.

Jetons maintenant les yeux sur les campagnes.

Là , eurent lieu en effet des démonstrations criminelles.

Il faut établir en quoi elles ont ron<;!?;té-

Le département du Rbonesecompose dedeuxcent soixante-une commîmes. Dans ce nombrCjOn:;;? seulement ont pris au mouvement une part quelconi|tie.

Il est remarquable que de ces onze communes «inq sont groupées , selon l'expression d<2 M. de

Cliabrol, au sud-ouest de Lyon, et les six autres au nord-ouest : les deux groti])es se trouvent ainsi séparés par une distance de cin^ â six lieues , et, des nombreuses communes placées dans cet espace, il n'y en a pas une seule qui , le 8 juin , ait montré quelque apparence d'agitation.

II faut remarquer aussi que les communes les plus peuplées du département n'ont pas fourni un seul insurgé.

Enfin, dans la totalité des communes agitées , et dont la population s'élève au moins à environ dix mille âmes , deux cent cinquante hommes au plus ont paru prendre part à l'insurrection.

Mais parmi ces deux cent cinquante liommes qui sont restés disséminés dans leurs territoires respectifs , combien peut-on compter de véritables conspirateur» ? Combien , au contraire , se sont mis en mouvement sans savoir ce qu'ils faisaient , sans but coupable , entraînés par le bruit , l'exemple et la curiosité ? Pour s'en faire , autant que possible , une idée juste , il faut se rappeler que le 8 juin était un dimanche, et que les moteurs de l'insurrection avaient inopinément sonné le tocsin. Il faut savoir que , dans certaines communes, le tocsin a été sonné pendant la nuit, et que l'instruction a constaté que plusieurs des habitants de Millery quisesonttrouvésaumilieudumouvemejit, jetaient accourus avec des sceaux , croyant être appelés au secours d'une maison incendiée. Ce qui achève de démontrer que les insurgés n'étaient pas

C 70 ) de véritables conjurés , c'est que la plnpai t n'avaient

point d'armes , et encore moins l'attirai] que suppose le projet d'une expédition j c'est qu'ils ne formèrent que des attroupemcns tumultueux , sans clief et sans organisation; c'est *que ces rassemhlemenls n'avaient aucun but fixe , aucun plan arrêté, et disparurent après avoir tourné quelque temps sur eux-mêmes.

Cette réunion, si faible et si incohérente, formée d'abord par la surprise , ne se maintint quelques instants que parla contrainte. Tout le monde a entendu M. le procureur du Roi proclamer devant la courprévôtale (i j, «que des hommes plus ou moins » audacieux cherchèrent , soit par des menaces , Y) soit par de fallacieuses illusicns , à égarer , à enw tramer la multitude ; mais qu'ils ne purent faire )> que fort peu de recrues parmi les propriétaires , )) que le besoin de l'ordre, du repos, et leur intérêt » personnel , doivent naturellement retenir. »

Parmi ces illusions était l'assurance qu'on donnait à ces cultivateurs d'obtenir désormais le pain à trois sous , s'ils voulaient marcher sur Lyon , où déjà , leur disait-on , l'insurrection aurait éclate. Tout cela prouve que les habilans des campagnes , ceux même qui se mêlèrent aux mouvements , ne savaient rien , n'étaient point entrés dans le complot.

(0 Conclusions (le jM. le procureur du Pioi , pt es !a cour pityôlalc , du i5 juia».

Au milieu de ces mouvements , quelques excès furent commis sans doute j trois ou rjualre maisons furent mises à contribution. L'autorité de qtielques maires et de quelques gardes cbanjpctrcs fut méconnue , il est vrai'^ des pasteurs se virent insultés et menacés : mais ces désordres, très-cou])ables sans doute , ne coûtèrent la vie à aucun citoyen , et nulle part le sang n'a coulé.

Voici les détails de ce qui s'est passé dans quelques communes.

A Briguais, bourg de iioo babitants , le tocsin sonna , mais inutilement. La population entière resta tranquille , et ne prit aucune part à l'insurrection ; quatre hommes seulement se rendirent à Saint-Genis.

A Saint-Andéol , village qui compte beaucoup d'ouvriers chapeliers , le mouvement ne s'effectua que pendant la nuit du 8 au 9. Les insurgés , peu nombreux , firent deux cents pas en avant de celte commune , s'arrêtèrent pendant assez long-temps dans un champ , sans aucun dessein fixe ; ils aperçurent au loin la garde nationale d'un village voisin , qui marchait contre eux j ils se dispersèrent aussitôt.

A Millery , les insurgés se réunirent dans la nuit du dimanche ; quelques-uns d'eux se rendirent chez le maire des cent jours ^ le for^'ent de les suivre , et employèrent la violenc^^Ru' lui faire occuper de nouveau le fauteuil Mmcipal; car, c'est ce fauteuil dont on voulait faire la conquête ,

'(Bi)

fet qi\e M. ï^avîer , adjoint , homme àe tien , Aérei14 dit , lui sixième , pcndaut toute la nuit, contre des agresseurs qui ue devaient pas être très-nombreux.

A frigny , plusieurs des habitants , et dont quel- 'ques-uns seulement étaient armés de mauvais fusils , vinrent se réunir à Saint-Genis , au bruit du tocsin qui s'y faisait entendre (i).

A Saint-Genis , ce bourg que; l'on disait être lo centre du mouvement, et qui étant plus rapprocliô *de Lyon , semblait devoir ouvrir la marche , or» ti'enlreprit absolument rien. Toute la résistance que les insurgés de cette commune ojit opposée aux troupes chargées de les faire rentrer dans l'ordre > s'est signalée par idn seul coup de fusil , tiré pat l'un d'eux sur un gendarme , qui Ife poursuivait le sabre à la main , et certes , ce n'est pas le grand nombre des assaillants qui a dû effrayer les coupables. Une avant-garde de quatre hommes a suffi pour les disperser à Saitit-Genis même, où se trouvaient le capitaine Oudin , et le plus grand nombre d'insurgés armés ; à Saint-Genis qu'on a présenté Comme la commune la plus coupable (2) , et qui ^

i^i) La commune d'Irigny est contiguë à celle de Saint-Genis.

(ji) Celte conitiiune , qu'on a repicsentée comme la plus toiipahie , cumpiait un bien petit nombre de ses habitant* parmi les insurtjés , et en voici la preuve. «

Après le mouvement , des troupes de ligne furent envoyées dans les communes insurgées •, cette occupation milita re doniiA iieu à des dépenses j celles qu'on fit à Saint-Genis se monté . lent à i85o francs ; un atrêlé de M. le préfet , du 17 juillet 'dernier, ordonne que cette somme sera payée par douje liabititnts de laj:onimune qui ont pris part au mouvement. De ce nombre , sept fuient ensuite tr.iduits à la Cour prévôtale , et aci^uittés. P^mi les douze habitants , on remarque 1% veuv«

l)ientôt aptes , fut le théâtre des horreurs par les-^ quelles des misérables vinrent ajouter , d'une manière si cruelle , à la terrible veugeance dont l'exé* cution leur avait été confiée.

Conibiou il est^déplorable que le capitaine Oudirt n'ait pas été arrêté avant les événements , et qu'un détachement de quelques hommes n'ait pas été placé à Saint-Gcnis , ainsi que M. Chabrol l'avait lui-même demandé au général Canuel ! Que dô ifegrets et de larmes on eût évités aux habitants dé cette malheureuse commune !

Les villages placés au nord-oUest de la ville dé Lyon ne se montrèrent pas plus entreprenants ^ quelques individus^ entraînés parles mêmes moyens ^ se livrèrent à des coupables excès. Le nonimé Gardon s qui n'avait pu réunir qu'un petit nombre d'insurgés > s'enfuit sUr l'Arbresle» M. Hemard(i), officier de Gendarmerie , en station à Tarare , partit de cette ville avec quelques gendarmes j aussitôt qu'il sut que le tocsin sonnait dans des communes de son arrondissement. Il poursuivit les hommes commandés par Garlon , qui venait d'y arriver , et tous se dispersèrent sans coup férir.

Tout fut ainsi dispersé dans un clin-d'ceil , et c'est M» de Chabrol lui-même qui fatteste , dans moini de vingt-quatre heures tout était rentré dans l ordre >

Dumont , comprise dans l'i'tat de it'pai tilion pour une somme «le i5o fr. C'est cette inallieureiise veuve dont le jeune iils a «té exécute en qucl([ne sorte Sous ses yeux.

En rappelant cet arrêté , j'ai voulu montrer que quelquBi individus sbUlement de la commune de Saint-Genis avaieut pi'i* part au mouvement.

tO La conduite de cet officier fut digne d'élogas»

( 83 ) ^ tftkns que la force armée eût été obligée de tirer un ieyi coup de fusil.

Tels SQut les faits :

M. le préfet a cru apercevoir beaucoup de génie dans la disposition de ce qu'il appelle les iifi/^/oyt'rjr *i'insurr(c(ion , « lesquels s'appuyant , dit-il , sur le» » Saône d'un côté , sur le Pibône de l'autre , et sur » l'entre-dcux des deux roules du Bourbonnais et » de la Bourgogne , pouvaient , en moins d'une » beure , se réunir , laisser Lyon à la tète du trian-» » gle , l'isoler du reste du département , et donner » la facilité d'étendre le mouvement, pour se porter » à-Ia-fois par les routes de Moulins , de Màcon , i» de Toulouse , sur la ville. »

La supposition qui prête aux insurgés un plan a,ussi gigantesque, doit paraître bien extraordinaire pprès les détails qu'on vient de lire. Si M, de Cbabro^ avait été à Lyon en i8i4; il saurait que les Autrichiens furent obligés de déployer soixante mille boinmes pour accuper le quart du terrain qu^il veut faire embrasser par une poignée de factieux; obscurs , sans munitions , sans argent , sans organisation , et presque sans armes. S'il fallait réellexnont voir une profonde combinaison dai^s la manière dont les choses av?iient été disposées, , ne seT r;^it-ce juis de la P^irt de ceux qui n'auraient voulu produire que des agitations factices, et sans df'.nge? ï)our eux <* Ne faudvait-il paa admirer , en viVci , les soins qu'ils auraient pris do placer les deux foyers ^ une grande dislance l'un de l'a,ulre , a^ii d'être , plus surs de les tenir isolés ? Ne devrait-on pas re^?

(84) taent que dans les plus petites communes , afin d'être plus cprtoiiis de ne pis hii voir prendre un arcroissefiiiMil imprévu , et de pouvciir le compriruf r à volonté ? Et les résultais obtenus ne viendraient-ils pjs , nu besoin , achever l'éloge du tact; et de l'hfibileté qui se montrent dans ces dispositions qui ont servi à les [)réparer ?

Quoi qu'il en soit , il nous reste à examiner si l'instruction qui u réduit à si peu de chose les moyens manifestés par les conspiv.ileurs , a du njoins fait conuiiître l'existence de moyens plus considérables , et plus en proportion avec l'imineusitéduplan qu'on leur suppose , et la gravité de l'entreprise.

Cherchons d'abord à nous assurer de l'importance des tonds nus à la disposition des factieux :car J'argent n'est pas moins le nerf des conspirations que celui de la guerre.

Nous verrons qu'il a été question de 5oo,ooo ù. déposés chez un noiaire de Lyon. Le cordonnier Î5iternay a parlé , de son coté , de 5 millious venus d Allemagne , des trésors du prince l'^ui^ène ; mais Je malheureux , qtun'que nommé major par les prétendus <h('fs des enrôleurs , n'eu a ])as reçu un écu ; ïTiais les 5 millions, les 5oo,ooo francs , le notaire, toutes ces extravagances n'ont pas laissé la plus légère trace dans une instrncliou qui a duré cinq mois , où deux cent cinq persou/ies ont été arrêtées , et cent témoins entendus.

11 est pourtant vrai do dire qu'il a été distribué de l'argent parmi li«s prévenus ; mais ([uelle est la somme ? L'un des frères Volouin. a reçu de Taissoa 3 5o fr. , et Barbier loo fr.

(B5) barbier a reçu encore de Joannnnl,le •; iuin,ime Somme fie Bii fr. ; mais Bai-bier lui-même a déclaré sans détour , dans ses interrogatoires (i) et aux dé- Lals publics, qu'il ou avait/Iî/V son profit. S» femme dit que Joauiinrd prêta la somme (i) , et Bernard , présent à la remise des fonds , dit que liarbier oifrit un reru(J). Cette somme, remise si tard, et retenue par Barbier pour son propre usage , ne put donc ctre d'aucun secours pour rori;5aui6ation et l exécution du complot.

A présent nous savons à quoi nous en tenir sur les fonds qui paraissent avoir été appliques à la conspiration , et dont le montant ne s'élève pas même aussi liaut que la somme réclamée par le général Canuel pour dépense de //ûi/rf/>o//'ce; nous serons moins étonné d'apprendre ce qu il faut p-^nser de ces nomV breux enrôlements dojil ou avait fait tant de bruit.

Daus tout le cours de cette immense procédure , qui a occupé cinq mois la conr prévôtale , on n'a découvert qu'un seul enrôîeur , le cordonnier Bi« ternav; et quelles furent ses recrurs ? un infu-nie , nommé Grosjean , espèce de caricature aniljula:itc^ Tion moins disijracié de la nature que df» la fortune ; un vieillard , nommé Bauchet , mendiant de profession ; un nommé Picard , qui , je crois , n'a pas même été mis en jugement. Ces trois personnas;es ont déclare h leur tour qu'ils n'avaient <'nrô!é personne , et la chose est facile à croire. Vr.ilà tout ce que l'on connaîl sur le mode et sur le résultat du recrutement de l'armée eonspiiatri. '^. Tcut le resta

(i) HeciKiI de M. ûe Faiyues , ^/ye -.tJ], , . .

C'i) ]bl<l. (i.T2!e »7r>, ^3) Ibid. j);.g? 177.

était en projet ou en fallacieuses promesses ; et c* qui achève d'eu fournir la preuve , c'est cfue le joup fixé pour rcxécution du complot , les cabarets , i^ Lyon, ne présentaient pasplusd'afïluence quelesau-» très jours de fêle , et l'on v était sans armes. Ces deu-X, faits si importants n'ont été démer)i;is par personne^

Les factieux étaient-ils plus rit !içs en armes et. en munitions fpi'en hommes et en .argent ?

De tousies renseignements obtenus de la pirt des révélateurs , il résulte que le nombre des fusils qui pouvaient être à la disposition des factieux, n'ex;cé-daît pas cinquante ; et que les cartouches n'auraient pas surti pour alimenter , pendant une heure , le feu d'une compagnie de vingt hommes 5 il est vrai qu'on a dit que 4û}0oo cartouches avaient été demandéesi » Tarlificier Arban ; mais on a ajouté qu'Arban les avait refuséfs , et qu'on y avait renoncé \ il est vrai aussi que M- le !V[a!re a parlé de 1 19,000 cartouches délivrcîcs à la yardc nationale des cent jours, cl qu'il semble les indiquer comme une ressource sur la-, quelle les agitateurs avaient pu compter. Cette asr portion insidieuse a déjà été repoussée avec indigna-, tîon par ceu\ conf re qui elle fut dirigée. Je n'ai qu'un ïliot à dire ici pour faire juger jusqu'à quel point file dut étonner de la part d'un magistrat , qui lui-. méme avait comblé d éloges , pour les importants services qu'elle avait rendus à la ville , à une époque orageuse , celto même ^arde nationale qiiil immole au'jQurd hui a l esprit de parti, M. le maire de Lyon ne pouvait pas ignorer que ces ii}),ooo cartou^l'.es avaient été depuis long-temps déposées «uUe les mains ùe i'autoiite ,j et qu elle eu avaiA

f 87 ) fotimî une décharge devenue aulhentîquR , puisqu'elle se trouve inscrite sur les registres do letul- Inajor de la garde ualiouale réorganisée.

Pauvres d'armes , de munitions , d'argent et de iecrues , les conspirateurs avaient peut-être trouvtS dans un plan ingénieux le moyen de suppléer aux kessources qui leur manquaient , pour attaquer avec succès une ville défendue par une garnison de de 5ooo soldats dévoués , et par 6000 liouiuies de garde nationale ?

Ecoutons Barbier , le grand révélateur fidèle* inent répété par \ olozaa.

Ce plaii consistait à assaillir simultanément loua l'es postes , toutes les Casernes et l'arsenal.

Le succès d'une telle ollaque , fai'e par des hommes sans armes , a paru diiAcile au sieur Bar' lier lui-même. Chargé personneilement , dit- il | avec 100 hommes , dfi l'expédition dirigée contre l5oo suisses , il avait imaginé un expédient qui païallra curieux.

« J'avais olnis de déclarer (i) , dit-îl , que peut S) rendre inutiles les efforts que voudraient fairtt i> les Suisses ( qui étaient au nombre de i5oo ) , ou » pour les empêcher de sortir des casernes et les M assommer , j'étais chargé de placer tout le long M du fort Saint-Jean , 100 honimes hon armes , qui j) auraient continuellement fait rouler des pierre.'» » de ce fort sur les Suisses qui seraient sortis sur lu i> quai; et certainement si ce moyen avait été enii) ployé, tous les Suisses qui s étaient rangés en ba- » taille , à la tête du pont , auraient été écrasés. »

«^- . ..■• ; . . - ■ I. ..ji .1 ■ ' ^

(i^ Cette tiéclaralion a «té l'ail« £iai -devant M. in j^rcvOti

r ft8 ^

îi fst tion rie romaïquer qu'à la place ^U Ajfl Satnt-Jeaii, rasé en 179^, il ne reste qu'un roclief de granit, J'un seul bloc , à 100 pieds de distance de l'angle do la caserne le plus rapproché , et à i5o» pieds delà tête du pont ; et c'est ce rocher que Barhier, sans armes pour soutenir ses travailleurs , sans instruments , sans poudre, et à force de bras , coniptaildémolir, briseret lancer à i5opieds de distance* Mais si les Suisses n'étaient pas soitis des casernes j qui s'étendent à 3 ou 4oo pieds du rocher .'... Celte difficulté n'embarrasse pas 5û/7^/>r. « 11 devait dit-il^ « placer des fagots goudronnés dans des lieux soU'^ « terrains qui sont pot« tivement au-desous des ca- « sernes occupées par les Suisses ; et, après avoif « dérouvert le toit à coups de pierres, qui auraient (c été 'lancées par les 100 hommes ) de 100 à 4oo « pieds de distance ) , je devais , dit-il , faire mettre « le feu aux fagots pour incendier les casernes* »

Je vexix bien croire , s'il le faut , que les Suisseâ fussent demeurés spectateurs paisibles des apprêta faits en leur présence , pour les griller, ou pour lea assommer; [mais ce qui devient embarrassant, c'est que les casernes qu'ils occupent ne recèlent pas plus de souterrains, que le fort Saint Jean ne fournissait de rochers pour écraser leurs toits. On ne sait donc plus que faire des fngots de Barbier, et il nr reste plus qu'à se demandt'r commeul les extravagances .le ce misérahh^, rej)andu(s dans trente in-* terrogaloires , ont puservir de base aux comptes rendus delà pr<'tendue conspiration, et aux condamnations prononcées contre pics de cent malheureux.

Le général Canuel et M. le maire ne pouvant

dissimuler

dissimuler aujourd'hui , ni la faiblesse , ni l'inco* lieretice des preuves sur lesquelles a été établi l'échafaudage des accusations dirigées contre la tinsse des habilanls de Lyon , alleclent de se plaindre avec anjertumc de l'évasion des nonnués Bernard ^ Taîsson , Moulin , do la fuite de Joannard , et de rej^jretter les lumières dont leur absence a pnvé 1 instruction. Bientôt j'aurai roccasion de mettre , par quelques détails , le public à portée de juger sî ces regrets sont sincères. Je me bornerai dans ce moment à montrer par un fait , quel prix M. le maire attachait aux révélations qu'on pouvait attendre de ces fugitifs. Il est positif que Joannard lui a fait offrir de venir s'expliquer sur la conspiration , s'il obtenait un sauf-conduity et que le sauf-conduit a été refusé.

Ce qui est remarquable , c'est que l'on n'a pas attendu ces lumières dont on déplore l'absence au>» jourdhui, pour publier l'importance , le but et les moyens de la conspiration. L'instruction était it peine commencée , et l'on proclamait déjà « que la « France venait d'être sauvée d'un abyme épou- « vantable, que le gouvernement légitime avait « été sur le point d'être renversé ; les nobles, les « prêtres et tous les vrais royalistes près d'être « égorgés ; que les moyens, le plan et le nombre des « conspirateurs étaient immenses. Certains corcc respondants adressèrent dans toute la France et ce même à l'étranger les récits les plus exagérés , les K plus calomnieux. On assurait que les mouvements >» exécutés à Lyon se liaient avec des manœuvres » pratiquées dans les départements de l'Aia , de

« l'Isère , de la Drôme , de la Loire , du Piiy-de- «Dôme, de Saône-et-Loire , du Jura, et même « dans les environs de Paris, dans les Pays-Bas et « la Havière, et jusques dans le canton de Vaud. » M.dcCliabrol, entr.iîné par les cirscontances, admettait lui-même les coïncidences les plus éloignées. Etait-ce la peur qui grossissait ainsi les objets?Cette exagération inouïe , ces inexplicables suppositions ne seraient-elles pas plutôt une nouvelle preuve de la nature et de l'origine du mouvement ? Il paraît certain que s'il était l'ouvrage de ceux qui s'en firent un triomplie,ce n'était pas tout pour lesagitateurs d'avoir excité quelques scènes de désordre. Jjeur sécurité leur avait commandé de restreindre le mouvement; mais leur intérêt leur faisait une loi de l'exagérer. Il fallait grossir le danger pour pouvoir effrayer le gouvernement; il le fallait pour exalter le mérite des libérateurs; il le fallait pour frapper l'opinion publique et la préparer au changement de système qu'on poursuivait depuis si long-temps. Malheureusement on ne s'en est pas tenu à des rapports perfides et fallacieux (i) , on ne s'est pas contenté de répandre dans l'Europe entière des pamphlets destinés à tromper les souverains comme le public ; il n'est que trop vrai que les poursuites laites et les condamnations prononcées se sont ressenties de l'exagération des récits; ce n'était pas as ■> sez d'avoir immolé la vérité pour préparer le succès

Ci) Le libelle colporté et vendu sons le manteau , repre'sentait la masse des liabitants de Lyon comme complice de la conspiration , et contenait plus d'impostures , peul-ûtre , quo (Ous Icï «dits ckadeïtius <^ui out élé publics.

des plus atrocps combinaisons ; rhiimanîté a cte sacrifiée à son tour, au besoin de prêter quelques appuis à d'odieux mensonges. Au moment où l'Europe retentissait du bruit du vaste complot découvert dans le département du Rbône cette malheureuse contrée, était livrée à un système de terreur- Plus de4oo personnes furent privées de leur liberté; des agents oiricieux ou salariés ^lressaient des listes de suspects , c'est-à-dire de tous ceux que de simples soupçons devaient faire arrêter ou soumettre à une rigoureuse surveillance.

Les citoyens de toutes les classes voyaient leur asile violé par des visites domiciliaires , et s'estimaient heureux lorsque les agents qui les dirigeaient s'étaient contentés de leur enlever leurs armes et de livrer leurs papiers à une odieuse investigation.

Ce n'était pas seulement à ceux que des dénonciations ou des soupçons atteignaient que les rigueurs étaient réservées. Un prévenu parvenait-il à se soustraire aux recherches ? ses parents et ses amis expiaient aussitôt dans les fei's les liens qui les unissaient à lui. Des enfants , des épouses, étaient incarcérés pour les forcer à déclarer la retraite de leur père , de leur mari.

Les officiers à demi-solde furent assujettis à une mesure humiliante. On les obligeait , d'après un ordre de l'autorité militaire , de prouver qu'ils n'avaient pris aucune part aux événements du 8 juin ; et sans un certificat d'un commissaire de police ils ne pouvaient toucber leurs traitements.

L'instruction fiite à la mairie ajoutait à l'inqulclude générale. Elle semblait consacrée à éleu-

3re les apparences d'nne conspiration, sans rien fair« pour en reconnaître la réalité ; à pénétrer tout ce qu'on eût pu faire, sanss'iuformor jamais de ce qu'on avait fait. On instruisait , non sur des délits positifs , mais sur des liypollièses ; on semblait prendre à tiîclie de tout laisser dans un vague alarmant.

Les arrêts de la cour prévôtale jetaient l'efTroi dans tous les cœurs. Le tombereau fatal parcourait les campagnes désolées ; leurs liabitans fuyaient au loin maudissant les infâmes provocateurs qui les avaient si cruellemedt égarés !...

Je ne pousserai pas plus loin, dans ce moment, le tableau des faits postérieurs au 8 juin, et qui doivent faire le sujet d'un dernier chapitre. J'ai voulu seulement montrer ici| par un simple aperçu que dans Ihypothèse où le mouvement du 8 juin n'eût été, en effet, qu'un simulacre de complot destiné à servir les projets d'une faction perfide , tout s'enchaîne et se lie : les démonstrations etles tentatives qui ont précédé le mouvement, l'a/ïectalion de ne rien faire pour lé prévenir, l'exiguité de ses résultats et de ses moyens , et enfin 4a manière dont on a exagéré et le mal et la vengeance.

Avant de quitter cette première putie de l'examen auquel je me suis livré, je dois rappeler une circonstance dont les conséquences ne me paraissent pas moins propres à indiquer les véritables artisans de la conspiration.

Je veux parler de l'aftectation des révélateurs, de la protection qu'ils s'attendaient à trouver auprès de la police civile. A l'un on fait dire que toutes les autorités dcvaieut être reavoyées , le lieutenant de

police seul excepté. Un autre dt'clnro encore plus positivement qu'on se croyait sûr de l'adlicsioii de cette autorité. Il est juste de dire fjue cette imputation précise et individuelle decouiplicité ne lut pas imaginée dans les premiers moments. Les révélateurs se contentent d'abord de parler des bruits tju'on faisait courir paruù les conjurés, de la tolérance à larpielle on devait s'attendre de la part d« toutes les autorités de Lyon.

Ainsi Bitcrnay déclarait le 21 juin: « Dans les « premières autorités du gouvernement ils étaient « vin^t-trois de la conspiration ; une partie des au- « torilécs chargées de la police, à Lyon, était daus « le complot. M

Barbier , le 22 juin a La police servait la conspic< ration , on m'avait persuadé que Guichard ( le seu crétaire du maire ( était un des chefs de la cous- <c piration. »

Richon , le 9 juin : ft Les trois quarts de la villo « étaient du complot. «

Vernay , le 9 août: «La conspiration était soutece nue par les premières autorités de la ville. M. le « maire et M. de Saiunevilie en faisaient partie , « ainsi qu'un certain nombre de grands persounagcs « de Paris qui approche Sa Majesté, d

Mais lorsqu'après beaucoup de tentatives et d'efforts on eut renoncé à l'espoir de me déterminer à suivre au sujet des événements du 8 juin les errements que jo trouvai établis à mon arrivée , lorsqu on fut bien convaincu que je persistais à douter de la réahlé du complot, et à communiquer mcï

(9i) doutes au gouvernement , l'imputation de complicité devint directe et positive.

Le lo août 1817 , Barbier dans un interrogatoire que lui faisait subir M. le prévôt , déclarait « qu'il « avait toujours pensé que M. de Sainnevlllc était « de la conspiration. »

Le lecteur ne s'attend pas sans doute que je m'occupe sérieusement du soin de me défendre contre une calomnie aussi absurde qu'atroce. Ai-je besoin de dire que ce ne sont pas mes agents qui ont été surpris au milieu des factieux, et de rappeler qu'ils n'y ont jamais paru que pour prévenir les agitations ? Ai-je besoin de rappeler que j'ai, moi-même, fait arrêter les agents provocateurs et déjoué toutes les manœuvres pratiquées depuis les événements du 8 juin , pour ajouter à la gravité d'une macliiiialion qui n'est remarquable que par l'absence de toute combinaison , par le ridicule de ses plans , par le défaut absolu de moyens quelconques, et par leur énorme disproportion avec l'importance et les difficultés de l'entreprise ?

Mais enfin puisqu'on a recueilli cette calomnie dans l'inslruclion qui- a précédé tant d'arrêts de mort , puisqu'on la retrouve dans tous les pamphlets qu'avoue le parti qui triomphait alors , il est bon d'examiner s'il ne peut en être tiré aucune conséquence contre ceux dont elle fut l'ouvrage ? Dans celte aDeclnlion étrange d'imputer à la police , contre toute espèce d'invraisemblance , les désordres du 8 juin , ne faudra-t-il pas voir une nouvelle preuve du véritable but de ces désordres , un jiouveau moyeu d en signaler les véritables auteurs?

( 95 ) ^ En un mot , los calomniateurs n'ont-ils pas décelé les coupa])les ?

Mais il est temps de passer à un nouvel ordre de preuves , de mettre sous les yeux du public des faits grnves, qui ne semblent pas seulement destinés à répandre de nouvelles lumières , au milieu de cette œuvre de ténèbres et d'iniquité, mais à résoudre tous les doutes.

Au moment où les mouvements du 8 juin éclatèrent un de mes commissaires de police fît arrêter un homme ([ue ses agents lui avaient signale comme l'un des plus ardents factieux; cet homme , c'était JBrunet , le même déjà surpris au milieu de l'intrigue Chanibouvct , que M. de la Colombe, adjudant de place, avait réclamé comme un des agents de l'autorité militaire, et que j'avais consenti à lui rendre , sous la promesse qu'il m'avait faite de ne plus l'employer. On voit avec quelle fidélité il avait tenu parole.

Lorsque cet homme eut été saisi une seconde fois, JW. Hue de la Colombe fit les démarches les plus actives pour obtenir sa liSerté ; je la refijsai constamment. Ce fut alors qt'à mon insu l'on imagina délivrer cet agent à la cour prévôfalte , et , sans qu'on m'eût demandé le moindre renseignement , iBrumt fut mis en liberté.

Au même instant je le fis arrêter de nouveau pour demeurer à ma disposition. M. le prorurrurdu roi vint se plaindre à moi de cet acte d'autorité. « Ou Brunet, lui dis-je, a été agent de la police « militaire, et, en ce cas, il a du justifier de sa mis- « sion en rendant compte de ce qu'il a vu ; je

(9fî)

« croirai à sa qualité quand on m aura commn"

«nique ses révélalions, ou qu'on m'attestera qu il « en a fait ; ou bien il n'a pas éié employé , et « dès lorà je ne puis voir en lui qu'un factieus « qui doit être livre à la justice comme les autres. » M. le procureur du roi me confirma que Brunet était en elTol un agent de la police militaire , ci tne confia qu'il avait tout su et tout révélé. Mais il s'a(^issait de m'en donner une déclaration par écrit. Ce fut l'objet d'une assez longue négociation , dans laquelle il fut intermédiaire entre l'auîorilé milituire et moi. Mon obstination vainqîiit eniin toutes les répugnances ; ot M. de la Colombe trouva sans doute moins d'inconvénients à signer la lettre cju'on va lire, qu'à laisser son espion dans les embarras d'une ]>rocéciure criminelle , ou dans la nécessité de me faire à moi-même ses révélations.

Lyon ,1e 1er. septembre 1817.

Monsieur , j'ii eu 1 lionneur de vous demander la liberté du sieur Brunet. Je vous certifie çuil na parcouru les campagnes que par mon ordre. Les comptes ça il ma faits , ont été transmis à M. le Itiutenant-général Canuel , et à l approche dJ. dernier soulèvement f en rendis compte à M- h comte de Chabrol. Je vous prie en conséquence , d'.jpiès la promesse que vous m'en avez faite , de le faire sortir de prison. Je suis avec respect; etc.

Signé UVE DE LA COLOTIBE

Jtî ne pense pas qu'une pareille pièce ait dcsorraaîa besoin de commentaire.

On y voit déjà par quels moyens le général Canuel était instruit d'avance des projets des factieux.

On y remarquera aussi une nouvelle preuve da la franchise qui distingue cette déchuation solennelle , (t qu'aucuu des agents ([ui parcouraient les M campagnes n'appartenait à la police militaire, mais » bien à la seule autorité qui , par la nature de son 5» plan , avait des agents à sa solde, a

Enfin dans la complicité désormais avérée des agents de la police militaire avec les perturbateurs^ et sur-tout dans l'afTectation avec laquelle on nie jusqu'à l'existence de ces agents , il serait diOicile do ne pas découvrir un moyeu de s'éclairer sur les véritables artisans de nos troubles.

Avec quelque intrépidité que le général Canuel ait désavoué ses agents, il paraît avoir voulu se réserver une défaite pour le cas où leur existence serait découverte, et c'est sans doute dans cet objet qu'ilaparla de /autorisation qu avaient les commandants de place, d entretenir des agents secrets pour surveiller les mili^ taires. Je ne me propose pas d'examiner si cette aU"» torisation existe ou non , ni même de faiie remarquer quo la surveillance des militaires dans la ville de Lyon n'avait rien de commun avec les menées des agents provocateurs surpris au milieu des campagnes et des citoyens. J'observerai seulement que l'autorité militaire n'a pas pu avancer qu'elle n'avait pas d'agents à sa solde , s'il est vrai que le commandant de la place en eût. Cependant le générai per- «iste à soutenir qu'il n'en aemployé aucun.

Ksf-ce là le seul démenti ^jue lui donnent les falf^ sur des assertions graves et positives ?

Deux des prétendus révélateursavaientdésigné dans leurs interroy;Uoires le nommé Moulin , cour;ier, comme l'intermédiaire d une correspondance entre iiM comité supérieur qu'on supposait exister à Lyon , et un autre comité qu'on supposait établi à Paris.

M. Canuel n'hésite point à s'emparer de cette supposition , et la développe en ces termes ; (c Moulin fut » signalé vers la fiu du mois de mai ( remarque:* » l'époque ) au génér-^I Canuel, comme porteur de 5> la correspondance des deux villes. Il envoya de 5) suite chez le lieutenant do police pour lui com- » rruiniquer ce renseignement. Il paraît qu'on en lîÈ 3) le même cas que de tous ceux qu'il donnait jour- 3) uellement. Moulin resta libre. Cet émissaire est » sans doute l'inconnu dont parle l'accusé Bernard , y> et à qui fut confiée la fameuse lettre supposée 3) écrite à madame de Lavalelte , pour lui annon- 3) cer le 8 juin , que le tocsin sonnait, et que l'aflaire :u était mal emmanchée , etc. »

Si quelque cliose manque h ce petit conte , ce li'est assurément pas la malice ; mais pour eu faire justice , il ne faut que rapprocher deux dates. C'est a la fin du mois de mai , et même au 8 juin que ce général fixe les messages de Moulin à Paris , et là correspondance des conjurés par son intermédiaire. C'est à la fin de mai que se, rapporte l'avis officieux qu'il assure m'avoir transmis. Or, le dernier vojMge du conducteur Moulin à Paris est du i8 avril , c'poque où il cessa d'être employé sur cette roufe- C'est un fait qui a été vérifié dans les registres de lu

maison qu'il servait. Au 8 juin , il y avait donc

ciiujuarue jours que Moulin n'avait pu poilcr de rotUes de Ly ou à Paris ; à la fin de mai , époijue où , selon M. Canuel , la correspondance et les messages étaient si actifs , et ma trahison si évidente, les messages , s'ils avaient existé , avaient du moins cessé depuis quarante jours.

Ecoutez cependant les lamentations de M. Canuel et de M. le maire. « Je ne doute pas , dit le premier , que si ou eût arrêté iMoulin , soit au moment de son départ pour Paris ( quarante jours après qu'il avait cessé d'y aller ) , soit a son retour ) quand il nen revenait pas ) , on ri eût appris ce qu il était si important de savoir. — Ses révélations , dit le second , eussent été d'une haute importance . et eussent jeté une grande clarté sur l affaire. »

Ces regrets sont-ils plus sincères que l'assertioa n'est juste ?

Voici ce qu'il y a de certain : c'est que le 8 juin , ainsi que les jours suivants jusqu'au 26 , époque de son départ pour 'Bordeaux , Moulin était à'Saint- Genis-Laval , sous la main de ceux qui se plaignent aujourd hui de ce qu'il ne fut pas arrêté , et qui eu firent alors arrêLer tant d autres ; c'est que cet homme , signalé par des soupçons d'une nature biea différente , a été arrêté enfin par les soins de l'autorité civile , s'est évadé des mains de l'un des agents reconnus de la police militaire , du cLef de la flimeuse intrigue du 22 octobre , en un mot du maréclial-des-logis Gaulhié.

Je ne sais par quelle fatalité , ou par quelle combinaison, ce fut précisément ce sous-oflicier <juji

( loo ) fût chargé d'exécuter l'ordre d'arrestation. Ce que je sais , c'est que tandis que son ordre lui enjoij^nait de se placer sur le siège de la diligence que Muulia conduisait à son retour de Bordeaux et à côté de lui , Gauthié se plaça dans l'intérieur , et qu'arrivé dans le faubourg de Vaize , Moulin arrêta la voiture , descendit , et disparut avant que Gauthié eût ouvert la portière. Ce que je sais enfin , c'est que des ordres furent donnés pour que ce gendarme fût poursuivi , et qu'il ne l'a pas été.

Des documents qui ne m'appartiennent pas , en apprendraient davantage sur le véritable rôle que Moulin a joué dans nos troubles ; ils montreraient peut-être que s'il a servi d'intermédiaire à de coupables intrigues entre Lyon et Pans , ces intrigues ïic sont pas celles dont on feint de l'accuser : mais les faits que je viens d'exposer font assez présumer de quelle nature eussent été les lumières que cet homme eût pu fournir à la justice ; et du moins monlront-i!s clairement avec quelle défiance doivent être reçues les assertions de ces hommes qui prétendent être crus sur parole.

Le lecteur voudra bien remarquer que lors même que le général Canuel voudrait appeler erreur ce qu'il a dit des voyages et dos menées de Moulin , ce serait un autre nom qu'il faudrait nécessairement donner à l'étrange assertion de l'avis qu'il prétend m'avoir fait passer à la fin du mois de mai. C'citt ici un fait à lui personnel et que je me dispense de qualifier.

Kous allons maintenant aborder de plus près l'orgciaisation du complot ; et chercher de noi|i'

( lOI )

velles lumières d.ins ce que los révélateur^ en ont dit , comme dans ce qu'ils ont jugé à propos «Ici nous cacher.

Les premières révélations ont signalé l'existence de deux comités ; l'un clurgé d'organiser et de diriger les mouvements de la ville , le second chargé dix aiéme soin pour la campagne. Le premier, dit-on, était composé des nommés 5jr/^/Vr, yo/o:^nn , Taisson ^ Mermet , Joannon , BurdcL et Cochet ; à la léle du second , était le nommé Jacquit. — On n'a pas fait connaître cens qui siégeaient au-dessous de lui.

Plus tard on a parlé de l'existence d'un comité supérieur ou directeur ; l'on a dit que ce comité supé^ rieur étair commandé lui-même par les chefs supérieurs de la conspiration. Mais non-seulement oiv n'a arrêté aucun membre de ce comité , aucun de ces chefs suprêmes ; mais les révélateurs ne les ont même pas plus désignés que les recliercîies de la justice ne les ont fait découvrir. Peut-être serons-nous pins heureux. Jetons , en atU'udaut, un coup d'œilsurles membres des comités connus et nommés.

Quels étaient ceux principalement chargés de tirer parti de 1 ignorance , des passions ou des besoins des autres , pour les entraîner vers l'abîme , par d'inHlmes manœuvres ? Ouels étaient les boniïnes de bonne foi destinés à être dupes et victimes, et en faire d'autres à leur tour ?

Je n'ai pas la prétention de déterminer , d'une manière bien positive , dans laquelle de ces deux calégDries chacun d'eux doit être raiigé ; mais il «u est plusieurs dans le nombre , à l'égard desquels <e classement ne paraît pas diiucile.

( lO'i )

D'une part , l'instrucliou lions montre que M. Cochet , éciairc , ou du moins uns en garde pur les extrav.igances que débitait Barbier , par la violence de SCS propositions , par ses jactances et par le vide de ses plans , ne tarda point à se retirer sous divers prétextes. Burdel en fil autant ; et JM. Joanjion Gis , qu'où avait voulu nu-tlre en contact avec barbier , reconnut le piège , et l'évita. Le piège , en eifert , ne pouvait pas être dangereux , à ce qu'il paraît , pour quiconque avait quelque éducation et quelque esprit.

Des cinq autres membres du comité , il en est deux, et notamment celui qui y jouait le premier vole , dont les révélations et l'impunité les signalent , de manière à ne pouvoir s'y méprendre , comme d'infâmes et perfides provocateurs ; ce sont Barbier et Volo'^an-

Pour s'assurer de leur perfidie , il suffirait de lire dans leurs interrogatoires et dans ceux de quelquesunes de leurs dupes, les détails de leurs détestables jongleries.

Barbier se présentait , tantôt sous le nom de JouUt y tantôt sous celui à' Auguste , de Joannès , uHerbas , de Philippe ; c'élait ce dernier nom qu il avait pris auprès du cordonnier Biternay , l'un de ceux qu'il a le plus indignement égarés. Il ])roposait à ce malheureux ouvrier de le fiiire ûdjudant-major. Le prince Eugène qu'on avait déjà reçu et avec qui ont avait soupe , devait repasser à Lyon pour ouvrir les trésors ; il ferait solder VAternay , ou il lui donnerait dans le civil un grade honorable.

f io3 )

Bonaparte n^avaît jamais été à rileS.iînte-IIf'ltîne. Barbier savait où il était ; mais c était sacré , il ue pouvait le dire.

Mille sottises pareilles sur le nombre des conjurés , sur leurs munitions , sur leurs ressources , sur la protection des autorités , suivaient ces récits extravagants.

Le moment est venu de dresser le plan d'alîa- <jue. C est Barbier qui , le premier , s'empresse de proposer le sien , et l'absurdité de ce plan , dont j'ai déjà parlé , sulîîrait au besoin pour prouver que ce n'était pas à la victoire quil voulait conduire les conjurés , mais à la mort : il vont un niouvcmen! ; mais, non-seulement il i\en désire pas le succès, il seinl/Ie tout disposer pour le rendre impossible.

KiiHu le moment fixé pour l'explosion est arrivé, (^iie devient ce factieux si ardent , ce conspirateur si déterminé , si sur de son plan et de ses forces ? que devient-il au moment où il ne s'agit plus , en quelque façon, que de recueillir le prix de tant d efforts et de marcher à une victoire facile et certaine, puisque les autorités elles-mêmes protégeaient la conspiration ?

Se met-il à la léte des conjurés ? non encore. Est-il entraîné par ses remords à tout révéler à la justice , pour empêcher le crime dese cofnm('tfre?hé!as!no)i.

Le "j juin au soir , Barbier s'adresse à un surveillant de nuit (agent de police) , le sieur Carninet, et lui propose de Y arrêter le lendemain 8 , sur les tapis de la Croir- Rousse (i) , où il se rendrait avec un

(O C'est précisément Je iendc/-\oiis tjue Barbier a décl;ii'é vicpuis avuir ludic^ué à (j[iiel(|ues facticujc.

êutre în.iivii'u ; l'agent lui denianJe s il a perdu ta titti Barbii r répond cju'il vont être arrclé , parce quil ist fort ennuyé de tout ce qui se débite sur un prochai ti mouvement.

L'iigeiit r{'plif[ue que c'est une folie ; Dnrbier insiste , o/uft i5o fi'. ; et, sur le refus de Caminel, se lelire eu disant: Puisque vous ne voule:^pas , j arrangerai cela demain.

Jje lendemain Barbier ne fut point arrêté. Sans doute SOS coni me Hauts avaient pense que ses manœuvres leur étaient encore nécessaires; et , eu effet , ce provocateur s'est vaiité d'avoir, le 8 juin , remis lui-même au malheureux Saint-Dubois les douze paquets de cartouches saisis sur lui , à mesure qu'il sortait de Lyon , par la barrière de Serin , et qui , cinq jours après , le conduisirent à l'échafaud (O.

Quoi qu'il en^oit de cet horrible épisode , Bar- Lier reste tranquille à Lyon le 8 juin et les jours suivants , lorsqu'un juste effroi faisait fuir ou cacher les coupables , et même tant d'innocents. KiiHu , le aajuin , un ordre du maire le conduit devant «:e magisfrat.

Là , pour conserver les apparences , il commence par tout nier ; il n'a rien vu , rien su , ni rien fait ; ni is tout-à-coup le maire a le bonheur de le pénétrer de la plus douce confiance ; et Barbier , sacrifiant le soin de sa propre si'treté au besoin de dire la vérité touîe entière , s'abandonne sans réserve : il est rassuré par les explications de M. le maire ; il serait

(0 J'ta ai la preuve.

venu

fïo5) "VCTin cleptîis long-temps révéler ce qt^ll savait delt conspiration , s il n avait pas craint dtêiie asscs^ einé par les conjurés. Après toutes les précautions oratoires, Barbier commence \ tt c'est dans seize âutcrrogatoires qui sont disséminés dans un espace <de quatre mois, qu'on développe le roman de 1% «onspimlion , ses moyens et ses vues, et qu'on en arrange les épisodes. Pendant celte lonj^ue inslruc- 4ion indépendante des procédures relatives aux mouvements des campagnes, et qui n'eut pour objet cjue le mouvement non réalisé dans Lvon , les ■déclarations de cet homme odVent un crescendo re-» marquable d'inventions et d'impostures évidentes^ Elles ont fait arrêter, de l'aveu de M. le maire, deux cent sei'ze personnes.

Les intervalles n'étaient point perdus , et Bar- Lier tidèle en prison au système de perfidie qu'il avait suivi avant d'y entrer, consacrait son temps et ses soins à tromper les maliieureux au milieu ^lesquels ou l'avait placé à dessein. Il les provoquait par des révélations mensongères , et faisait encore des dupes de ceux dont i! avait fiiit des victi.nes.

Instruit de sa conduite et de ses révélations , je conçus, dès les prei^iiers moments, des doutes graves sur son véritable rùle, et ne négligeai rien pour pouvoir l'interroger moi-même j mais, comme je j'ai déjà dit , ce prévenu fut un de ceux dont la présence me fut refusée avec le plus d'obstination , et jamais M- le maire ii'a voulu me confier le soin d'en obtenir des aveux.

Enfin un arrêt de la cour prévôtale a mis un tecme à ce scandale , et Barbier , ainsi que le lecteuQ

âoît s*y attendre, a recouvré sa liberté cotiïnxe ri-» VélateUr.

Je n'entretiendrai pas plus long-temps le publk? de cet agent.

Je ne l'occuperai pas davantage des révélations 43e Vo/o^an , qui ne sont que la répétition littérale des grimaces et des imiposfures de Barbier. i Quant aux autres membres du comité , leur évasion ne permet guère d'asseoir un jugement positif sur le point de savoir s'ils étaient où non de bonne foi. Celle quesîlon importe désormais fort peu, si l'impulsion est une fois reconnue; il devient moins important de déterminer d'ime manière précise le nombre des dupes et celui des provocateurs.

Le rôle de Jacquit quoique contumace, est cependant parfaitement établi.

Voici des faits ;

Cet homme était un simple ouvrier en soie, sans ^éducation , sans fortune et sans ressources. Tous les interrogatoires le peignent comme l'auteur immédiat de l'insurrectiondes campagnes. C'est lui qui l'a organisée; c'est lui qui a mis en action tous les pré- Tenus; c'est lui qui assignait à chacun son poste, et lerôlequ'ily devait jouer. Toutesles combinaisons connues se ratlachent à lui et s'y arrêtent. On n'a rien vu , ou l'on n'a rien voulu voir au delà. A la Tille, à la campagne ,on le retrouve dans foutes les réunions , dans tous les projets , dans toutes les démarches , par-tout. On le voit sans cesse donnant des ordres , répandant des inslruMions, animant de son audaceou di" ses impostures ses rompliceseÉ ses dupes. Il distribuait en souverain les grades eS

( 107 ) les emplois militaires; il prenait le titre de colonel, €t se donnait des majors, des aides-de-carnp , des fiecrélaires. Il profitait des dispositions du conjjlé Barbier, iriais agissait avec une entière indépendance de ce comité , et toutefois il recounaisalt à 60n tour une direction supérieure.

« Je u is convairjcu , ainsi que tous les autres « membres de la Société, a dit un des prévenus, « dans un interrogatoiie reçu et produit par le « maire de Lyon , que Jacquit pourrait lournic « beaucoup d'éclaircissements sur les chefs supé- « rieurs. L'impulsion qu'il avait donnée , l'arro- •c gance avec laquelle il s'annonçait, m'ont tou- » jours fait croire qu'il recevait des ordres de per^ « sonnes au-dessus de lui ; — qu'il pouvait comp- « ter sur une partie des autorités; qn'il recevait les u ordres des généraux et des maréchaux qui étaient « à Lyon , etc. »

Jacquit disait à un autre qui lui faisait des représentations sur la précipitation de quelques mesures, et sur ce qu'il ne devrait pas compromettre des genii crédules et ignorants; J'ai de*s ordres supérieurs;.... je dépends d un grand personnage ; je n en suis que le subordonné- Un tioisième lui a souvent entendu dire qu'il allait ou (jn'il venait du conseil privé , mais sans expliquer ou ce conseil se tenait.

Ce qui est certain encore , c'est que le 8 juin , pendant qu'une poignée d'insensés s'agitaient dans les campagnes , satis but , sans dessein , et sang moyens , celui qui tenait les fils de la conspiration , celui qui y dans son imp^lienle ardeur^^ av«it vuuli*

( ig8 ) commencer le mouvement dès le 5 juin (ï) , qin avait donné le signal et qui devait se mcllie à leuï lèle, Jacquit&e reposait tranquillement à Lyon , oà îl lut vu pendant toute la journée, croyant sansdoute avoir renipli sa njission dès 1 instant que le mouvement avait éclate dans les campagnes.

Que faudrait-d couciuie de cetli; uiaction si extraordinaire de la part du chef d'une véritableconspiration ? que faudrait-il conclure de la coopé-latiun avérée de Brunct , agent reconnu de la police mditairc? que faudrait-il conclure enfin des ordres que Jacquit prétendait recevoir de quelques-unesde» autorités locales , notammeitt des généraux , de ses rapports avec un conseil privé qui se tenait à Ijyon y et dont les révélations de Barbier ne disent pas un mot, si l'on en était réduit à ces conjectures pour trouver le mot de l'énigme ?

Mais la Trovidence nous a préparé des clartés moins douteuses , et celles qu'un seul mot va répandre sur cette odieuse et déplorable machination , renil raient inutile , au besoin , tout ce que les faits précédents ont déjà produit de preuves et d évidence. Il existait, en eifet, un comité supérieur à celui de Barbier , un conseil où les plans étaient arrêtés , d'où partaient les ordres et l'impulsion, et dont Jacquit, auquel tout venait aboutir, était le principal agent. C'élail-là re comité supérieur dont l'organisation et l'action occultes sont restées impénétrables, a dit M. le procureur du roi, mais

(i) Ijarbici- et Taissou le duclarent positivement dao* leurs iiiterrogdtoiies.

( 109 ) dont rcxislcnce lui a puu toujours clémontréc, el qui, selon lo même mayisltat, poui voyait, on ne sait par quels i))oJ(Mis , aux lonJs que pouvait exiger une pareille crilreprise. Ce comité supérieur existait en eilet, oui, il existait; mais ce n'était pointa Paris , c'était da/is Lyon même. Il ne se composait iii de bonapanistis , ni de républicains ; et je le prouve en dévoilant l'un de ses membres , l'un des véritables directeurs de ces funestes événemejits : c'est le capitaine Ledoux , cet olKicier de la léj^ioa de l'Yonne , en garnison à Lvon cjui fut assassiné Je soir du H juiu au moment oh il sortait de che^ le général Canuel, et qui fut prcS'nilé dansle temps comme irn royaliste dé\oué , victime de sesopiuious et de la scélératesse des conjurés.

Lorsque j'arrivai à Lyon , j'appris quecette explication était loin de satisfaire les hommes raisonnables et impartiaux , el que les cirsconstanccs de cet assassinat isolé, qui n'était la suite d'aucun mouvement , et qui fut exécuté au milieu de la ville à une heure où tout espoir était désormais perdu pour les factieux , avaient fait supposer aux assassius des motifs d'une tout autre nature.

Je cherchai à approfondir ce mystère ; mais j'ai déjà parlé des obstacles de toute nature qui m'arrêtaient à chaque pas. J'espérais que la longue instruction faite à la mairie , fournirait quelques lumières. Par un hasard singulier , le nom du capitame Ledoux n'y est pas prononcé une seule fois. Enfin la présence de M. le duc de Raguse a dissipé les ténèbres qui couvraient ce fait important , et \oici ce que de nombreux ^témoignages ont appris.

Lo C'ipifiine Lcdoux ('\m\ l'iiomme de qui \e& principaux riu-fs apparents ou réels de la coiispîraîioii recovaieiil les inslriiolions et riinpulsion nécessaires. Aiiîsi que je l'ai déjà dit , Jacquit , qiri avaiî t)r ij;anisé rinsurrecfion des cauipaj^nes , où ri avait euvdx'c ses lieutenants et des émissaires poire y fiire sonner le tocsin, ce Jacquit dUwt latent ïiMUjédiat du capitaine I^eiioux, et c'est en cette qualité qu'il (i\a au 8 juin le mouvement insurrectionnel.

Cet oiTirier , en activité de service dans la légion «le l'Yoïiiic , élaij. parvenu à leur inspirer une confiance extrême.

Lorsque îe 8 juin arrivi , les hommes que le capitaine Ledoux avait égarés , furent d'abord surpris de ne pis le voir paraître. Ils remarquèrent que la situation des esprits dans la ville était In incMue , qTje rien n'annonçait un mouvement, et que nulle part ne se présentèrent aux postes couvenus les nombreux conjurés dont ou leur avait promis la réunion et le secours.

D'aj^ès tout ce rjui se passait autour d'eux , ils ne fardèrent pas à juger qu'ils ne devaient pas compter sur ces mêmes autorités dont ou leur avait promis l'appui ; le ealme qii ils remarquaient ^ î»ya!)l éveillé leurs soupçons , ils se rendent chez le caniîaiue Ledoux. Cet oDîcier n'était pas chez in». On Tfrend des renseignements. J)ès le matin il élait sorti pour aller rejoindre sa t'emme à Ciiarhonnières, petite comuuiiie près L;/on. Celte absence imprévue ne permet plus guère aux conjures de douter de la trahison de leur chef. Pour en acquérir une plus

(m) irnnJe crrlîlude , ils r})itiil ilans lo fiiuLcurg de Vaise le iiiouu'iit de son rotour ; do là iU le suivent daus la ville et \c voiiMit {'iilrcr cluz le goucial Caiiucl. Convaincus dès lors (ju'ils sont vendus, ils m'attendent plus Ledoux que j>our se ventjer , v.l à peine était-il sorti , après une longue coiifcreuec , tju'il reçut le coup mortel.

Les pièces relatives au cnj)ilaine Ledoux cal clé envovces au gouveinenienl j)ar monseigneur L-tluc dellagusc, qui me fit 1 honneur de m'tciiie lo i'^^ liovenibre, eu ces termes ;

« Je vouspréviens , Monsieur, que j'ai adressé au « ministre de la police les ililïérenfes pièces (jnï « éta})lissent que le capitaine Ledoux , de la légloi» i( de lYonne , a clé l'un des moli'uis et le pmieipil r agent du mouvement itjsurrecliunue! qui a écliitô « le 8 juin dernier , etc. »

Parmi les nombreuses révélations qiù accusent Ledoux, se trouvent celles du Ciipitaine Oiidin : dans ses derniers moments , cet olïlcier se euiisoiail par la pensée que Ledoux n'avait pas recueilli le fruit de sa trahison et de sa perfidie.

Ses déclarations avaient été recueillies par ùvux militaires delà légion des Pyrénées qui se trouvaient iïuprès de lui quelques heures nvanl qu'il fùl conduit à l'étliafaud , la sentinelle chargée de le sur- \eiller, et le sergent du poste. Tous les deux s'étaient promis d'ensevelir ce secret au fond de leur ame , afin, ont-ils dit , de ne pas compromettre hi mémoire d'un officier et d'un chevalier de Saint- Louis. Mais lorsque le maréchal eut étonné Lvca par quelques actes de justice cl de fermeté, la se-

rîlc comme je l'ai déjà dit , resta moins captive f eWe se cache aux jours où régnent les passions et rarbitraire, et elle reparaît quand renaît la justice. IjC sergent laissa échapper son secret le jour ou M. le ffiaréchal prit le parti de renvoyer de leurs corps phisieurs olïiciers.

Un lieutenant-colonel allaciié à l'une de nos ]é:'ions , répéta les propos du sergent. J'en prévins M. le duc deRagiise, qui manda ces deu\ témoins , et me les renvoya pour recevoir leurs déclarations. « Nous avons été trahis par le capitaine de la « 86e qui a été tué , fait dire le sergent Beiiaxx ca- « pitaine Oudin, et c'est uu des nôtres qui l'a tué , « comme il sortait de chez le général Canuel. »

« Le capitaine Oudin , dit le fusilier Tisnes, se « plaignit beaucoup du capitaine Ledoux ; c'est lui, « dit-il, qui était dans notre conseil, et qui a trahi « tous nos camarades ; et un de notrecouseil Ta tué « en sortant de chez le général Canuel (i). »

Lorsque l'infaniie du capitaine Ledoux se trouva enfin légalement constatée , elle expliqua naturellement l'assassinat do cet officier, et le peu d'importance qu'on mit à en chercher les auteurs.

C'était en effet ui:e chose inconcevable que de voir une procédure par suite de laquelle deux cent seize personnes ont été arrêtées, et vingt-sept mises en jugement; une procédure qui a duré quatre uiois, et dans laquelle on a fait tant d'efforts pour découvrir les auteurs des attentats/^ro/V/e^^ pour le 8

(i) J« leiroiivc daub mci papiers une copie de ces deux de'claiatioiis.

juin.

îtîin , ne pas offrir un seul témoignage , une seule <]ticstiou au sujet du seul alteulat cluut L30U fut ténioiu ce jout-Ià (i).

Cumiuciit se fail-ii que ni Buôicr, ni les aulres revelat«'ur.s tj'aieul pas iiomuié celui qui av.iit joué Uu si yr.iMcl rôle dans la conspiration ; qu'ils aient «se do tant de discrélioii en faveur d\ii\ hoinnje mort , lorsqu'il dénonçaient avec si peu de niénagenicnl un si ;;ran(l nombre de vivants ?

Dès lors tout est e.\pli(pic ; il ne reste plus de ■doutes sur les vrais auteurs du uiuuvcujcnl du 8 juin.

Les preuves que jf^ viens de produire contre cet officier sont positives. Sont-elles les seules ? iVon , il «n existe d'autres encore ; elles ont été recueillies par d'autres magistrats que moi ; elles ne m'appartiennent pas ; je me fiis même un devoir de u) interdire beaucoup de détails dont la publicité pourrait nuire aux autres rechercbes qui se continuent «ans doute. Ceux que j'ai donnés suffisent , et doivent convaincre les esprits les plus diiïîeiles.

Maintenant ne penl-on pas se demander : Le général Canuel n'a-l-il rien appris du capitaine •Ledoux ; qui sortait de chez lui au moment où il fut assassiné ? N est-il pas prouvé que ce soûl les agents de la police militaire qui ont été surpris au milieu de tous les agitateurs , et excitant les lioubles dont Lyon l'ut menacé ou victime depuis le aa

(l) Je ue connais pas rinslru-ction de la cour prévôlale { mais celle ilc la mairie prouve que i'oi* uie s'est pO.ul occu^ (de rkssa&sùiut da ca^iuiuè Ledoux.

cctoljre 1816 ? Pourquoi le général Canueî , înstmU d'avance comme il l'avoue , plus tût et mieux t[u il îiiî l'avoue , dos projets des faclieux , n'a-t-il ucn fiiit pour les prévenir? Pourcpioi n'a-t-il pas i'ail arrêter le capitaiiie Oudiii ? Pourquoi s'est-il refusé à placer un délacheinenl de troupes à Siiiil-Genis ;, ainsi que M. de Chabrol l'avait d'abord demandé ? Pourquoi n'a-l-il pas même fait aycitir la brigade de gendarmerie établie à Saint-Genis , de rester a son poste le 8 juin ? Dois ~ je rappeler l'audacô avec laquelle il me poursuit de ses calomnies, depuis que je clierche la j^érilé ? Faut-tl me souvenir que c'est précisément à l'époque de mon absence que les moteurs du mouvement se sont bâtés de \& faire éclater , pour le rapprocher de mou déparf , et en faire un crime à la police générale , comme

un événement non prévu par elle ou par moi ?

Je laisse au public le soin de tirer les conséquences qui naissent de tous ces rapprochements , et je ne dois pas oublier que j'ai encore d'autres faits à citer J que le moment est venu de rechercher dans quelques circonstances postérieures au 8 juin , de nou-» Teaux moyens de fixer son opinion sur les mouvements de cette fatale journée.

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