‹ Gerard de Rovssillon. S'ensvyt l'hystoire de monseignevr Gerard de Rovssillon, iadis dvc et conte de Bovrgongne et d'AcqvitaineChapitre 19 sur 21 · PIECES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIECES JUSTIFICATIVES

Rjppon remis h 4 octobre 1 8 1 6 j par MM, Us généraux Canuel et Maringonné à M. le préfet du Rkône , et pur ce magistrat à M. le lieutenant de police,

\ J NE agitation extraordinaire se manifeste dans les campagnes des environs de Lyon ; on dit qu'il sera mis des droits extraordinaires sur les pommes de terre et les autres denrées qui servent de nourriture aux paysans.

On leur fait croire que les troupes qui sont à Lyon sont peu nombreuses , et que le moment est favorable pour secouer le joug.

Un complot est, dit-on, formé. Le chef est un nommé Blanchet, de Valence; on ne sait pas le nom qu'il porte à Lyon; il habirc une maison à deux pavillons, qu'on aperçoit du plan de Vaize sur le revers de la montagne de Fourvicres : les fcaîtrsî en sont toujours fermées , quoiqu'elle soit habitée.

Le projet des conspirateurs est de mettre le feu dans plusieurs endroits de la ville , et de se porter ensuite sur les prisons , pour délivrer les coquins qu'elles renferment. Ils doivent massacrer les prêtres et les royalistes , et proclamer pour souverain le fils de Bonaparte. On assure que dans la nuit de lundi à mardi , on a transporté 100 fusils dans la maison Piron , et autant dans une maison des Brotteaux. On assure qu'il en a été débarqué la nuit dernier* ( du 2 au î octobre) 500, venus par le Rhône ; qu'une ptarcie est déposée aux Brotteaux, et une partie à l'Observ-ince , dans la petite maison qui porte le n° 2 , joignant les Cordeliers.

C'est par cette maison qu'ils doivent déboucher; elle a au-dessus du toit une petite cloche qui correspond avec d'autres qui sont sur la montagne, e: doit servir de signal à l'attaque.

Les maisons où se tiennent les chefs sont fermées , comme si elles n'étaient pas habitées, es on y entre par des portes de derrière et par des chemins détournés. Un grand nombre de pauvres font leurs commissions 5 et quelques femmes , placées à des fenêtres élevées , font sentinelle jour et nuit pour voir ce qui se passe autour. On dit qu'ils ont de petites pièces de canon et des munitions. L'événement doir avoir lisu avant la fin de la semaine dans la maison de Grange-Blanche ; il y a du monde de caché. Le chevalier de Lachaux est de ce parti. Les conjurés disent qir'ils ne redoutent rien de la police qui les favorise.

D'autres rapports annoncent que le sieur Combe, éx-licutenantéclonnel ds b g-ard^ de Bonaparte pendant les cent jours, qui habrtff

Montbrison , a f:ii.t pliisletirs voyagss à Lyon , et qu'il est à la tête (l'un PF.rri qui doir fiiire un mouvement dans le département de la Loire et les montagnes de l'Auvergne.

Le colonel Legrand , qui habite à Pont-de-Veaux , entretient une correspondance très-active avec Millery , villjge de ce département où il a beaucoup de partisans.

Lettre à Son Excellence le ministre de la police générale,

Lyon , /e I z Octobre 1816»

Monseigneur,

Par mes lettres des 5 , 6 , 7 de ce mois , j'ai eu l'honneur d'informer Votre Excellence des manœuvres qui se pratiquaient ici pour entretenir une certaine agitation et inspirer des inquiétudes sur la situation actuelle de notre ville.

Ces menées ont produit un état si pénible , elles ont pris ut tel caractère de gravité , que je dois aujourd'hui revenir sur les faits dont je vous ai précédemment rendu compte, afin de vous en fairç coniiaître l'ensemble et tous les détails.

Le 4 de ce mois ( Votre Excellence voudra bien observer que c'est précisément le jour auquel le collège du département s'est réuni pour procéder aux élections ), les généraux Canuel et Maringonné envoyèrent à M. le préfet le rapport dont j'ai eu l'honneur de vous adresser copie le 7 , et dont je joins de nouveau une ampliation avec mes observations en marge. C£s messieurs demandèrent une conférence , qui eut lieu dans la même soirée , et où se trouvaient réunis M. le conseilier-d'état préfet , M-. le maire , M. Godinot , adjoint , les deux géiîéraux et moi.

Le général Canuel expo!;a qu'on ne pouvait pas se dissimuler qu'il existait une grande agitation, et qu'il y avait de l'inquiétude ; qu'il s'était empreNséde remettre à M. le préfet les rapports qui lui avaieat été adressés. On entra dans tous les détails , et j'expliquai à mon tour à quoi tenait cette agitation ; j'observai que le seul fait digne d'attention était le projet présumé de favoriser l'évasion des individus conù..mncs pour cause de la conspiration de janvic^: ; mais qu€ rien n'était plus facile que de la prévenir.

Je fis ren-.arquer Theureux effet qu'avait produit l'ordonnance du 5 septembre, et qu'à aucune autre époque on n'avait manifesté des sentiments plus unanimes en faveur de la famille royale. Quant aux autres faits mentionnés dans le rapport , j'appuyai sur le peu de vraisemblance qu'ils présentaient. Je promis de les vérifier sans retard, et d'apporter à cette recherche le soin le plus scrupuleux"; je témoignai encore un vif désir de voir moi-mC'me les inùicatears

pour me procurer plus de dérails : mais ma demande fut alors et a été depuis constamment éludée.

On proposa d'ordonner de fréquentes patrouilles par notre garde nationale; mais je remontrai qu'elles seraient plutôt nuisibles qu'utiles , parce qu'elles auraient toujours le grave inconvénient d'augmenter l'inquiétude au lieu de la dissiper; que d'ailleurs rien jusqu'ici ne motivait une pareille mesure. On trouva mes observations jusres , et là se termina la conférence.

Ce même jour 4, quelques heures après l'arrivée du courrier de Paris, on avait apporté dans la cour de l'hôtel de-ville , une prétendue copie d'une lettre, arrivée, disair-on , par le même ordinaire , qui annonçait le renvoi des ministres, etc..., etc.. Veuillez , monseigneur, vous faire représenter ma dépêche du 5, 011 tous ces détails sont consignés. Cette lettre supposée circula avec une cxrrêm.e rapidité, et fut lue, non-seulement dans les cafés , mais encore sur nos places publiques.

Le samedi 5, les élections furent terminées, et aucune lettre de Paris n'ayant confirmé les bruits de la veille , les plus incrédules ~ ne doutèrent pas du m.otif qui les avait dictés.

Le dimanche 6, la journée fut aussi calme qu'on pouvait le désirer. On se félicitait généralement des bous choix qui avaient en lieu, et les bruits ridicules qui s'étaient répandus les jours précédents cessèrent tout-à-fai'r.

Le lundi 7 , je rendis compte à M. le préfet des recherches que j'avais faites d'après le rapport de MM. les généraux. Je démontrai non-seulement l'invraisemblance des faits qu'il articulait, mais encore leur absurdité. M. le préfet en était d'avance convaincu ; il ajouta qu'on était également fort tranquille dans tout le département , que les rapports des maires étaient unanimes sur ce point.

Le lendemain mardi 8 ; M. de Chabrol m'annonça que M. de Chambost , colonel de la garde nationale , et plusieurs officiers étaient venus lui demander la permission de faire des patrouilles. Ils observaient qu'on était inquiet ; qu'on parlait de conspiration , et qu'il était toujotirs prudent de se tenir sur ses gardes. M. le préfet crut devoir céder à ces demandes réitérées, qu'avaient provoquées et qu'appuyaient fortement les autorités militaires, et la même nuit les patrouilles ont eu lieu.

Le mercredi 9 , au matin, je me rendis chez le général Maringonné pour causer avec lui de notre situation. Je lui fis part en même remps du résultat de mes recherches , relativement aux notes communiquées à M. le préfet. Le général ne parut pas douter qu'elles ne fussent fausses. Cependant il me dit : « Je reçois divers renseignements d'après lesquels je doi^ croire qu'il existe des trames criminelles. On conspire : mais ce n'est pas à Lyon seulement.» Et à l'appui de cette opinion , il me rapporta qu'une fille , dont il ne connaissait ni le nom , ni la demeure , avait été décidée par son confesseur à révéler tout ce qu'elle savait deceitc conspiration. Cette

filie prétend qu'on a enrôlé , qu'on cnr&Ie encore pour les factieux sur tous les points de la France ; que des armes son: préparées; que plusieurs soldats de la garnison , et notamment son propre trère , qui sert dans les chasseurs des Pyrénées, avaient pris parti dans cet enrôlement. M. Maringonné ajouta , qu'on atter.diiit le général des factieux qui devait arriver d'Avignon ; que le commandant en secon4 était ici et caché à Fourvières ch«;z M. Dugueyt, conseillera la cour royale. Il est nécessaire , monseigneur, de vous le faire connaître. C'est un magistrat respectable, très-attaché au roi et à ses devoirs; et, certes, si j'avais moins connu le général Maringonné , j'eusse pris pour une plaisanterie tout ce qu'il me dit de relatif" à M. Dugueyt.

Je demandai à M. Maringonné s'il avait vu lui-mcme cette fille l Il avoua qu'il ne l'avait pas vue; mais il avoua tenir ces détails d'un homme fort respectable , qui avait promis de le conduire le soir même auprès d'elle ; qu'il l'interrogerait et s'empresserait de me faire part de tout ce qu'il aurait pu apprendre. Je ms suis rendu chez le géiiéral pour connaître le résultat de cette conférence; mais il m'a déclaré qu'on lui avait manqué de parole, et que cet entretien n'avait pas eu lieu. J'en ai témoigné ma surprise et presque mon niécontentement.

La force armée mise sur pied toutes les nuits , les fouilles , les visites domiciliaires, toutes ces mesures arrêrées , exécutées sans le concours de l'autorité administrative , devaient exciter de vives inquiétudes, et ont disposé les esprits à accueillir avec quelque confiance les bruits les plus absurdes. On raconte que l'autorité militaire a découvert une conspiration cpoi;vantable; qu'elle a des ramifications dans tout le royaume ; que le roi ayant perdu toute confiance dans la police civile , ne compte désormais que sur la police mili- Taire. Au milieu de ses bruits, on cherche, on se demande en vain la cause de tout cet appareil; et moins on peut la deviner, plus ca s'inquiète: c'est-là le résultat que l'on voulait obtenir. On ne manquera pas de dire qu'il y a du mouvement à Lyon. Nos arrivages vont en souffrir ; le commerce est déjà atteint, et ses opérations en éprouvent un nouvel embarras. Cependant c'est à la veille de la mauvaise saison , dans le moment où la cherté des subsistances se fait sentir, que le travail est rare, que Ton se permet ces menées.

Tout ce qui se passe ici est le résultat d'un plan dont le but paraî: être de prouver qu'un gouvernement représentatif ne convient point à la France , que le ministère perd le roi et l'État ; que la charte ne fait qu'assurer les intérêts de la révolution , qu'il faudrait au contraire anéantir pour toujours. On va jusqu'à dire que le roi n'est plus en état de gouverner, et qu'il devrait résigner sj couronne.

M. le préfet sait comme moi que toutes les inquiétudes sont rnns fondement ; et si, dans cette circonstance, il a accédé aux mesures proposées, c'était dans Tinrention de faire cesser les clabauderies et toute espèce de mécontenrement. Je rends justice à la loyauré de nos généraux: peu accoutumés à la marche mesurée, mais sûre de h

police, privés des connais Jances !ocal(?> nece^'îaîres pour nsîcoir huv jugement, ils accueil'.enr sans ciétuince des lévélations extravagantes que l'on n'aurait osé produire devanr des magistrats qui en apprécieraient bientôt la valeur , par le but mal djguisé qu'on se propose.

Sans doute , dans leurs criminels désirs , quelques misérables ont pu concevoir ou conserver de folles espériinces. Les mesures qu« i'on emploie ne sont pas propres aies découvrir. C'est dans l'ombre qu'ils agissent; c'est aussi dans le silence qu'il faut les suivre si ou veut les atteindre.

On ne peut se le dissimuler , monseigneur , pour le maintien de l'ordre et de la tranquillité publique, il est nécessaire que les pouvoir* ne soient pas plus long-teir.ps confondus; que l'autorité militaire , renfermée dans ses bornes naturelles et contente de ses attributions, cesse de prendre une part active à l'adininistration civile. Il faut que les généraux et les officiers -généraux donnent par leur conduire l'exemple du respect et d'une entière soumission aux volontés du ITionarque; qu'en fait de police et de sûreté intérieure, ils se bornent à transmettre aux magistrats les renseignements qui peuvent leur parvenir ; et qu'ils s'en remettent à la sagesse de ceux-ci, à leur zèle , pour le choix et pour la disposition des moyens qu'il convient d'employer.

Je calme les esprits autant qu'il est en m.oi: j'ai déjà pris et je prendrai les mesures convenables , pour attéuiier l'effet que pourrait produire le système adopte. M. le préfet emploiera de son côté les moyens qu'il jugera les plus propres à mettre fin à cette espèce d'anarchie , qui compromet à-la-fois et notre industrie et notre

Je suis avec respect, Aîonseigneur ,

Lc'Lieuter.nnt de police,

Sisné SaINNEVILLI.

Ze mémoire cl-contrc a don- Le 21 octobre 18 16", MM.

né lieu à des recherches ^ les généraux Conuel et

vérifications , examens et Matingonné ont remis à

interrogatoires que M, le M. ie lieutenant de police

lieutenant de police de à Lyon , un niémoue iti"

Lyon présente dans le titule :

même ordre que celui du

mémoire , et dont la teneur Coplç des pièces relatives â suit. la Conspiration de Lyon ,

et dont suit la teneur latérale.

^ur le Rapport non signé de îa~Rcpport non signé de la fille fille Lallcrnant. Lallemant.

A quelques détails près , cette note est la même que celle qui fut remise par MM. les généraux, le 4 de ce mois. Le ridicule et l'invraisemblance des faits établis par cette révélation, l'inexactitude révoltante qu'elle offre dans la désignation, description , etmême rfans la situation des lieux, n'empêchèrent pas d'en vérifier toutes les parties avec une scrupuleuse attention : et le résultat de ces recherches fut l'intime conviction de la fausseté des déclarations faites par la fille Lallemant.

Dès le 5 , je témoignai le désir de connaître cet indicateur , afin à.''en obtenir des renseignements plus précis, et de parvenir ainsi à la vérité, (^ette demande fut constamment éludée ; et ce n'est que le iz seulement, et par la remise des pièces , que j'ai enfin appris qite cet indicateur était la fille Lallemant.

Je l'envoyai chercher aussitôt ; «Ile était malade , et c'est hier seulement que , pour la première fois, il a été possible de l'interroger. M. Arnaud , commissaire , a été chargé decerte opération. Les réponses de la fille Lallemant sont tout aussi vagues , tout au'îsi incohérentes que ces premières révélaticn?. Le nommé Joseph , dont elle déclare tenir toutes celles qu'elle a communiquées au général Maringonné, est un erre, sinon

La nuit du lundi à mardi, on a transporté 200 fusils , dont une moitié à Fourvières dans la maison Piron, et l'autre aux Brotteaux.

La nuit du mardi au mercredi , ou la suivante, il doit en arriver encore soo par le Rhône , et on croit qu'ils sont ou doivent être déposés toujours la nuit aux Brotteaux, près de l'Observance, joignant les petits Cordeliers, une petite maison qui porte le i\° i ; c'est la sortie qu'ils ont dans la ville, et par où ils doivent dcboucher. La maison a sur le toit une cloche qui correspond avec d'autres dans toutes les maisons qui sont sur la montagne; et c'est le signal de l'attaque qui doit être de se porter sur les prisons, de mettre le feu dans la ville , afin que l'attention se porte là , et qu'ils exécutent leur projet, qui est de piller et égorger les prêtres et royalistes pendant ce temps-là ; et après , de reconnaître Napoléon II , afin d'avoir l'Autriche pour eux.

Les maisons où se tiennent les chefs sont fermées , comme si elles n'étaient pas habitées, et on y entre par des portes de derrière et des chemins détournés. Des pauvres, en grand nombre , font les commissions, et des femmes ^ à des fenêtres élevées, font le guet jour et nuit pour voir ce qui se

ï^éal , du moins parfaîtemcnt iq- passe autour cle ces maison?.'

connu, et dont elle n'a pu elle- Comme elles se correspondent , eç

même assigner la demeure. qu'elles sont très-habitées, il ne

Parmi les réunions que la fille faudrait pas risquer de les inves-

Lallemant dénonce, celle de Vaize tir, leurs forces étant très-consi-

seule a eu lieu. Non-seulement le dérables.

commissaire de police en faisait Dans lèschasseurs des Pyrénées,

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