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Gérard ont époufé les deux filles du dernier comte, mais "Berthe ejl l'aînée, &, en vertu de rindivifibilité des fiefs, le comté tout entier appartient à fon mari. Le roi prétend au contraire quà défaut d'hoirs mafculins , le comté doit faire retour à la couronne, Ù ne pro^ pofe pas même un accommodement.
Ceji une queftion de droit féodal, très profdique fans doute, mais de la nature de celles qui fe déhattoient chaque jour, à cette époque, fur tous les points de la France.
Il nen efl point ainfi dans le roman métrique : Charles & Gérard ont aimé la même princejfe, fille ou parente d'un empereur de Conftantinople . Le comte auroit pu la difputer au prince, puifquil efl r amant préféré; mais, par générofité & dans l'intérêt même de celle
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qu'il aime^ il ne croit pas devoir la priver de la couronne impériale. Il confent à ce quelle époufe l'empereur, car cefl le titre que le trouvère donne à Char les-cMar tel, Ùfe réjigne à prendre de/on coté pour femme "Berthe, la fœur defon amie.
IDevenus beaux-frères de rivaux quils étoient, Charles Ù Gérard nen vivent pas en meilleure intelligence , lajaloujîe envenime leurs rancunes politiques, Ù ne tarde pas à leur mettre les armes à la main. Ce rapprochement suffit pour caractérifer les deux comportions Ù montrer combien Vune s'écarte encore plus que Vautre , nous ne dirons pas de rhijloire, mais des notions traditionnelles.
Le château de T{ouJJîllon, auquel Gérard doit lefurnom que lui donnent
Les romanciers, car de fon temps les furnoms ou noms de famille nétoient pas encore en ufage , le château de %ouffillon étoit en effet fitué fur le mont Laffois, entre Châtillon -fur -Seine Ù zMuffi-rEvêque. On y voyoit au treizième fècle des reftes de murailles & de tranchées , qui témoignoient de V importance de cette conftruction féodale {\).
le lieu oÎL le roi affîgne jour de bataille à Gérard efl en 'Bourgogne, dans la vallée de 'Béton ou de Béthune, « qui fut '3 entre Ve\elay & Tierre-Terthuis.
La rivière, <^ fi remplie de sang humain ce quelle en y fit de fon chanel, ^^ efl
( I ) « Iciz mons eft haut de regart , &. eft quarrez par mervilloufe afTife, en partie par nature &. en partie fait par œuvre humaine. Les appariffances des murs &. des tranciiées demonftrent anquor apertement le grant &. le fort liabitement des hommes ([ui fu enqui. » {Fies de Saints, manufcrit du treizième liècle, cité par M. P. Paris ; Les Manufcrits françois de la Bibliothèque du roi , t. vi , p. 104.)
r ancienne Q\\o\' à ou Chorée, aujourifhui la Cure , qui traverfe en effet cette vallée. Les « sarcu^ ^^ ou cercueils de pierre., qui tombèrent Jî à propos du ciel pour fervir aux chrétiens tués en cette bataille , ces cercueils fe voy oient autrefois au nombre de plus de deux mille dans un village voijin , qui en a retenu le nom de Carré ou Quarré-les- Tombes , à quadratis lapidibus. U accumulation de cette quantité de tombes fur un point ifolé , eji un problème archéologique dont on voit que la tradition s'étoit chargée de donner le mot avant que les f avants s'en fuffent occupés (i).
(i) Conjectures fur un grLind nombre de toinbe>:iux qui fe trouvent dans un lieu particulier de l'/1uxoi<: en Bourgogne , par Moreau de Maiitour ; Hiftoirc de l'Académie royale des Inscriptions &. Belles-Lettres, t. m, p. 273.
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// ejl donc évident que le fond de l'action na pas été inventé, & qiiilfe rapporte aux fameufes guerres foutenues par Gérard contre Charles- le- Chauve , foit en "Bourgogne , foit en Franche -Comté. oAlbéric , moine de Trois-Fontaines , qui compiloit fa chro nique au treizième fecle , le dit en termes formels : " Ils fe firent tant de mal Vun à Vautre, il périt tant de monde dans leurs fanglantes querelles, quen vérité ces longs démêlés ne finirent que faute de combattants ; cependant Gérard fuccomba Ù fut vaincu par Charles , comme les chanfons héroïques en rendent témoignage (i). ^^ Ces chanfons
(i) 0 Tôt &L lanta detrimenta rerum &. hominum aller intuliffc credilur alteri , quoufque nimia fatigatione per femetipfum lam longa concertatio fe confumpfit ; régi tamen Karolo ceffiffe Gerardum &. victoriam ei concerfiffe perhibent Heroicœ Cantileiiix. »
{Àlbericimonachi Triuin-Fvntiuin Chronicon e manufcriptis nunc