SCENE VII
Les Mêmes, GERARD.
GERARD , s'avançaut et a|>i>.elaDt.
Pierre ! Pierre ! où es- tu?
(2. ) MARIE
O ciel! le voilà, rclève-toi!
PIERRE
Nous sommes découverts.
MARIE
Non... il n'a pu te voir.
GERARD, s'avançant a tâtons.
Ah! ah! je vous entends... vous êtes là... n'est-ce pas?
PIERRE
Oui, oui, frère... nous voici.
GERARD, prenant leurs bras.
Ah! je vous liens enfin... que faisiez-vous donc-là... tous les deux?... vous vous occupiez de moi, je parie... Dieu! quel plaisir j'éprouve de vous sentir-là... contre mon cœur... Dis-donc, frère, tout-à-1'hcure, chez nous, j'ai retrouvé ma chambre... je n'ai eu besoin de personne pour faire ma toilette de noce... Tenez, ma femme... regardez-moi... pouiTaije vous plaire comme ça... il me manque peut-être encore quelque chose... un bouquet à ma boutonnière... j'ai bien voulu en aller chercher moi-même un au jardin, m'ais j'avais peur de me tromper de fleurs... et puis, quand je voulais cueillir une rose, je mettais toujours le doigt sur une épine... Pierre, tu m'en donneras un , n'est-ce pas... PIERRE.
Oui, Gérard... tiens... voilà le mien.
( Il lui donne son bouquet. ) Le tien... oh ! non... tu dois le garder aussi , car tu seras le premier garçon de noce,
PIERRE
Prends-le... prends-le... frère... {à part. ) Je n'en ai plus besoin.
GERARD
Au fait... tu as de boni yeux , toi... et lu pourras le remplacer facilement.
( // le met à sa boutonnière. )
Là., mainlenant, il me semble que je suis un mariëau graïul coniplet... excepté que je n'y vois pas clair. . et on dit que c'est du première nécessité dans le ménage... mais je compte snr vous , Marie.
PIERRE, regardant Marie.
Et lu as raison; elle t'aimera... elle sentira qu'auprès de toi, elle doit redoubler de soins... les malheurs ne lui ch font- ils pas un devoir?
MARIE, balbutiant en regardant Pierre.
Oui, Gérard ! ma vie entière sera consacrée à vous.... à prévenir tous vos vœux?.. Pierre l'a dit... ce sera pour moi un devoir sacré.
GÉRARD
Ah! dame, c'est qu'il faudra un fier amour pour ne pas trouver la tâche trop pénible... être toujours là.., me guider, me conduire partout. . à chaque instant de la journée... dans notre ménage, voyez-vous... c'est pour vous que sera la peine... et le bonheur pour moi... car enfin...
Air : En amour comme en amitié.
Malgré mes vœux et mon ardent amonr, Malgré mes sermens de tendresse , A vos regards, j'dois m'enlaidir un jour, Puisqu' pour moi vous verrez arriver la vieillesse. Mais vous , du temps bravaiit toujours les lois , Sur votre front, s'il paraît quelque ride, J'poiurai, prenant ma mémoire pour guide, Croire aux attraits que j'vous vis autrefois.
PIERRE
Mais avec toi, pourra-t-trlle jamais se plaindre... elle connaît ton caractère. . bon et généreux...
GÉRARD
Ah! ça, dis donc toi, fais-moi le plaisir de ne pas toujours porter la parole pour ma femme ; tu parles pour toi.., je sais bien que l'amitié ne fait pas de cérémonie... elle ne regarde pas à la figure... mais l'amour, vois-tu , c'est difficile en diable.
(23) Marie , après un nouveau regard <le Pierre.
GérarJ, cessons cet entrelien qui m'aflligc... (à pare.)l\ le faut ! ( haut. ) Tenez... voici ma main.
GÉRARD
Ah! eh ! bien , à la bonne heure ; c'est parler ça !.. ce mol Là , frère, me fait plus de bi«n que tout ce que lu pourrais dire... Vous avez raison, ma femme, en ce moment nous ne devons nous o«cnpcr que de la noce... nos amis nous attendent, allons, donnez-moi le bras . oh! non, ce n'est pas
ça.... ( // le lui prend. ) Ah ! dame, je vous le disais bien
voilà les complaisances qui vont commencer.
Air : 7e saurai bien le /aire marcher droit.
Sans guid' maint'nant je n'peux plus tair' un pas, Puisque le sort m'a privé d'ia lumière, Pour rae conduire il sera nécessaire , Que j'puiss'souvent m'appuyer sur vol' bras.
( G ai ment )
Si pour pouvoir maicher droit aujourd'hui, C'est vol' secours que je réclame , Je n'serai pas je crois l'premier mari Qui s' l'aisse mener par sa femme.
De sen erreur ne le détournons pas, Puiss'-t-il toujours ignorer ce mystère; De sa future et surtout de son frère \ n'doit jamais connaître l'em])arras.
MABIE.
Ensemble» / Sans guid' mHÏnt'nant vous n pouvez faire un pas. Puisque le sort vous priva d'Ia lumière , Un tel service est loin de ?ne déplaire. Avec plaisir je vous offre mon bras.
gÉuard.
Sans guitf maint'nant je n'peuv plus faire un pas. Etc. ( Ils sortent. )