PAYSANNES
cnmUR.
Chantons, {ùis.) dans tout Tvillage , Chanlons , {l>is,) cet heureux mariage.
Tous les parens , tous les amis Pour vous fêter sont réunis.
PIERRE , sortarvt de la ferme , il donne le bras à Marie et a Ccorgelte.
Oui , ma tante, quand tout sera terminé , nous revicndroJis
GÉRARD
Oh ! oh ! je ne me trompe pas. .. c'est Pierre... je reconnais sa voix.
( Il s'avance. )
PIERRE , a^iercevant Gérard.
Fragment du duo de Léocadie.
ri£RRE. MARIE. VIERRE.
Dieux! qu'ai-je VU ? | Gérard!... | C'est lui-même.
GÉRARD
Pierre !
PIERRE
c'est lui que je revoi.
GÉRARD
Ehl oui, c'est ton frère qui t'aime...
Viens dans mes bras... embrasse lïiôi...
( Ils i,' embrassent. )
Oui! d'espérance Et de bonheur , Je sens d'avance Battre mon c(Eur.
Ah ! sa présence Trouble mon cœur ,
Ensemble.
J'perfis l'espérance De mon bonheur.
MABIE.
Quelle souflrance I Ah ! pour mon cœur Plus d'espérance , Plus de bonheur I
GEORGETTE
Ah ! d'espérance Et de bonheur , Je sens d'avance Battre mon cœur.
MARIE , prenant la main de Gérard.
Gérard !
GÉRARD
Marie!... Eh! quoi, c'est vous!
Ah ! pour mon cœur que ce moment est doux !
{ Il l'embrasse. )
Oui , d'espérance , etc.
PIERRE
Ah ! sa présence , etc.
MARIE
Quelle souffrance, etc.
GEORGETTE
Ah .' d'espérance , etc.
PIERRE
Mais que vois -je? tu reviens blessé, car si je ne me trompe...
GÉRARD
Oui frère! oui Marie! je ne pourrai plue vous
voir.
PIERRE
Comment se fait-il?
GÉRARD
Une nuit... nous étions en pleine mer ; quand tout-à-coup
Ensemble.
le cri des mousses vient nous réveiller on sursaut... Aux armes! s'écria le capitaine... voici la Hotte ennemie... et tout ^équipage était déjà rangé sur le pont.
( Tout le monde se rapproche )
Air : JJe la Sentinelle. ^
Surpris alors , un eaneini uoiiibreux ,
Sur nous , d'son bord , lançait sa canonnade.
Quand un boulet passa devant mes yeux,
( Faisant signe de serrer les rangs et de sentir le coude à gauche. )
Et je sentis qu'j'n'avai.s plus d' camarade. Comm' lui j'tonibai... l'on crût qn'jallais mourir , Mais, d' vieux marins me rendir'nt à la vie... A quoi pouvait-eir me servir , Mes yeux ne devaient plus s'ouvrir Pour revoir encor ma patrie.
GEOR CETTE.
Comment, les boulets, ça fait c'i'efFet-là... j' croyais qu' ça tuait... mais v'ià tout
MARIE, b pan.
Pauvre Gérard !
GÉRARD
Mais que se passe-t-il donc ici?. . personne n'est à l'ouvrage... tout-à-l'heure on chantait... j'ai reconnu la voix de mes anciens amis. ( f/ va dans le fond. ) Eii ! mais, les voilà !
( Il presse la main de plusieurs paysans. )
GEORGETTE
Eh ! oui , m' v'ià aussi , moi... j' suis Georgette.
GÉRARD
Ah! ah! c'est toi , petite cousine... et voilà aussi Claude Guérin... et mou oncle Bernard.
GEORGETTE
Et puis Jacques Pataut... et puis Tiiomas Laperche.
GÉRARD
Oui, oui, je les reconnais... Bonjour, mes a mis... bonjour... tiens , vous avez tous des bouquets à vos boutonnières.
PIERRE
Oui , fierr , <;'est que...
GÉRARD
Et toi au.ssi, frère... tu en as un... ce n'est pourtant pas fête, aujourd'hui?
GEORGETTE
Oh ! non , raais quand il y a des noces.
GERARD
Une noce?... rtqui donc se marie?
GEORGETTE, hésitant.
Dam', cousin. ..c'est...
MARIE , bas a Georgette.
Silence ! ne dis rien encore.
GÉRARD
Eh! bien, vous ne répondez pas... Je connais sans doute la fiancée... où donc est-elle?
PIERRE , passant entre eux, et mettant la main île Marie dans celle de Gérard.
Tiens, frère, la voilà!
GÉRARD, se troublant.
Marie! comment, c'est vous?
PIERRE
Oh! rassure-loi... elle n'a pas Irahi les sermens qu'elle te fit en partant.
GÉRARD
Serait-il vrai... , Marie , vous pensiez toujours à moi 1
PIERRE , jetant les j eux sur Marie.
Oui... oui... tu reviens , et elle est libre encore.
GÉRARD
Air : Celait Renaud de Montauban.
Et ! quoi ! de vos anciens sermeuî»
\'ous vous souv'nez , a[Jiès cinq ans d'absence ?
riERUE.
Oui , fièrt-, elle est libre...
GÉRARD. i
Ah r je r sens Ce bonheur-là.,, passe mon espérance,- Car nos serineus de toujours nous aimer , Plus que jamais, moi je me les rappelé , Mais î'malheureux, mèm' quand il r'vienl Udèle , A-t-il le droit d'Ies réclamer ? {bis.)
Ali ! ça, ruais... alors ces apprcls de fêle... ces chants que j'ai entendus... poiii' qui donc étaienl-ils? j'y pense... est-ce que par hasard le camarade qu'hier j'ai rencontré sur la grand'route m'aurait trahi... et vous aurait annoncé mon retour.
PIERRE , a part.
Quelle idée ! ( haut. ) Oui , frère , c'est cela.. . nous t'attendions.
GÉRARD
Comment tous ces préparatifs seraient pour moi... et vous, Marie... même en connaissant mon malheur, vous me conservez votre tendresse?... Ah ! si vous saviez quel plaisir j'éprouve en l'apprenant!
MARIE
Mais Gérard , pourquoi depuis si long-temps gardiezvous donc le silence?... pas de nouvelles,., pa» de lettres...
GÉRARD
C'est vrai... devais-je donc vous écrire pour vous annoncer que... ohl non ! je me disais... elle me croit toujours comme j'étais au départ... et peut-être son amour dure encoie. .. en la prévenant... elle ne m'aimera peut-être plus...
MARIE
Mais si ces cinq années de silence m'avaient fait supposer que vous ne reviendriez plus... et si mon cœur...
GÉRARD
Oui, je sais bien... je risquais çà... aussi... ilans ce cas là, mon parti était pris... je vous aurais caché ma douleur, mes larmes... je serais mort de chagrin, peut-être... et vous n'en auriez jamais su le motif.
Gérard. 3
( 18 ) CEOnCETTE, a part.
Paiivi' cousin... il ii' volt pas c' qu'on veut lui diie... c' que c'est pourtant que d'être ; oh ! mon dieu ! mon dieu !
GÉRARD
Mais à présent que nous voilà réunis... que je suis sûr que vous m'avpz gardé votre foi... je ne veux plus penser qu'au bonheur qui nous attend... et toi, frère, sans doute tu as aussi fait un cboix parmi les jeunes filles du village... je suis bien sur que la petite Georgette n'a pas oublié les promesses d'aulrt fois.
GEORGETTE
OIi ! quant k ça, cousin Gérard... c'est vrai que pour c' qui est du sentiment... ça y est toujours... de mon côté, du moins... mais c'est que du sien , voyez-vous...
GÉRARD
Allons, allons, je devine tout... il s'agit probablement d'une petite querelle... EU ! bien j'arrangerai tout ça, moi, le jour oiî je suis heureux... ohl je veux que mon frère I soit aussi.
GEORGETTE, k part.
Vlà p'têtre qu'y va me r'venir maintenant.
GÉRARD
Mais, vous êtes tous en habits de fètc, vous autres; moi je suis en costume de voyage, et comme aujourd'hui j'ai besoin de plaii'e a ma femme, je vas songer à ma toilette... Entrez tous à la ferme... dansez, chantez... tout-à-riioure , moi et mon violon , nous irons vous tenir compagnie.
PIERRE, a part, aux paysans.
Surtout, ne le détrompez pas.
GÉRARD , montrant son violon. «
Ah ! e'e.st que c'est un ami, celui-là...
{^Georgette //d donne son ulolon.)
Air : Du Vaudeiùl/e i/c la Terme et le Château.
Pour raniuurdf réqiii|);ige Le coiirag' par fois pi)doniii.
i"*oiii' iirélancer à l'aJjorilajj;c ,
En bravani le feu de l'enii'ini ,
Je iiV'lais pas I)iavt' A <!eii)i.
Toujuuià au milieu (Jcb aianiios,
A oombattr' je trouvais des charmes.
Mjiut'iianl rdiiiKUulit- an <'ril)nri'l ,
Je reprendrai ben queuqu' fois les armes,
Mais , au lieu d' briquet
Et d'mousquet, J'n'aurai qu'mon violon , mon archet.
CIKEUB.
Maint'nant rdimanche au cabaret,
Y r'prendra ben queuqu'tbis les armes, elc.
( Ils rentrent dmns la ferme ; Pierre conduit Gérard jusqu'à la porte de la chaumière ; celui-ci lui fait signe de rester.
SCEWE VI
PIERRE, MARIE
PIERRE
Marie, il n'est plus là... écoute moi... Je n'ai pas un instant à perdre... mon frère ignore encore notre amour.... il faut qu'il l'ignore toujours.
MARIE
Ah ! Pierre... que me demandes-lu?
PIERRE
Ce que le devoir, ce que la pitié me commandent... s'il était revenu parmi nous comme autrefois il nous quitta.,., peut-être aurai-je trouvé la force de tout lui dire... mais il est malheureux, il compte sur ion serment... sa dernière espérance c'est de te posséder., faut-il que son frère la détruise ?
MARIE
Mais peut-être en revenant ici ne pensait-il plus...
Ali! pouvons-nous le croire, ne l'as-tu pas entendu tout^
{ in )
à l'hcuie : a J'en serais niorl, a-lil dil^ d'uue voix émue...»
Ses acccns m'ont frappe.... dès ce moment , je n'ai pas dû
balancer.
MARIE
Et maintenant, qu'allons-nous faire?
PIERRE
Notre devoir , te dis-je , ... il faut noui sacrifier^ MARIE.
Mes larmes me traliisont peut-être....
PIERRE
Air : Ce que j'éprouve en vous voyant.
Oui , pour adoucir son malbeur , C'en est fait , je rae sacrifie ; Mais , puisqu'à lui tu s'ras unie , Qu' rameur sorte de notre cœur.
Aimons-nous comme frère et sœur.
Je l'sais, quand faiblement on aime, C'sentimcnt peut-être oublié, Ou bien s'aflaiblir de moitié; Mais lorsque l'amour est extrême , Il n'se chang' plus en amitié.
PIERRE
Marie .. tu hésites... ah ! consens à ce sacrifice, je t'en supplie ; au nom de la pitié... ne me refuse pas... ( il tombe à ses pieds. ) Quant à moi , je vais t'aimer en silence... oui , je jure de n'avoir jamais d'autre amour que celui qui va m'atlaclier à toi pour la vie.
( Gérard sort de la chaumière , et parait tout-à-coup. )