VI
Toutefois est -il possible déjà décrire cette histoire avec tous ses détails et dans tout son ensemble? Combien de réformateurs oubliés, combien de martyrs inconnus , combien de faits couverts d'ombre , surtout pendant la première moitié du règne de François I er ! M. Merle d'Aubigné a commencé dans le troisième volume de son ouvrage à porter de la lumière dans ces parties si obscures et pourtant si riches de notre histoire. Le présent opuscule a un but semblable; il raconte la vie d'un homme qui, bien qu'il ne se soit pas entièrement séparé de la communion romaine/ doit néanmoins être compté parmi les premiers prédicateurs de la réformation en France, et dont les tendances autant que les destinées sont fécondes en instructions pour beaucoup d'hommes de notre époque.
Tu me blâmeras peut-être d'avoir groupé autour de Roussel des détails qui ne sont pas en rapport direct avec sa personne; mais outre que j'ai voulu profiter de l'occasion pour rappeler à notre souvenir des hommes et des faits peu connus de nos jours, tu reconnaîtras aussi
que ces détails ne sont pas superflus pour faire comprendre la marche particulière qu'ont suivie Roussel et la reine célèbre dont il a été le prédicateur. Les matériaux de mon opuscule étant puisés en très-grande partie dans des documents inédits, j'ose espérer qu'il offrira quelque intérêt aux personnes qui aiment à s'occuper de ces histoires, et qu'on l'envisagera peutêtre comme une pierre apportée au monument que , s'il plaît à Dieu, des mains plus puissantes élèveront à la réformation française. Le choix des pièces justificatives montrera en même temps combien de sources sont encore cachées dans les bibliothèques et dans les archives tant de la France que de la Suisse ; parmi ces pièces, celles qui sont tirées de l'ouvrage manuscrit de Roussel ne sont pas les moins dignes d'intérêt; c'est grâce à la haute bienveillance de M. Villemain, alors encore ministre de l'instruction publique , qui a bien voulu mettre à ma disposition le précieux volume, que j'ai été mis à même de pénétrer jusqu'au fond de l'esprit et du caractère du prédicateur de la reine de Navarre.
En terminant je recommande mon opuscule à ton indulgence, ainsi qu'à celle des personnes qui le prendront en main. Puisse-t-on se cortvaincre qu'il est le fruit, non pas d'une simple curiosité historique, mais dû désir sincère de servir notre Église protestante et de contribuer à raffermir ses membres dans la profession de
la vérité et de la liberté de l'Évângile !
Ton dévoué,