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Gérard Terburg (Ter Borch) et sa famille

La biographie de la plupart des peintres hollandais demeure encore environnée de bien des incertitudes et cependant, malgré la date assez récente des recherches faites pour les dissiper, malgré la difficulté d’accès des divers dépôts de documents, les importantes révélations que nous ont values ces recherches ont en quelque sorte renouvelé l’histoire de l’École néerlandaise. Mais si, grâce à l’activité intelligente des érudits, nous arrivons de jour en jour à amasser sur ses maîtres des dates ou des faits positifs qui, rapprochés les uns des autres, nous permettent de les mieux connaître, il est bien rare que nous ayons à enregistrer une découverte pareille à celle qui tout récemment est venue éclairer la vie de Gérard Ter Borch. Cette vie était jusqu’à ces derniers temps restée assez obscure. En quelle année l’artiste était-il né? Quels enseignements avaitil reçus? Quelle créance méritent les indications données sur lui par

HOLLANDE. — PEINTRES

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Houbraken? C’étaient là autant de questions auxquelles il eût été encore

impossible de répondre.

Dans une étude qui fait autant d’honneur à son savoir qu’à la sagacité de ses conjectures, M. W. Bode invitait chaleureusement les critiques hollandais à diriger de ce côté leurs recherches L Au moment même où il leur adressait cet appel, une trouvaille importante allait non seulemen-t mettre en lumière certaines périodes de l’existence du maître, mais nous faire pénétrer dans l’intimité de toute sa famille. Comme il arrive souvent, la source de ces informations jusque-là inédites avait été indiquée depuis longtemps et Smith, dans son Catalogue raisonné publié en 1 83 3 , rapportait déjà qu’un descendant du peintre Netscher lui avait affirmé que l’on conservait encore dans la famille de Ter Borch de nombreux dessins faits par lui en Italie. Netscher, en sa qualité d’élève de Ter Borch, se trouvait bien placé pour donner à son parent ce renseignement qui, en partie du moins, était exact; mais personne n’avait eu l’idée de s’y arrêter et d’en poursuivre la vérification, quand, à propos d’une exposition d’objets d’art ouverte en 1882 dans la petite ville de Zwolle, M. Bredius — l’infatigable chercheur auquel nous devons tant de curieuses révélations sur l’Ecole hollandaise — fut mis en rapport avec un descendant de Ter Borch, M. Zebinden, qui offrit de lui communiquer tous les papiers demeurés en possession de sa famille. M. Bredius, ayant aussitôt accepté, se trouva en présence d'un amas de richesses tout à fait inespéré : un véritable monceau d’albums, de dessins, de pièces généalogiques et de documents de toute sorte qu’il n’eut que le temps de parcourir à la hâte, mais sur lesquels il s’empressa de rédiger une courte notice 1 2 3.

L’éveil était donné et, sur la demande de M. Zebinden, M. Van Doorninck, le savant archiviste de l’Over-Yssel, publia en 1 883 , dans le recueil des mémoires de la Société littéraire de cette province 3, un travail où il établissait exactement la généalogie de la famille, les noms de ses

1. Cette e'tudc, publiée d'abord dans le Jahrbuch der K. Preussischen Kunst- Sammlungen (1881), a été depuis presque entièrement reproduite dans les fragments réunis sous le titre : Studien fur Geszhichte der Holldndischen Malerei. 1 vol. in-8“, Brunswick, i883. Vieweg.

2. Insérée dans la Zeitschrift filr bildende Kunst de Lützow : Eine Ter Borch Sammlung, i883, p. 3;oet4o6.

3. Verfameling van Stukken die betrekking liebben tôt Overijsselsc'i recht en Geschiedenis. Afd. Il; Zwolle, 1 883.

GÉRARD TER BORCH ET SA FAMILLE membres et les dates des principaux événements qui la concernaient. Peu de temps après, M. Zebinden étant mort, ses héritiers se décidèrent à vendre les albums et les documents en question. Le tout fut envoyé à Amsterdam au printemps de 1886 et M. Ad. Scheltema, qui devait diriger les enchères, donna dans le catalogue publié à cette occasion l'énumération des pièces les plus importantes qui composaient la collection*. Instruit de ces faits, je partis aussitôt pour la Hollande, où M. Scheltema — avec une obligeance dont je ne saurais assez le remercier — voulut bien mettre à ma disposition tous ces éléments d’étude et m’autorisa même à prendre les calques qui accompagnent cette biographie.

Malgré ce qui m’en avait été dit, l’ensemble des matériaux ainsi réunis dépassait mon attente. Si les dessins n’avaient pas une valeur artistique de premier ordre, leur nombre et leur rapprochement présentaient, au point de vue historique* un intérêt capital. Par une heureuse rencontre, la plupart des membres de la famille Ter Borch savaient tenir un crayon, et leurs portraits, leurs œuvres, la représentation des moindres événements de leur existence familière se succédaient aux pages de ces curieux albums à côté desquels des lettres, des poésies, des notes manuscrites ou imprimées m’apportaient leur contingent d’informations précises et sûres. Malheureusement ces dessins et ces nombreux documents étaient épars, disséminés comme au hasard sur ces feuilles où se rencontraient des dessins originaux et des copies, des œuvres d’artistes célèbres ou des essais informes d’obscurs débutants, des modèles de calligraphie ou des silhouettes découpées au ciseau, tout cela pêle-mêle, sans aucun souci d’ordre ou de chronologie, suivant un classement absolument arbitraire, mais déjà ancien et qu’on avait avec raison respecté. Peu à peu cependant, en m’aidant des travaux de mes prédécesseurs et à force de rapprocher des dates, des inscriptions, de confronter des écritures ou des dessins, je parvenais à m’orienter dans ce dédale et tous ces Ter Borch m’apparaissaient avec leurs physionomies propres, leurs goûts et leurs habitudes. Déjà intéressé par ces révélations, j’étais naturellement désireux de voir le cadre où s’étaient écoulées leurs existences et de les replacer dans leur vrai milieu. Je poussai donc jusqu’à Zwollc et à Deventer, curieux de visiter ces villes si franchement hollandaises et d’y rechercher quelque trace de ce passé disparu.

1. La vente a eu lieu le i5 juin 1886 et, ainsi qu’on pouvait le souhaiter, la plupart de ces pièces, acquises par la Société Rembrandt, resteront dans le pays.

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Bien que la tâche fût difficile, car l’ancien aspect de ces vieilles cités a été profondément modifié, je pus cependant, surtout à Zwolle, recomposer en quelque manière cet aspect, grâce à l’amabilité de M. Van Doorninck qui voulut bien m’y servir de guide et compléter par ses explications les renseignements que me fournissait à cet égard le petit musée formé par ses soins.

Mais dans ces études sur les Ter Borch j’avais été devancé par un jeune savant attaché aux archives de Rotterdam, M. E. W. Moes. En causant avec lui du sujet qui nous occupait tous deux, j’avais pu reconnaître que si nous avions été amenés sur plus d’un point à des conclusions et à des résultats pareils, il apportait dans le dépouillement des pièces documentaires une expérience acquise à bonne école et qui me faisait absolument défaut. Pour le plus grand profit de mes lecteurs, aussi bien que pour ma propre sécurité, je résolus de lui laisser la primeur d’un travail qui, j’en étais certain à l’avance, serait fait avec conscience et méthode. M. Moes a bien voulu, avec le plus obligeant empressement, me communiquer ce travail, publié tout récemment dans l’excellent recueil Oud-Holland. C’est en utilisant tant de précieuses ressources que j’essaierai à mon tour de reconstituer brièvement la vie et l’œuvre de Ter Borch. Mais il m’a paru qu’en résumant d’abord ici les informations nouvelles recueillies sur son père et sur les principaux membres de cette famille, je ferais mieux comprendre ensuite le caractère et le talent du grand peintre qui en a été la plus haute illustration.

LASON DE LA FAMILLE TER BORCH.

VUE DES THERMES D’ANTONIN (lÔO"'. Fac-similé d'un dessin de Gérard Ter Borch le Vieux.

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